DILATATION DU SACRÉ-CŒUR
Michel al du. Grand-Coteau , dans la basse Louisiano, on avait ajouté en 1847 et 1851 les deux maisons de Natchitoches et de Bâton -liouge. A ceux de Saint-Charles et do Saint- Louis, nous avons vu s'adjoindre la récente mission des Potowatomies. En 1848, la tribu, repoussée par les Américains, dut consentir à quitter la station de Sugar- Creek, pour émigrer plus au sud, dans le Kansas, où elle planta sa tente au sein d'une vaste prairie qu'on nomma Sainte-Marie. Le Sacré-Cœur les y suivit, La première cabane qui s'éleva à cet endroit fut pour Notre-Seigneur : « C'est là , dit M™8 Mathevon , que la sacrée Victime a été offerte, répandant son sang pour fertiliser ce pays et en faire une terre de saints : il y en a beaucoup. » La foi , la docilité, la ferveur de ces sauvages rappelaient les plus beaux temps de la primitive Eglise ; et ces progrès rapportés à M™° Duchesne la transportaient de joie et de reconnaissance. Déjà même elle demandait que les filles indiennes pussent être admises à faire profession religieuse : « Faudrait-il, écrivait- elle à sa supérieure, que de saintes personnes fussent privées de l'honneur de la vie religieuse, parce qu'elles ont du sang indien dans les veines ? Elles ont pour la plupart autant d'esprit que les blancs , et peuvent parvenir à une haute sainteté ' . » — « Les soins , le dévouement des religieuses du Sacré-Cœur, écrivait un missionnaire, perfectionnent chaque jour lésâmes de leurs élèves. Les soixante-quinze enfants de leur pensionnat sont un de nos plus grands espoirs. Deux novices ont passé du désert au couvent; d'autres se ^préparent à partager le même bonheur'. »
1 Saiut-Cliarles, 22 avril 1852,
2 M. Miège , S, J., -vicaire apostolique des tribus indiennes ; Sainte- Marie des Potowatomies , 6 nov. 1652. Ânn., t. XXV, n» 150, p, 379.
L'Est de l'Amérique ne donnait pas moins de joie à la mère Duchesne. On se souvient de ces lignes de M"^" Barat à sa chère missionnaire, en 1829 : « La Louisiane a maintenant suffisamment de maisons. Il faut s'en tenir là pendant plusieurs années. Puis il faudra penser aux Etats- Unis de l'Est, et c'est par New- York que nous commencerons. »
Neiv-Yorh avait reçu un premier établissement dans le mois de juillet 1841. Presque dans le même temps, l'évêque de Montréal, M^"" Bourget, offrait au Sacré-Cœur une maison et un domaine à Saint -Jacques de l'Achigan, où, en effet, une colonie eut le courage de se transférer, au cœur même de l'hiver 1842. Cette fondation fut le sujet d'un des grands bonheurs de M™^ Duchesne. Elle avait pour le Canada une vieille tendresse. Nous lisons dans une de ses lettres à M™'' Brangier, qui faisait partie de cette communauté : « Mes premiers vœux de missionnaire avaient été pour le Canada, car j'ai toujours eu Marie de l'Incarnation en grande vénération. Mais, ayant dû renoncer à y être envoyée, je remercie Jésus d'y avoir placé des mères plus ferventes que moi ' . »
Parmi ces mères était également M'"® Ursule Simoni, qui, de Rome sa patrie, était venue chercher des âmes à sauver sous ce ciel de glace. C'est à elle que la mère Duchesne adressait ce billet, où coule si doucement l'onction de l'humilité et de la charité.: « Ma chère sœur en Jésus le Bien-Aimé, nous avons beaucoup parlé avec mère Hamilton de Saint-Jacques de l'Achigan. Elle m'a fait faire votre connaissance, en me détaillant tous vos emplois de charité. J'ai eu grande envie qu'elle m'y procurât une place , afin de les offrir à Notre-Seigneur, en réparation de
1 Saint-Charles, 19 décembre 1851.