FÉCONDITÉ DU SACRÉ-CŒUR
iMariville près de Saint-Louis, Providence, la Havane et Sancto-Espiritu, dans l'Amérique du Nord ; Talca, Concepcion , Yalparaiso, Chillan , dans l'Amérique du Sud, ont reçu successivement des colonies de la Société. La fondation de Lima, faite tout récemment en 1876, a spécialement répondu au vœu de toute la vie de M'"'= Duchesne. Aujourd'hui le Sacré-Cœur compte, dans les deux presqu'îles, cinq vicairies ayant chacune son noviciat, trente et un établissements, mille deux cents religieuses, près de trois mille pensionnaires , et quatre mille cinq cents enfants recevant l'instruction chrétienne dans les écoles et les orphelinats. Dans l'Est et le Missouri, selon le vœu des évêques , les protestantes fréquentent les classes catholiques et en recueillent des fruits nombreux de conversion.
Le Sacré-Cœur, du reste, se faisant tout à tous, a des écoles françaises, anglaises et allemandes, pour les nombreux enfants d'émigrants de toute race. A Saint-Michel, il élève les petites négresses; c'était une des prédilections de la mère Duchesne. Au Chili, il dirige les écoles normales, et un réseau serré d'institutrices formées sous sa forte influence y retient dans la vraie foi une population à laquelle le protestantisme fait d'insidieuses avances. De toutes les œuvres chères à M"^*' Duchesne, seule, la plus chère de toutes, celle des sauvages, n'a plus aujourd'hui d'objet. Les Potowatomies , de plus en plus poussés par le flot américain, se sont laissé absorber par les habitudes de leurs dominateurs. La petite école a dû se changer en pensionnat ; et bientôt il ne restera plus de la vie nomade d'autrefois que le souvenir et le nom de celles qui se dévouèrent à cet apostolat.
J'ai terminé ce livre : et cependant je sens qu'il y manque quelque chose. A côté du triomphe de l'œuvre de M™° Duchesne tel que nous venons de le peindre , on aurait voulu
voir éclater pareillement le triomphe personnel d'une vie qui s'est achevée dans l'obscurité et dans l'abjection. Mais il faut se le rappeler : la vie des justes est un drame dont la terre n'est appelée à voir que les premiers actes. L'action commence ici-bas , mais elle se dénoue ailleurs. C'est dans l'éternité que le spectacle s'achève : le ciel en est le théâtre; et quand se lèvera le rideau qui nous en dérobe la scène , ravis d'admiration, nous ne nous lasserons pas de contempler ce que Dieu prépare à ceux qui l'aiment. « Les justes, dit la Sagesse, vivront éternellement; et c'est auprès du Seigneur que sera leur récompense : Justi in po^etuum vivent : apud Dominum autem erit merces eorum ^ . »
1 Sap. v, 16.