‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 223 sur 247 · SES DERNIERS MOMENTS ET SA MORT · texte numérisé non relu

SES DERNIERS MOMENTS ET SA MORT

venez vite me prendre, » répétant ces mots jusqu'à l'épuisement de sa voix et de ses forces. A dix heures du matin, elle reçut en pleine connaissance l'Extrème-Onction et l'application de l'indulgence in articula mortis. Peu après, la sœur intirmière l'ayant priée de demander à Dieu qu'elle la suivît bientôt dans l'éternité : « Point du tout , réponditelle avec une grande énergie ; que deviendrait notre mère si , dans la maison , tout le monde mourait ? »

Vers midi , la mère Hamilton , s'étant absentée pendant quelques minutes, fut rappelée en toute hâte : M"'" Uuchesne était près de rendre le dernier soupir. Elle expira entre les bras de la sœur intirmière, le 18 novembre 1832, dans la quatre-vingt-quatrième année de son âge, la quarante- septième année de sa profession religieuse, et la trente-quatrième de son séjour en Amérique. Son corps fut exposé dans sa petite chambre, où ses sœurs purent venir l'une après l'autre admirer ce visage empreint d'une sérénité céleste. Un grand nombre de prêtres, de religieux, de laïques , même des protestants , assistèrent à ses obsèques , qui furent solennelles. Le Père de Smet a raconté qu'étant précédemment convenu avec elle que le premier qui mourrait obtiendrait à l'autre une certaine faveur très particulière, il l'avait obtenue aussitôt après la mort de M"^" Duchesne, et il en concluait qu'indubitablement elle était dans le ciel.

Ainsi , après trente-quatre ans , la vaillante invalide était revenue tomber sur le champ même témoin de ses premiers combats. Si « mourir est un gain » , comme l'écrit l'Apôtre , M""" Duchesne avait bien gagné de mourir.

On déposa ses restes dans une enceinte préparée au milieu du jardin. Il y avait plus de trois ans qu'ils y reposaient lorsque la supérieure de la maison de Saint-Charles, ayant bâti un oratoire dans une autre partie de ce même

enclos, voulut que la dépouille de M"'" Duchesne y fût transportée. Ce fut le 22 octobre 1853 qu'eut lieu l'exhumation. Comme le corps, reposant dans un cercueil en planches, avait été enterré dans un sol humide et naturellement corrosif, on s'attendait à n'y trouver, après un si long espace, que de la poussière et des os. Aussi, combien grande fut l'admiration de toute l'assistance quand, à l'ouverture de cette tombe , M™" Duchesne apparut parfaitement conservée et sans aucune odeur ! La figure avait gardé une forme si reconnaissable que l'on s'empressa de la photographier, pour perpétuer le témoignage de la protection divine sur ce corps que la pénitence avait, pour ainsi dire, spiritualisé. Ce ne fut qu'au moment où on le mit provisoirement dans une nouvelle fosse , qu'il y eut affaissement des chairs et altération sensible dans les vêtements. On lui en substitua de neufs, en ayant soin de garder les autres précieusement. Enfin la nouvelle chapelle reçut le précieux dépôt devant lequel viennent encore prier et s'inspirer tous ceux qui , ayant connu cette femme apostolique, veulent, comme elle, glorifier le Cœur de Jésus et s'immoler à son service.

M'"° Duchesne avait dit : « Vous verrez que quand je serai morte , tout prendra son essor. » En effet , le développement pris par le Sacré-Cœur durant les dernières armées de la pieuse victime ne fit que s'étendre encore après son sacrifice. En 18o3, M°^° du Rousier fonda Santiago, au Chili, prenant ainsi possession de cette Amérique méridionale vers laquelle s'étaient portées tant de fois les ambitions de la mère Duchesne. Depuis lors chaque année vit quelque nouveau rameau pousser et fleurir sur l'arbre du Sacré-Cœur. Aujourd'hui il étend ses bras des deux côtés de l'isthme de Panama et sur les îles. Chicago, Montréal , Philadelphie , Cincinnati , la Nouvelle-Orléans ,

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