‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 34 sur 247 · SON RETOUR A SAINTE-MARIE · texte numérisé non relu

SON RETOUR A SAINTE-MARIE

comme elle était chrétienne et très aflectionnée à M"^" Périer, « elle ne crut pas devoir désapprouver l'action de sa sœur chérie. »

Elle se montra moins résignée lorsque, peu de jours après, étant montée au couvent avec sa famille, elle ne put voir sa Philippine que derrière les grilles. « L'enlrevue fut déchirante, raconte la même sœur. M'^^ Duchesne, qui avait une aflection particulière pour cette fille d'un esprit si mûr et d'un si grand cœur, lui fit sentir vivement le vide que son départ laissait à son foyer, épuisant pour la convaincre ces raisons de sentiment qui sont si éloquentes sur les lèvres des mères. » Sa fille aînée, Amélie, venait de se marier à M. de Mauduit; Philippine, la plus âgée de celles qui lui restaient, lui devenait donc plus nécessaire; et la voyant si bonne,' si sage et- si capable, elle com.ptait sur elle pour élever une nouvelle sœur nommée Mélanie, qui lui était donnée cette année-là même. « La postulante répondit avec une fermeté calme en apparence à tout ce que ses parents purent lui objecter. » Mais au fond de son cœur, le ciel et la terre se livraient le plus effroyable combat. A la fin, ayant pris congé de sa famille, elle alla, toute frémisj-inte encore d'émotion, se jeter au pied de l'autel. Là elle fondit en larmes; mais en remerciant Notre -Seigneur de l'avoir aidée à triompher d'ellemême. Puis elle lui renouvela sa consécration par l'intercession de la bienheureuse Jeanne de Chantai, fondatrice de l'ordre où elle avait formé le dessein de vivre et de mourir.

Cela se passait en l'année 1787. Philippine fut reçue par la même supérieure qui l'avait élevée, la mère de Murinais, réélue le 3 février 1785. Cette mère lui donna le voile, et à partir de ce moment Philippine prit place au chœur selon la règle de l'institut.

Analysant plus tard les motifs de son entrée à la Visitation, Philippine y trouvait en première ligne son désir d'exercer un jour le ministère des âmes, en élevant la jeunesse dans les pensionnats. « C'est ce qui me fit, ditelle, choisir la Visitation de préférence au Carmel, que j'aimais beaucoup. »

L'apostolat était donc au fond de toutes ses pensées. C'était en elle la source d'une vive admiration pour la Compagnie de Jésus, dont la vie d'oraison et la vie d'action faisaient également l'objet de sa pieuse envie. Elle s'en explique ainsi : « La communauté de Sainte-Maried'en-Haut était toute remplie de l'esprit des Jésuites. On se vantait que les constitutions de l'Ordre fussent tirées des leurs; la bibliothèque possédait presque tous leurs ouvrages. Pendant deux ans entiers de mon noviciat, je ne lus que Rodriguez , dont je ne me lassais point. Pendant la réunion des religieuses qui se tient ordinairement après vêpres, je racontai successivement à mes sœurs la vie de presque tous les saints de la Compagnie de Jésus , et en particulier celle de saint François Xavier, qui me touchait le plus... Que de fois ne 'li ai -je pas dit dans mon impatience : « Grand saint, pouiquoi ne m'appelez- « vous pas à vous suivre? Je vous répondrais! » 11 est mon saint d'affection. »

Avec François Xavier elle rêvait l'apostolat des peuples infidèles; avec François Régis elle rêvait le dévouement atix pauvres et aux petits : « Ma dévotion à saint François Régis naquit dans le même temps, rapporte-t-elle encore. Elle fut allumée en moi par la conversation d'une religieuse qui avait ce saint pour patron. J'ai souvent prié devant sa relique qui était conservée dans notre monastère. Ses travaux , étant plus obscurs que ceux de saint François Xavier, avaient plus de rapport avec ceux que je

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