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LA PIEUSE COMMUNAUTÉ DE GRENOBLE

tera les effets de sa justice, et qu'il ne nous punira pas jusqu'à la tin. » Et comme M""' Jouve, sa sœur, lui offrait un asile en cas de proscription, Philippine lui fit cette belle réponse : « En te remerciant de ton zèle prévoyant pour nous, nous restons tranquilles, vivant au jour le jour. Nous sommes les enfants de la Providence. Dieu a fait croître cette maison, sans moyens apparents : s'il la détruit, il est le maître; nous vivons en sûreté. »

jamais,, en effet, cette maison de Sainte- Marie n'avait tant réjoui le cœur de IM""*^ Duchesne qu'à l'heure où la missionnaire demandait ot s'apprêtait à briser ce cher lien, pour l'amour de Dieu.

D'abord , du côté de la communauté , l'arbre du Sacré- Cœur poussait, à Sainte - Marie , de nombreux et riches rejetons. Nous y voyons entrer, dans cette dernière période, M"^° Louise de Portes, M™° Christine de Crouzas, ]yirae Angélique Lavauden , toutes trois femmes de mérite , qui prononcèrent leurs vœux le jour de la fête de saint Jean l'évangéliste , 27 décembre 1812. Une humble sœur, la sœur Châtain , vint aussi dans le même temps inaugurer à Grenoble sa longue carrière de dévouement à la Société. Une autre, la mère Chauvin, passait pour une sainte. Chargée de la lingerie, elle ne se rebutait de rien, trouvant toujours moyen, quelle que fût sa pénurie, d'accommoder tout le monde. C'était Notre -Seigneur qui lui inspirait sa douce charité, car il se plaisait singulièrement en elle. Un jour, un aumônier ayant remarqué, à plusieurs reprises, qu'au moment de la communion, la sainte hostie s'échappait de ses mains pour aller se placer d'ellemême sur les lèvres d'une des communiantes , s'informa de son nom : on reconnut sans étonnement que c'était la bonne mère Chauvin.

Entre la communauté et le monde se plaçait, comme

un intermédiaire obligeant, une sainte veuve séculière qui, retirée à Sainte -Marie, secondait les maîtresses au dedans et au dehors de l'établissement. C'était M""" de Vaulserre. « Elle s'était chargée chez nous, dit M'"" Duchesne en son Journal, d'une classe de vingt à trente pauvres filles qu'elle instruisait parfaitement, acceptant en outre de parler aux parents de nos externes. Pleine d'humilité , M™° de Vaulserre s'appelait « le chien de la maison », regardant les autres, même les coadjutrices , comme bien au-dessus d'elle, cherchant partout le dernier rang, et parlant à toutes avec un ton de rabaissement admirable dans une personne distinguée par l'esprit, la naissance et l'éducation. »

Une maîtresse du pensionnat était grandement aimée et fut amèrement pleurée par M'^° Duchesne. C'était M'^° du Terrail , issue de la famille du chevalier Bayard , et qui fut, elle aussi, sans peur et sans reproche au service du divin Roi. « Elle mourut, dit le Journal, d'une maladie d'épuisement causée par l'extrême fatigue qu'elle se donnait depuis longtemps pour l'instruction des élèves, des pauvres et des personnes du dehors qui en avaient besoin. Sa vertu distinctive était le zèle ardent pour le salut des âmes. » M™'' Barat nous apprend, dans une de ses lettres, quel dévouement de sœur cette malade avait trouvé dans M™'^ Duchesne : « Notre malade est donc au ciel, ma chère Philippine. Combien vous y gagnerez! Elle n'oubliera pas les soins que vous lui avez prodigués ; et si un verre d'eau donné au nom de Dieu ne demeure pas sans récompense, combien plus favorablement des actes de charité autrement élevés seront accueillis par le grand Rémunérateur ^ ! »

* Paris, 6, 10, 29 décembre 1813.

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