ELLE EST FIXÉE A PARIS
m'ôter par là le moyen de réussir dans mes chers projets. ))
Toute pleine de ces pensées , elle s'en ouvrit un jour à la mère générale , et elle la supplia avec les plus vives instances de la laisser partir. Celle-ci essaya encore de lui faire comprendre combien, à cotte époque, elle lui était devenue nécessaire à Paris, pour la fondation que l'on y commençait , et quelles difficultés entouraient le voyage et l'établissement qu'elle sollicitait : « Attendez et priez; pour maintenant c'est impossible, ne me demandez rien. — Je ne vous demande rien, repartit M'"^ Duchesne, et cette réponse est sublime, je ne vous demande que ce seul mot : Partez! Le grâce de l'obéissance me tiendra lieu de tout. »
Il n'y avait plus moyen de retenir l'explosion de ce zèle impatient. Une lettre de M™^ Duchesne, adressée à ses sœurs de la maison de Grenoble, établissait fortement que telle était sa vocation pressante, irrésistible. Repassant d'abord d'un regard d'ensemble les voies de la Providence, visiblement marquées dans la conduite de sa vie : '«■Dieu, leur écrivait-elle, ne fait ordinairement dans l'existence de chacun qu'une seule grâce distinguée. Cette grâce a été pour moi mon retour à Sainte-Marie, et mon union avec la Société du Sacré-Cœur. C'était bien au delà de ce que je pouvais espérer, et cependant, malgré mes infidélités, le Seigneur me montre une nouvelle carrière qui entraîne toute ma reconnaissance et confond mes pensées ! »
Ici elle appuyait sa détermination sur les plus graves témoignages ecclésiastiques. « Déjà, disait-elle, beaucoup d'évêques nommés, entre autres M*^'' d'Astros, auquel notre mère a bien voulu nous présenter, applaudissent au voyage d'outre-mer et y donnent de loin leur bénédiction. »
C'est aux mêmes intentions qu'elle demandait des prières.
Elle-même priait l^eaucoup dans la chapelle des Dames de Saint-Thomas-de-Villeneuve , chez qui s'était assemblé le conseil général. « J'espère, écrivait-elle à ses sœurs de Grenoble, que vous ne cesserez pas de prier la sainte Vierge et saint François Régis pour cette grand affaire. J'ai bien versé des larmes sur l'Amérique, ici devant l'image de la sainte Vierge , qui a obtenu à saint François de Sales la guérison de sa tentation . Je crois lui devoir beaucoup , ainsi qu'à celle de Montmartre. »
Obligée de sortir pour la fondation de la maison de Paris, M""" Duchesne allait, de sanctuaire en sanctuaire, jeter ses vœux et sa douleur dans le sein de la Mère de Dieu : « Avant de renouveler ma demande , écrit-elle en son Mémoire , je me résolus à faire une ncuvaine de communions à la chapelle de la sainte Vierge de Saint-Sulpice. Pendant cette neuvaine , je priai Marie avec de grandes instances , ainsi que devant son image à Saint-Thomas , à Montmartre, aux Carmes, aux Missions, tâchant d'abord de me mettre dans l'indifférence ; mais l'équilibre en moi se perdait aussitôt, et j'en revenais à vouloir braver tout respect humain , tout blâme , toute froideur, pour qu'il ne manquât rien de ma part au succès que je désirais. Quand je vis le Père Varin si opposé, dans le sentiment de ma peine, j'entrai à Saint-Sulpice, et je dis à la sainte Vierge : « Vous m'avez donc trompée ! Plus je vous ai priée , plus mon attrait s'est fortifié; et cependant, vous voyez combien mes vœux sont combattus. » Je n'avais pas fini de parler qu'il me fut dit au fond du cœur : « C'est , ma fille, que tu n'as pas fait ainsi qu'il fallait! » Je compris que j'avais trop compté sur mes démarches , et que je devais tout remettre à ma supérieure; je fus alors plus tranquille. Je lui renouvelai mes désirs et elle me promit pour l'avenir . »