PRIÈRES INSISTANTES POUR SON DÉPART
Cependant la fondation du Sacré-Cœur, à Paris, commencée dans une petite maison de la rue des Postes, près de Sainte- Geneviève, n'avançait que lentement et laborieusement. Quelques-uns des parents de M™^ Duchesne, hommes publics et hommes du monde , ignorants de la conduite des affaires de Dieu , en tiraient un défavorable augure pour le succès de l'œuvre. Autres étaient les pensées de ]\I™® Duchesne , qui , à sa manière vive , pour ne rien dire de plus , sut les remettre à leur place dans la lettre suivante : Je sais, écrit-elle à sa sœur M'"*' Jouve, 4 avril 1816, qu'Augustin Jourdan s'étonne de cette lenteur, et que, de plus, il n'aime pas la diversité et la multiplicité de's maisons religieuses. J'ai combattu de vive voix et sans succès cette opinion, ainsi que plusieurs autres qui sentent bien l'homme du monde. Cela fait gémir de voir ainsi des séculiers juger leurs pères dans la foi, et s'employer dans les questions ecclésiastiques. Quant à nous, croit-il donc qu'un établissement aussi compliqué se constitue et prenne faveur en trois mois ? Car nous ne datons que du 1^'' avril pour avoir la maison, et du l^'' juillet pour notre réunion! A-t-il lui-même réussi à volonté dans toutes ses entreprises? Qu'il n'augure donc point aussi mal pour nous ; il faut jeter dans nos œuvres de profondes racines d'humilité et de patience , avant de pouvoir porter le succès sans danger. »
Cette correspondance de famille amena bientôt, dans ' une lettre de M"»^ Jouve, le nom d'un personnage de qui l'influence va naître, agir, grandir, et prédominer enfin dans la vie apostolique de M^^^ Duchesne. Vers la fin de mai 1816, M"^"^ Jouve fit donc savoir à sa sœur qu'un missionnaire , évoque de la Nouvelle-Orléans , M^^ Dubourg , venait de prêcher à Lyon , où sa parole avait produit un fruit merveilleux. La charité lyonnaise s'était
enflammée pour lui et pour sa chrétienté d'une ardeur secourable ; une association charitable en était née pour les besoins de la Propagation de la Foi , et des prêtres en grand nombre se disposaient à suivre l'apôtre en Louisiane... Cette nouvelle fut pour l'âme de M'^e Duchcsae comme une secousse électrique , et l'étincelle jaillit dans la réponse suivante : « Tu m'as fais grand plaisir de me parler de M^"' Dubourg. J'en ai aussi entendu faire un grand éloge par Augustin. Oa avait espéré qu'il viendrait à Paris; mais les troubles survenus dans son diocèse ont peut-être retardé sa marche. Cependant on m'a dit que le gouvernement des Etats-Unis veut s'entendre avec le Pape, et que la foi fait des progrès dans cette partie de l'Amérique. )> Elle entrait sur ce sujet dans quelques explications qui faisaient assez voir que cette annonce avait éveillé son espoir et que son cœur était là.
Cependant elle disposait déjà tout pour un départ dont elle ne savait encore ni le but précis ni l'heure, mais qu'un pressentiment secret lui présentait comme très imminent. Elle commença par mettre ordre à ses affaires de famille, préludant à la séparation par le dépouillement. « Je soupire, écrivait- elle à M'"'' de Mauduit, je soupire après le moment où je serai dégagée des soins temporels. L'âme perd bien là dedans; et Clément XIV a eu raison de dire que, parmi les soins terrestres, on prend un cœur terrestre. » — « Je désire, écrivait- elle de même à M""*^ Jouve dès 1814, régler mon temporel de manière à n'avoir aucune inquiétude de conscience. Il m'eût été doux, en renonçant tout à fait au monde, d'y laisser mes chères sœurs dans une position plus riche ; mais la divine Providence, qui fait l)ien toute chose, voulant les détacher d'avance des biens qui ne sont que vanité, les a écartées de vous. » — « Ma bonne amie, écrivait-elle à M"'° de Mau-