CHAPITRE V
LES ADIEUX DE M"0 DUCHESNE ET SON DÉPART DE PARIS SÉJOUR ET RETRAITE A BORDEAUX LETTRES D'ADIEU A SA FAMILLE ET A ALOYSIA L'EMBARQUEMENT
Février et mars 1818
La mère Duchesne, enfin en possession de l’objet de ses longues espérances, s’empressa de faire part de : cette nouvelle à ceux qu’elle affectionnail.
Le P. Barat en avait eu déjà connaissance par Ms Dubourg, qui se trouvait à Bordeaux, pour y préparer son embarquement. « Enfin, ma très-chère sœur, lui écrivit-il avec son mélange habiluel de brusquerie, d'originalité et d’élévalion, enfin tout est décidé et vous êtes de la mission des Illinois! Vous aviez jadis songé aux Iroquois; mais il a fallu descendre de quelques centaines de lieues. Vous n’étiez pas assez sainte pour être mangée par les Hurones el les Algonquines.….. Dieu soit béni, vous ne serez pas dévorée par les sauvages; mais il faut à la place que vous vous laissiez dévorer par le feu de l’amour de Dieu et du salut des
âmes. » Le P, Barat joignit à ses félicitations l'expression de ses propres désirs pour le même objet : « Demandez au bon Dieu l'envoi dans ces missions de celui qui vous écrit, ILen serait bien content, ses supérieurs le savent, et vous pouvez le leur protester dans l'occasion !. »
Peu de jours après cette lettre, le jour même de la fète de saint François Régis, le mème Père annonçait que l’'évèque de la Louisiane se disposait à prendre la mer le lendemain. M“ Dubourg s’embarqua à Bordeaux , le 27 juin 1817, Par ordre du roi Louis XVIIT, un petit bâtiment de la marine royale, la flûte la Caravane, avait été mis à sa disposition pour son transport gratuit. La colonie du Sacré-Cœur devait le suivre, à quelques mois de là. Il ne l’oublia point; et à peine fut-il arrivé à Baltimore, qu’il adressa ces lignes à M"° Duchesne : « Le voyage offre sans doute des difficullés; mais, tous les jours, femmes, enfants se transportent dans les contrées que je vais habiter, pour y chercher un intérèt temporel. N'en ferons-nous pas autant, avec plus de zèle encore, pour la gloire de notre bon Maître et le salut des âmes rachelées par son sang ?? »
Cependant l'heure élait venue pour M"° Duchesne d'informer sa famille, et, comme dit Fénelon, « d’enchaïîner au ‘char de triomphe de Jésus-Christ la chair el le sang vaincus. » Elle écrivit d'abord à M"° de Mauduit : « J'ai confié mon projet à mes deux bonnes cousines, M" de Rollin et M"° Tesseire, qui est la bonté en
1 Bordeaux, 17 juin 1817.
2 Baltimore, 1er novembre 1817. Aulogr,