SÉJOUR A BORDEAUX. — LE DÉPART
Dans les premiers jours de leur séjour à Bordeaux, M'° Duchesne et ses filles furent présenter leurs hommages au saint archevèque, M# d’Aviau, « qui les félicita de quitter un pays où l’impiété gagnait chaque jour du terrain, pour aller former des cœurs qui n’avaient point encore abusé de la grâce ». M. l'abbé Boyer, vicaire général, qui les avait présentées, fut frappé de la résolution empreinte sur leur visage et dans leur entretien : « J'ai beau scruter le fond de ces âmes, dit-il à l’archevèque, je n’y aperçois que du calme... — Et de la joie, » reprit aussitôt M"° Duchesne !.
L'archevêque les réunit encore, quelques jours après, dans sa chapelle domestique et dit la messe pour elles. « J'espère, écrivait alors M" Duchesne, que tant de saints qui prient pour nous, nous obtiendront de le devenir un jour; c’est le seul prix que j'attends de tant de séparations que Dieu seul peut compenser. » Et dans une autre lettre : « Je devrais être sainte, en fréquentant tant de saints ?. »
Le 13 mars, veille du départ, le P. Barat adressa à la petite colonie une exhortation qui l’affermit dans la disposition de tout souffrir pour Jésus-Christ. Le lendemain , toutes les cinq entendirent de nouveau la messe, dans la chapelle de MF d’Aviau , et communièrent de sa main. Ayant ensuite reçu sa bénédiction plusieurs fois renouvelée, elles partirent. Deux personnes de Bordeaux, M. Dubourg, frère de l'évêque de la Louisiane, et M"° Fournier, sa sœur, qui s'étaient
1 Mme Octavie Berthold à Mme Barat, p. 3. Bordeaux, 3 février 1818, A Me Jouve, 1: mars; à Mme de Mauduit, 18 février 1818,
chargées de toutes les dispositions our l’embarquement, les accompagnèrent jusqu’au bord de la Garonne, d’où une barque les descendit jusqu'à Royan, où les attendait le navire. C'était, nous nous en souvenons, le jeudi saint 1806, que M"° Duchesne avait eu, dans une sainte veille au pied du saint Sacrement, l'entrevue de la mission que Dieu lui destinait. Ce fut aussi le jeudi saint, 19 mars, fête de saint Joseph, qu’elles et ses sœurs mirent le pied sur le vaisseau voilier la Rébecca, capitaine Tourneur. Le navire reçut également à son bord M. l’abbé Martial, vicaire général de M“ Dubourg, ainsi que M. Évremont- Hulissard, venu de Paris à Bordeaux dans la même diligence que M°° Duchesne. Le 21 mars, samedi saint, {a Rébecca quitta le port. Les religieuses remirentleurs lettres au pilote-côtier, et le lendemain, jour de Pâques, M"° Duchesne avait perdu de vue la France, qu’elle ne devait plus revoir.
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