‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 122 sur 270 · SA MISSION POUR SAINT-CHARLES · texte numérisé non relu

SA MISSION POUR SAINT-CHARLES

soirement, nous examinerons où vous pourrez être mieux pour votre objet... Il faut défricher avant de culliver. Vous et moi nous passerons notre vie dans ce travail ingral; nos successeurs recueilleront dans ce monde ; contentons-nous de recueillir dans l’autre. » L'évèque leur faisait d’ailleurs entrevoir degrands avantages dans celte station de Saint- Charles, qu'il croyait appelée à devenir un jour une des viiles es plus importantes du Nord de l'Amérique. « Siluée sur le Missouri, dont les bords, disait-il, deviennent de plus en plus habités, et qui va donner son nom à un nouvel État de la République fédérative, il n’y a pas de jour où elle ne voie arriver quatre ou cinq nouvelles familles, venant s'établir dans les terres dont la valeur augmente ainsi dans une progression effrayante. De plus, si l’on exécute le projet d'établir un canal qui par l'Ohio et le Mississipi doit ouvrir une communication par eau avec New- York, Saint-Charles aura ainsi des relations avec la France, plus promptes que par la voie de la Nouvelle- Orléans !. »

Ces perspeclives, ouvertes sur un avenir douleux, ne donnèrent pas le change à M"° Duchesne sur la siluation qu'on lui faisait présentement. Ayant toujours nourri, elle et ses religieuses, l'espérance de s'établir dans la ville épiscopale, sous le regard et la protection de M“ Dubourg, au centre des secours nécessaires à leurs âmes, elle éprouva un cruel mécompte en se voyant reléguée à dix lieues plus au nord, dans un isolement affreux. D'un coup d'œil elle embrassa l’étendue du sacrifice; comme elle s'en expliquait dans

1 Lettre de Mme Duchesne, 22 août 1818.

cette lettre au Père Barat : « Nous allons habiter une petite maison louée. Rien n’est commencé ; rien ne peut être même conçu pour nos maisons. Monseigneur , qui fait maintenant bâtir une église aux frais des habitants qui s’en trouvent assez chargés, nous fait comprendre la difficulté de sa position; il nous dit d'aimer présentement notre abjection, et que les fruits viendront dans l'avenir. J'ai été devant lui comme un rocher qui reçoit des coups de poinçon. Je vais les yeux fermés : la Providence ouvrira la voie s’il lui plaît... Mes sœurs sont courageuses et plus ferventes que moi, elles voient la croix el l’'embrassent!. »

Le courage, la ferveur, le généreux et amoureux embrassement de la croix, tels sont bien, en effet, les sentiments qui animaient cette leltre de M" Octavie Berthold à la mère Barat : « Ma bien digne mère, je vois tous les jours que vous avez accompli la volonté de Dieu sur moi en me laissant venir ici. À mesure que j’approchais du terme du voyage, mon cœur s'épanouissait ; je sentais que plus il s’éloignait de tout ce qui lui était cher sur la terre, plus il devenait grand... Nous aurons le bonheur de manquer de beaucoup de choses : oh! c’est alors que votre enfant nagera dans la joie la plus pure! » Puis répondant à une des préoccupations de la supérieure générale, à savoir le maintien de l'unité de l'institut à travers les mers : « La maison de Saint-Charles, quoique à deux mille cinq cent douze lieues de Paris, sera, j'espère, unie d'esprit et de cœur avec celle de cette ville. Plutôt que de changer un tota dans notre manière de penser louchant

1 Saint-Louis, 29 août 18148, au P. Barat, — Jtem, 31 août, à Me Barat.

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