MONSEIGNEUR DUBOURG
un ministère pareil qu'on l'employa ensuite à la Havane, puis à Baltimore, où il fonda le collége de Sainte-Marie, lequel prospéra à ce point que, dès 1805, la législature du Maryland lui conféra le titre d'Université. Professeur, prédicateur, controversiste, directeur d'âmes, il fut un des premiers à comprendre la vocation de l'illustre M" Élisabeth Seton, et à la diriger dans la voie et les œuvres qui la firent si grande. Nommé Vicairo apostolique de la Nouvelle-Orléans, il était donc venu en Europe, en 1815, recevoir à Rome même le sacre épiscopal; et c'est au lendemain de cetle consécration que nous l'avons vu, tout rempli de l'Esprit-Saint, parcourir la France et les Pays-Bas, en embrasant tous les cœurs du zèle le plus ardent pour les missions étrangères.
Son retour en Louisiane fut une véritable odyssée apostolique. Ayant débarqué au port d'Annapolis!, il se rendit à Baltimore, et de là à Saint-Louis, en vrai pauvre de Jésus-Christ. A la tête des prêtres qu’il avait amenés, on le vit faire bravement cet immense parcours d’au moins cinq à six cents milles, à travers le Maryland et la Pennsylvanie, un bâton à la main, par des pays sans route, à travers d'épais halliers, se déchirant aux épines, et quand, près de Pittsburg, ses compagnons , le voyant épuisé de fatigues et les pieds ensanglantés , lui avaient amené un cheval : « Je ne m'en servirai pas, leur avait-il répondu. C’est au capitaine
1 Mer Dubourg fut l'apôtre de la flûte du roi la Caravane, qui le ramena en Amérique. Tous les matelots et bon nombre d'officiers se confessèrent à lui, et, arrivés au port, tous lui demandèrent à genoux sa bénédiction. Il était temps de pourvoir à leur salut éternel; car la Caravane, en relournant en France, fut assaillie par une tempête, et presque tout l'équipage périt dans les flots.
à donner l'exemple à ses soldats. » De Pilisburg à Louisville, la descente de l'Ohio s'était faite sur un bateau dont l’évêque était à la fois le patron, le pilote et le matelot, faisant le quart à son tour, et se succédant à la manœuvre lui et ses missionnaires. Dès que, touchant enfin au pays des Illinois, il s'était senti le pied sur le sol de ses missions, il avait commencé par y planter une croix, et à genoux il avait supplié le Rédempteur d'appliquer à cette terre tout le prix de son sang. Il avait profité de son passage par Louisville pour aller visiter près de là, à Bardstown, M‘ Flaget, un ami qu'il n'avait pas revu-depuis huit ans. C’est dans sa compagnie qu'il était enfin arrivé à Saint- Louis, le 6 janvier 1818. Son peuple l'y attendait : il marcha droit à l’église, où toute la ville, catholiques et protestants, le suivirent à l'instant, avides de le voir et de l'entendre !.
Ayant précédemment dirigé ses missionnaires sur les différents points de son immense diocèse, M# Dubourg s'empressa d'assigner à M"° Duchesne et à ses religieuses le poste qu'il leur destinait. Ne pouvant les établir auprès de lui à Saint-Louis, où il n’y avait pas même une chambre à louer, l’évêque fixait leur résidence à Saint-Charles du Missouri. « C’est une pelite ville à quelques lieues d'ici, leur écrivait-il précédenment; vous y trouverez toutes les convenances désirables, jardin, verger, etc. Une fois colloquées là provi-
1 Voir Élisabeth Seton, xxv. V, le Journal de la traversée, recueilli et copié par Mme Duchesne, Archives du Sacré-Cœur, n° 28, Ce recueil cuntient aussi des lettres fort édifiantes de MM, de Andreis, Rosati, Bigh:, Moni, Richard, Brassac et Babad à Mwe Fournier, sœur de Mer Dubourg. Voir aussi les Annales de la propagation de la Foi, 1.1, n°1, p. 25,