SON DÉPART DE SAINT-CHARLES
couler les siennes. Depuis qu'on dit que peut-être nous nous en irons, plusieurs des grandes répètent : « J'aurai bientôt fait mon paquet aussi. » Mème les plus jeunes insistent pour qu’on les emmène, disant qu’elles l'ont demandé au Cœur de Jésus !. »
Contrairement à ce désir, M"° Barat insista sur la nécessité de ne pas se séparer. C'était sage : on se soumit. Le 26 août, Mf Dubourg vint signifier aux religieuses que, vu l'expiration de leur bail de location, elles devaient se disposer à un prochain départ. Il eut lieu le 3 septembre. Le matin, M. Richard, ayant célébré la messe, fit un discours d'adieu à la petite colonie. « Il élait attendri comme nous toutes, dit le journal, et s’est retiré bien triste, disant qu'il ne pouvait déjeuner ce jour-là. » —- « Ce saint prêtre désespère de venir à bout de sa paroisse sans une école catholique, écrivait Me Duchesne quelque temps après. Il a toujours été malade depuis notre départ. »
M Audé partit la première, escorlant les effets de la communauté à la suite des charrettes qui les porlaient au fleuve. Enfants et parents la rejoignirent sur le rivage, où « elle leur fit en pleurant les adieux de saint Paul », dit M"° Duchesne. Les enfants étaient à ses genoux baignées de larmes, et plusieurs des mères aussi. Il a fallu l'autorité du conducteur de la barque pour les arracher d’auprès d'elle; car elle était attendue à l’autre bord du Missouri, à la Charbonnière, par le curé de Fleurissant et plusieurs personnes ?. »
Me Duchesne fait une peinture vivante de son trans-
! Saint-Charles, 15 février 1819.
2 Lettre du 28 septembre, et Journal, p. 9 et 10,
bordement et de celui de ses sœurs. « Ce premier embarquement fut suivi de celui de ma sœur Octavie, avec deux pensionnaires. Je devais fermer la marche le soir avec les vaches et les poules, en compagnie de sœur Marguerite. Mais les vaches furent 51 révollées de se trouver attachées et de marcher à la chaleur, qu’il fallut remettre le départ au lendemain de grand matin ‘ à la fraîcheur. Alors il nous fut possible de les faire avancer à force de choux que nous avions mis pour elles dans la charrette. J'étais moi-même parlagée entre le soin des reliquaires et celui des poules. Nous passâmes le Missouri vis-à-vis Fleurissant. A la sortie de la barque, Marguerite et moi, nous rangeâmes en ligne, sur le rivage, elle les poules, moi les vaches, et leur donnâmes à manger avec une tendresse de mère. M. l’abbé Delacroix parut alors à cheval. Ilguida notre route, faisant galoper son cheval pour rabattre nos vaches à chaque fois que celles-ci, heureuses d'être déliées, voulaient s'écarter et courir les bois ‘. »
Le berceau de Saint-Charles n'avait existé qu’un an. Appréciant le résultat de cette laborieuse année, Mf Dubourg constatait, dans une lettre à la mère générale, que du moins le Sacré-Cœur avait réussi à vaincre les prévenlions de l'ignorance et de l'habitude contre l’éducation et l'instruction des jeunes filles. « Il faut du temps, concluait-il, pour amener un changement complet dans les idées. Cependant l'affluence des étrangers qui se portent vers ce territoire accélère cette réforme ; et la vue du petit nombre d'élèves qui ont déjà recueilli les fruits du zèle de ces excellentes dames
1 Lettre du 28 septembre 1819, et Journal, p. 10.