PREMIERS FRUITS DE SON ZËLE
intentions, Quand elle est revenue de là avec sa pelite troupe de dix ou douze enfants, on disait en la voyant : « La voilà cette bonne vierge! » Et un peu plus loin : « C’est la première communion qui a commencé à nous faire voir que bien des enfants sont capables d'une grande vertu. » Elle citait l'exemple d’une de ces enfants naguère fort orgucilleuse qui, grondée par son grand-père, s'était jetée à genoux pour lui demander pardon; et d’une autre qui, pour vaincre le respect humain, avait porté huit seaux d’eau tout de suite, comme une esclave, par esprit de sacrifice et en préparation au grand Sacrement : « Elles s’y portent avec tant de zèle qu'il y en a qui vont trop loin, » disait M"° Duchesne. L
Cependant, et nonobstant la faveur de l'opinion, le bon exemple des élèves, le courage des maîtresses, l’indigence était la même; c'était à peine si, au bout d’une année, six ou huit pensionnaires étaient assurées à l'établissement. M"° Barat écrivait, depuis 1818, des lettres consternées : « Combien je regrette, mes chères filles, que Monseigneur vous ait placées dans un endroit si peu convenable à votre dessein! Dans un village, loin des familles qui peut-être ne voudront pas éloigner leurs enfants, vous n'aurez jamais que très-peu d'élèves. Que cette vue est effrayante pour votre mère ct pour la Société ‘! »
On ne pouvait plus vivre dans ces conditions. D'autre part, le bail de la maison allait expirer; et M Dubourg se refusait au vœu de la population, qui offrait un terrain aux dames du Sacré-Cœur pour une construction :
1 Paris, 9 juillet et 27 septembre 1819.
« Saint-Charles, écrivait-il à M"° Barat, a le grave inconvénient pour les demoiselles de Saint-Louis et des: environs, formant la majeure partie du pensionnat, que, pour s’y rendre, il faut traverser quelques marais dangereux dans les grandes eaux, et surtout le terrible Missouri, impassable pendant trois ou quatre mois de l’année. Le résultat a été que ces dames n’ont eu que peu de pensionnaires !. » M"° Duchesne elle-même, malgré son obstination à ne pas déserter son poste, convenait cependant qu'il n’était plus tenable. « Il à fallu, avouait-elle, voir un hiver ici, bien que ce fût un des plus doux, pour sentir que présentement nous ne ferions qu’y végéter, sans y faire un bien qui peut s'offrir ailleurs ?. »
Elle avait donc consenti à se porter autre part. Elle et M"° OctavieBerthold, conduites par Mf Dubourg et M. l'abbé de Nekere, qui devint plus tard évêque de la Nouvelle-Orléans, visitèrent l'emplacement que leur pasteur leur offrait au bourg de Fleurissant, trèsproche de Saint-Louis. Mais Saint-Charles allait-il être totalement délaissé ? Était-on condamné à évacuer le fort sans y maintenir au moins une petite garnison? « Il m'en coûterait trop, écrivait M"° Duchesne, d’abandonner tant d'enfants intéressantes et dont plusieurs seront au sacré Cœur de Jésus. IL me paraît donc nécessaire de laisser pour le moment ma sœur Eugénie à l’école e: erne... M"° Eugénie est chérie de son école. En rentrant parmi ces'enfants au sortir de sa retraite, elle a été reçue avec des larmes de joie qui ont fait
1 Fleurissant, 30 octobre 1819.
Saint-Charles, 15 février 1819.