‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 169 sur 270 · SA DESTINÉE DE VICTIME · texte numérisé non relu

SA DESTINÉE DE VICTIME

qu'en supportant des revers que tu es destinée à me plaire. Que ce soit illusion, effet d'imagination échauffée, je ne sais; mais j'ai toujours eu ce sentiment en mon âme, et crains d'entreprendre pour ne pas faire échouer. »

Dans ces dispositions, elle écrivait encore à M"° Barat aux premiers jours de janvier 1823 : « Ma digne mère, voici des jours qui me rappellent la retraite après laquelle vous m'admiîtes dans la chère Société. Trop attachée alors à la sainte montagne, je ne prévoyais pas que je’me trouverais si éloignée de vous qui me captiviez par des liens si aimables. Dieu, qui me voulait ici, m'a fait rompre ces chaînes, et j'ai lieu d'admirer le pouvoir de la grâce, qui me rend heureuse et contente dans l'éloignement de tout ce que j'aime le plus, et sans aucun succès qui puisse me faire oublier mes sacrifices". » Nous allons voir se réaliser ces dernières paroles dans l'effondrement de toute l’œuvre de Fleurissant, mais pour une reconstruction qui sera le triomphe de la patience de l’apôtre et de la toute-puissante miséricorde de son Maître.

Le principe de cette ruine, M"° Duchesne le signalait dès son retour du Grand-Cotsau, dans cette même lettre de janvier 1823 : « Au doux plaisir de retrouver mes sœurs et la pratique de nos saintes règles, se joint l'amertume d'apprendre que nos élèves, sorties du pensionnat , se livrent aux plaisirs du monde, en oubliant Dieu. Les périls, il est vrai, sont si grands à Saint- Louis, que nous pouvons tout appréhender pour les enfants qui nous restent, Je regarde Saint-Louis comme

1 Fleurissant, 4 janvier 1825,

Malacca au temps de saint François Xavier. À un moment de zèle et d’effervescence a succédé l'indifférence la plus grande pour la religion, suite du délice des plaisirs. Nos pauvres enfants sont entraînées au bal, au spectacle, au prêche ; eiies ont entre les mains de mauvais livres, vivent dans l’oisiveté, et déjà plusieurs vocations ont succombé devant tant de périls. »

En même temps que cette lutte contre le pervertissement général des enfants aggravait la charge comme la douleur des maîtresses, leur appui le plus ferme venait de leur être enlevé par le départ de Ms Dubourg, qui abandonnait la résidence de Saint-Louis pour aller se fixer dans la basse Louisiane. Il avait emmené une partie de ses prêtres, entre autres M. Delacroix, l’aumonier du Sacré-Cœur et l'infatigable apôtre de toute cette contrée. M"° Duchesne eut ainsi le regret de ne plus retrouver son évêque, à son retour du périlleux voyage que nous venons de décrire : « Il a eu, écrivait-elle, de grands chagrins à dévorer, le départ de deux prêtres, la mort de deux des meilleurs, l’ingratitude d’une ville qu'il a comblée de bienfaits. Un parti s’y est élevé contre lui, à l’occasion des dettes contractées pour la construction de l’église ; on voulait vendrele presbytère, et même une maison bâtie par Monseigneur sur le même terrain. L'orage est passé, mais le procédé reste. Il reste surtout l'esprit de mondanité et d’impiété, qui l’a emporté sur le zèle pour la religion, qu’on avait un moment montré. Nous participons nousmêmes à la critique du monde et à son opposition. Je ne m'en décourage point. Nous ne travaillons pas pour lui‘, »

1 A la mère Bigeu, 20 mars 1823,

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