INSTALLATION A SAINT-MICHEL
sainte parente. La première pierre de la chapelle fut bénite en même temps par M" Dubourg ; etle 26 mars1826, fète de Pâques, Notre-Seigneur vint y fixer sa demeure. Ce fut le sujet d’une pieuse allégresse pour la mère Audé, qui écrivit le jour même à M"* Duchesne : « Je ne crois pas qu'il y ait au monde une personne plus heureuse que je le suis aujourd’hui. C’est aujourd'hui pour la première fois que nous avons eu le bonheur d’entendre la sainte messe dans notre petite chapelle : Notre- Seigneur est avec nous |! O ma mère, faites-vous l’idée combien une privation de cinq mois a rendu ce moment délicieux ! Dans ce moment j'aurais couru au martyre pour assurer la présence réelle, tant elle se rendait sensible à mon cœur... Désormais, personne ne nous l'enlèvera ; Il sera toujours là! Avec Lui, je pes : tout souffrir, tout supporter !, »
Une lettre de M"° Barat vint encore l’encourager à celte vie d’apostolat sous le regard de Dieu : « Vous voilà donc chargée, lui écrivit-elle, de porter la connaissance et l'amour du Sacré-Cœur dans cette partie de l'Amérique. Quel motif pour moi de vous aimer davantage ! Que ne m'est-il donné de partager vos travaux ! mais je n’en suis pas digne ; je ne puis qu'envier votre sort et prier le Seigneur de combler de ses bénédictions Eugénie et ses filles, qui me sont si chères. »
Ces vœux furent exaucés : quelques mois après on lisait dans les lettres de M"° Audé : « Nous avons dixsept enfants dans le pensionnat ; et il est impossible de désirer un commencement plus salisfaisant. Nos petites novices surpassent mon allente. Les maîtresses sont
1 Recueil, 2e partie, p. 14
toutes d'accord, et se laissent absolument conduire, Les enfants sont dociles et ont un ton excellent... De même, pour le temporel, Dieu nous protége d'une manière toute particulière. Notre maison est maintenant entièrement achevée. Bien que, pendant quatre mois, nous n’ayons vécu que de lait et de riz, nos santés, la mienne surtout, se sont fortifiées. J'ai senti, ma mère, que vous aviez prié pour votre pauvre famille de Saint-Michel, afin qu'elle puisse procurer la gloire du divin Cœur, sans ménager sa peine. Vos filles entourent vos genoux en vous priant de les bénir'. » — Et dans une autre lettre, unissant à l'esprit de zèle l'esprit de sacrifice : « Je sens bien, ma digne mère, que la charité de Jésus- Christ nous presse ; et ilme semble par moments que la mort me serail un gain, si je pouvais me consumer et mourir pour les intérêts du Cœur sacré de Jésus?! »
Mais ce n’était pas de mourir qu'il s'agissait à cette heure, comme M"° Barat le répondit bientôt à son ardente fille : « De grâce, ma chère Eugénie, ménagez voire santé et ne désirez pas trop de mourir. Souffrir et travailler à la gloire de l’Objet aimé est plus digne de votre cœur. Le premier désir serait imparfait et prouverait plus d'amour pour soi que pour Jésus-Christ. La plus grande preuve d'amour que l'on puisse lui donner c’est de sauver des âmes et de se dévouer pour elles. Puis il y a l'intérêt de la société qui vous est si chère, et que vous devez soutenir et propager dans ce pays. — Adieu, mes filles, que le Cœur de Jésus vous rende dignés d’être ses épouses chéries et de lui attacher un grand nombre de cœurs ?, »
1 Saint-Michel, 17 avril 1826.
3 Jbid., 7 mai 1826. — 3 Paris, 4 février 1826,