‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 189 sur 270 · FONDATION À SAINT-LOUIS · texte numérisé non relu

FONDATION À SAINT-LOUIS

M. Mullamphy évalua ce qu'il donnait ainsi dès le commencement à trente-cinq mille francs, » Tel est le texte même du journal de M° Duchesne!,

Malgré ce que ces conditions, si généreuses qu'elles fussent, avaient encore d'onéreux pour le Sacré-Cœur, M"° Duchesne accepta : « Pouvais-je refuser? écrivaitelle ensuite à la mère générale. Pouvions-nous rester confinées dans le village, fermées chez nous par six pieds d'eau qui viennent subitement abattre nos clôtures, renverser notre pont, envahir notre jardin, lequel, depuis deux ans, ne nous donne plus rien?»

M Barat sanctionna cette acceptation, déterminée, elle aussi, par la seule charité, comme le témoignent ces lignes : « L'œuvre des orphelines est si importante! fallait-il la laisser à d’autres ? Vingt enfants! la charge est lourde ; mais Dieu y aidera ?, » Le cœur de la mère et celui de la fille se montraient dignes l’un de l’autre.

Ce fut le mercredi 2 mai 1827 que M"° Duchesne, accompagnée seulement de la sœur O'Connor et d’une orpheline, se rendit de Fleurissant à Saint-Louis. Ayant, ce malin-là, assisté à la messe qui était célébrée en l'honneur de saint Joseph, elle en prit occasion de placer son établissement sous le patronage du céleste Prolecteur de la sainte Famille, promettant en outre de donner le nom du saint à la première novice qui y serait admise. Cet honneur échut, peu de temps après, à Mie Éléonore Gray, qui prit, avec l'habit, le nom de Joséphine. |

La maison du Sacré-Cœur, qui se trouve aujourd’hui au centre même de la ville, par suite de l’agrandisse-

1 Journal, 2 mai 1827. — Lettre à Mme Barat, 4+ mai 1827. ? Paris, 6 juin et 28 août 1827,

376 HISTOIRE DE MADAME DUCHESNE ment progressif de Saint-Louis, était à cette époque absolument isolée, au milieu des bois. Ces bois et ces terrains, situés un peu au-dessous de Mill-Crick, étaient infestés d'animaux sauvages, d’Indiens et de vagabonds, qui en rendaient l’abord difficile et redouté. La maison n'avait pas meilleure réputation, et les choses terrifiantes qu’on en racontait en avaient jusqu'alors éloigné tous les locataires, C'était, répétait-on, une maison de revenants, et on y entendait la nuit des bruits horribles semblables à des hurlements et gémissements plaintifs. A l’arrivée des sœurs les bruits se renouvelèrent. La mère Duchesne n'était pas femme à se faire peur de si peu. Ayant rassuré ses filles, elle guetta les esprits: cette légion de démons se trouva en définitive n'être qu'une légion de chats sauvages, qui, chaque nuit, sautant des arbres voisins dans le grenier, s’'emparaient de ce poste pour y tenir leur sabbat. On les en délogea tous ; après quoi on ne craignit plus d'appeler les orphelines. Les habitants de Saint-Louis, qui n’avaient pas oublié la saintelé de M"° Duchesne, s’'empressèrent de la visiter et de l’assister. Le nouveau curé de la paroisse, M. l'abbé Saulnier, lui envoya une vache, les produits de son jardinage, avec quelques meubles pour la petite école et la communauté, car on n’avait pour lit et siége que la terre nue. La maison fut bénite par MS Rosati; elle devint désormais la résidence de M"° Duchesne, qui laissa Fleurissant à M"° Mathevon.

L'orphelinat installé, on attendit, pour ouvrir un petit pensionnat, l’arrivée de plusieurs maîtresses qui élaient envoyées de France par M"° Barat. C’élaient M" Dutour, Piveteau, Xavier Vandamne et Louise Dorival, qui prirent la voie de New-York, désormais

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