INSTALLATION A SAINT-LOUIS
préférée par le Sacré-Cœur. M" Dorival se sépara de ses sœurs à la jonction de l'Ohio, pour se rendre au Grand-Coteau, sa destination, Les autres arrivèrent à Saint-Louis le 9 septembre, jour de la fête du saint Nom de Marie, laquelle avait été leur étoile conductrice durant la traversée.
La France, qui envoyait au Sacré-Cœur d'Amérique des apôtres et des secours, lui envoya aussi le mot d'ordre du combat: générosité, confiance! Une lettre de M" Barat, apportée par les mêmes sœurs, demandait à la colonie d'être le corps d'élite de la Société : « Oh l'combien je désire, leur disait cette mère, que vous atteigniez ce haut degré de vertu que le Cœur de Jésus demande de ses épouses, mais surtout de celles à œui il confie la mission de propager le culte de son Cœur parmi les peuples qui l’ignorent ou le connaissent à peine! Cette grande vocation doit élever vos âmes. Notre bonheur croîtra, au ciel, en proportion de la générosité avec laquelle nous aurons offert plus de sacrifices et d'actes de vertu à la divine Majesté !, »
À cette lettre en était jointe une du P. Varin, inspirée par le même esprit. Elle était adressée à M° Duchesne : «Ma bien chère fille, quel long silence j'ai gardé, mais non pas devant Dieu! Tous les jours cette pauvre Louisiane est présente à ma pensée; elle est au fond de mon cœur. Je la porte à l'autel, et je l'offre avec une tendre affection au Cœur adorable de Jésus-Christ, Qu'elle soit sa conquête et que ses épouses en soient les instruments : voilà l'objet de mes vœux... C’est donc avec une grande consolation que j'ai appris que vous
! Paris, 12 juin 1827,
aviez enfin formé un établissement à Saint-Louis, maintenant siége épiscopal. Voilà le fondement qui jusqu'ici manquait à l'édifice. Quelle joie ne m’est-ce pas aussi de voir parlir vers vous la pelite colonie qui aujourd’hui même, à six heures du soir, se mettra en route pour cette chère Louisiane ! Avec quelle ardeur, malgré les années et les infirmités, moi-même je partirais pour aller contempler, dans vos États-Unis, l'extension de l'œuvre de Dieu dont votre terre aura été le glorieux berceau ! »
Le P. Varin terminait par le cri de son cœur : « Oh! ma fille, que Dieu est bon ! que de choses n’a-t-il pas faites pour notre Société! Et comment, après tant de prodiges de grâces, la foi et la confiance pourraient elles être ébranlées ? Comment le cœur ne se livrerait-il pas à la reconnaissance ?.. Encore une fois, que Dieu est bon ! Et comment ne pas dire: Courage et confiance ! voilà notre devise jusqu’à la mort !. »
Après le P. Varin, M. l'abbé Perreau soufflait la même ardeur courageuse à M"° Duchesne, par cette considération qu'il fallait que l'Amérique rendit à Jésus- Christ ce que chaque jour l'impiété lui faisait perdre
‘en Europe: « Encore quelque temps, et vous serez peutêtre plus heureuses que nous, plus libres d'accomplir le bien. » La crise redoutable que traversait l'Église, en 1827, faisait regarder le nouveau monde comme une terre de refuge; et M"° Duchesne semblait porter dans ses mains la suprême espérance de la Société.
Le premier mouvement de cette mère, en prenant possession de sa maison et de son grand jardin, avait élé celui de la reconnaissance, et elle écrivait gaiement à
1 Paris, 11 juin 1827. Recueil, lettre Lxxne, p. 23, Ile partie,