LES MAISONS DE LA LOUISIANE
mais la grâce inespérée de plusieurs vocations à l’élat religieux, ce qui est pour celte contrée un prodige inouï et jusque-là sans exemple... Le bien qui se fait est grand ; celui que nous attendons le sera davantage !. »
Trois jours après cette lettre, la maison de Saint- Michel perdait son assistante, M"° Xavier Hamilton; et, le 31 avril, M"° Audé adressait ces lignes désolées à M"° Duchesne : « Elle n’est plus, notre ange de paix! Le Seigneur l’a rappelée à lui, hier matin, 1° de mai 1827. À trois heures de la nuit, après avoir reçu les derniers sacrements, elle mit sa main glacée dans la mienne et me dit : « Je vais mourir, dans quelques moments je serai avec Dieu. » Elle prit alors sa croix, y appuya ses lèvres, leva les yeux vers moi pour me dire odieu ; prononça le nom de Jésus d’une voix expirante, et rendit le dernier soupir ?. » Cette grande religieuse, que M"° Duchesne avait surnommée l'Aloysia de l'Amérique, n'avait pas cessé de croître en amour de Dieu ct de la Société. Peu de temps avant sa mort, elle avait adressé à la mère générale ce généreux adieu : « Les barrières que la nature a faites pour nous séparer ne peuvent arrêter un cœur que l'amour de Jésus unit au vôtre pour le temps et pour l'éternilé. C'est là que j'espère enfin voir et connaître celle qui tient pour moi ici-bas la place de Dieu même *. »
Ces saintes morts et ces saintes vies, ces leçons et ces exemples, ces éducations el ces vocations, tout concourait au même but : le progrès de la religion catholique
1 Nouvelle-Orléans, 28 avril 1827.
? Mme Drichesne, Vies des Religieuses du Sacré-Cœur d'Amérique, p. d el 6; et Recueil des lettres, Ile partie, p. 21.
3 Saint-Michel, 10 octobre 1826,
dans le nouveau monde. M‘ Rosati écrivait en France : « Malgré tous les préjugés que les protestants nourrissent contre les religieüses, à peine ont-ils vu fonclionner un couvent, et sont-ils devenus témoins des progrès que les demoiselles font en ces saintes maisons, soit dans la vertu, soit dans l'instruction, qu’euxmêmes en deviennent les panégyristes. Ils y envoient leurs filles, et ils voudraient voir se multiplier ces établissements. La Providence a beaucoup favorisé en cela notre diocèse !, »
Les diocèses voisins receyaient également la véritable lumière. Dans celui de Cincinnati, le premier pasteur, M Édouard Fenwich, provincial des Dominicains, avait converti sa ville épiscopale presque tout entière : « Nous apprenons avec bonheur les progrès de la foi dans l'État de l'Ohio, relate le journal de M"° Duchesne, depuis que M" Fenwich est évêque de Cincinnati. La piété des fidèles y rappelle celle des premiers chrétiens : on en voit qui jeûnent jusqu’au coucher du soleil ?. » ;
Du côté de l'Illinois, M"° Duchesne recevait de M. l'abbé Martial des lettres qui lui racontaient les œuvres surprenantes de M5 Flaget, évèque de Bardstown : « Vous en seriez émerveillée, lui écrivait-il, et vous ne pourriez comprendre comment, en si peu de temps et avec aussi peu de moyens, le bon M Flaget a pu opérer tant de prodiges !... Logé dans son séminaire, vivant rigoureusement comme un séminariste et souvent moins bien, le saint prélat inspire l'amour de la pauvreté et de la mortification; et avec les épargnes
! Lettre de 1828. Annales, t, XVIII, sept. 1829, p. 548, ? Journal, p. 30.