SON APPUI EN DIEU SEUL
rude de ne plus connaître d'autre prix de l'amour que l'amour même : « Nous n'avons plus aujourd'hui d'ami zélé que Jésus, écrivait-elle en France; tout autre appui languit et s'éloigne de nous. » Parfois cependant, du fond de ce désert, tournant les yeux du côté de la mère patrie, M" Duchesne se reportait vers ces jours déjà lointains où, dans son monastère de Sainte-Marie-d'en-Haut, une sainte amitié lui avait été donnée ; et elle poussait cette plainte vers M"° Barat : « Je suis bien seule en ce monde, et je crois que Dieu permettra que je reste ainsi jusqu’à la mort. Quelque attachée que je sois à celte contrée, où se répand de toutes parts l'aimable dévotion qui nous réunit dans une même famille, je voudrais qu'il me fût donné de franchir les distances, afin de pouvoir encore me trouver à vos pieds en réalité, comme j'y suis souvent en esprit. Combien j'aurais besoin de vous ouvrir mon âme pour la fortifier! Quand je me rappelle les heureux jours de la montagne, que je regrette de n’en avoir pas mieux profité ! ! »
M"° Barat la soulenait. Elle lui tendait les bras à travers l'Océan, elle la soulevait par ses lettres vers le cœur de l’Ami divin et éternel ; elle lui montrait le ciel; elle lui révélait le chemin aride et solitaire qu'elle suivait elle-même ; et, lui ouvrant son âme, elle lui répondait à quelques mois de là : « Oui, ma chère Philippine, nous avons habité ensemble le Thabor : que cette vision a été courte ! Depuis ce temps-là le Calvaire a succédé : une épouse du Sacré-Cœur doit y vivre et y mourir. Prenons courage ! La fin arrive à grands
1 Saint-Louis, 3 juin 1828,
pas. Nous vieillissons, et la mort viendra bientôt nous réunir à la vie... Vous me parlez, chère Philippine, de votre solitude. J'espère, ma fille, que Jésus y supplée. Avec lui, et lui seul, il n'y a plus de solitude ; car, à vous dire le vrai, lorsqu'on a vécu de longues années avec les hommes, on s’y atlache moins. Votre mère, entourée. de tant d'affections, est dans cet isolement, Je n'ai encore fait cet aveu qu'à vous; peu d'âmes le comprendraient. C'est cependant le bien le plus précieux : DIEU SEUL !. »
*4 Paris, novembre 1828,