‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 231 sur 270 · SES ASPIRATIONS AU CIEL · texte numérisé non relu

SES ASPIRATIONS AU CIEL

L'année suivante, la mort de plusieurs de ses amis, et en particulier celle de sa sœur aînée, M"° de Mauduit, portèrent encore ses regards vers l'éternité : « Ma sœur, écrivait-elle en cette occasion, était la plus rapprochée de mon âge, du mème tempérament et caractère que moi. J'en ai auguré que je la suivrais bientôt ; et mes maux de tête me faisaient penser que j'aurais une maladie cérébrale comme la sienne.» En conséquence de ces prévisions, elle fit une retraite, comme préparation à sa dernière heure. Cette retraite l'éclaira : « Dieu m'y a fait voir que je devais acheter le ciel plus chèrement ; car, ayant fait alors une chute sur le pavé, je m'en suis guérie en travaillant au jardin. Je me trouve plus forte que jamais, ne prévoyant ni le jour ni l'heure du dernier combat!. » Et plus tard, dans l'été de 1838: « Je désire toujours le repos, mais je n’espère plus le trouver en cette vie. Tout m’annonce que la douce retraite n'est pas faite pour moi; et encore à présent que je vais entrer dans ma soixante-dixième année, il n’y a personne autre pour éveiller le matin, faire la visite le soir, soigner le jardin et le vestiaire, et veiller les malades*°. »

Le départ pour l'Europe de M£ Rosati, au milieu de l'été 1810, renouvela dans le cœur de M"° Duchesne la blessure que lui avait faite précédemment le départ de M Dubourg. La veille, il ne manqua pas de venir à Fleurissant recommander ce voyage aux prières de M"° Duchesne. On lui demanda de bénir le récent cimelière de la communanté ; puis il fit son adieu : nul ne savait que c'était un adieu sans retour.

1 Fleurissant, 15 octobre 1837.

2 Fleurissant, 2 juillet 1838,

C’est ainsi que M"° Duchesne était partagée entre le désir de la mort et le zèle des âmes, entre la terre et le ciel, ne sachant plus maintenant que demander et désirer, et abandonnant tout à Dieu. Or Dieu lui répondit à sa divine manière.

Au mois de septembre 1840, arriva à Fleurissant Me Galitzin, assistante générale pour les missions d'Amérique. Elle remplaçait dans cette charge M"° Audé, que sa santé retenait em Europe définitivement. La mère Duchesne reçut la visitatrice comme la représentation vivante de sa supérieure, ou plutôt de Dieu même. Oubliant devant elle son âge et ses longs services, elle se jeta à ses genoux et réclama la faveur de sa bénédiction. Tout le monde était touché jusqu'aux larmes.

M" Galitzin était un fort caractère. Entreprenante, hardie, dévorée de l'amour de Dieu et du zèle des âmes, ne se comptant elle-même pour rien, elle devait imprimer un élan décisif à la Société dans l'Amérique du Nord. Mais pour cet esprit absolu, le but était tout, les personnes peu de chose. Elle gouvernait à la Russe, autocratiquement. Certaines réformes utiles, peut-être même nécessaires, furent opérées par elle avec une autorité qui avait le grand tort de ne pas tenir assez de compte des services rendus. La douceur, la mesure, la circonspection eussent fait accepter tous les sacrifices à M" Duchesne ; mais tels n'étaient pas les moyens à l'usage de M"° Galitzin, et la vieille fondatrice de la colonie d'Amérique eut besoin de toute sa foi pour reconnaître, dans cette volonté impérieuse , la volonté de son humble et douce mère Barat.

Elle accepta tout, non sans peine, mais sans plainte, espérant bien d’ailleurs que ces dispositions de l’assis-

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