‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 230 sur 270 · SOUFFRANCES ET PROGRÈS DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

SOUFFRANCES ET PROGRÈS DE L'ÉGLISE

L'Église, en effet, poussait de nouvelles branches sous la hache qui la frappait. C'était au lendemain même de cette déplorable crise que M"° Duchesne mandait à Me Barat : « Ce m'est un vrai plaisir de vous parler de l'érection de trois nouveaux évêchés à Natchez, à Nashville et à Dubuque, au nord de l'État du Missouri. Monseigneur nous à dit, en revenant du troisième concile de Baltimore, que les établissements prospéraient partout. Ils sont particulièrement prospères à Mobile. » Une autre lettre du 2 juillet 1840 donnait cette statistique du diocèse de Saint-Louis : « La population catholique est de cinquante mille âmes: les églises sont maintenant au nombre de quarante, dont neuf sont en pierre. Seize se commencent cette année, ce qui fera cinquante-six. Il ya deux colléges, dont un de Jésuites, et six écoles de garçons, en tout douze cents écoliers. On compte soixante-six prêtres, cent religieuses et dix couvents, trois du Sacré-Cœur, deux des sœurs de la Croix, deux des sœurs de Saint-Joseph et de la Visitation. Un hôpital à Saint-Louis a reçu l’année dernière six cents malades. L’asile des orphelins en con-

tient cent cinquante-trois, et deux autres maisons contiennent vingt orphelines. Il y a eu plus de cent adultes baptisés. »

Celle qui aimait ainsi l'Église, les âmes, ses sœurs, sa Société, sa mission en vue de Jésus-Christ, aspirait par-dessus tout à se réunir à Lui! C'était là encore un de ces amours supérieurs dont elle était possédée ; ou plutôt c'était le terme de tous ses autres amours. Il y avait chez elle des moments de langueur, de maladie, d'épuisement qu'elle saluait comme l’annonce de celte réunion céleste ; et on la voit ainsi s'élancer sans relâche,

par ce chemin de douleurs, vers le but qu’elle croit toucher, mais qui recule toujours.

En 1835, elle eut une fièvre bilieuse qui « la mena, dit-elle, à grands pas vers sa fin, depuis la fin d’août jusqu'au jour de la Toussaint; elle craignait bien, en ce jour, de ne pouvoir célébrer l'office des Morts en ce monde ». Elle était prête à partir : « Tout désir est éteint en moi, faisait-elle savoir à sa mère générale, excepté celui de jouir de Dieu‘. » Celle-ci l’encouragea à vivre pour ce même Dieu, en se sanctifiant : « Vous avez beaucoup souffert, ma chère Philippine; mais Dieu vous a donné un tempérament fort. J'ai donc la confiance que vous vous remettrez, et que nous aurons la consolation de vous conserver quelques années encore, pour achever votre sanctification et consolider l’œuvre de votre fondation ?. »

En 1836, les mêmes souffrances corporelles ramenèrent chez M°° Duchesne les mêmes aspirations vers la retraite et le ciel : « Il n'y a plus, écrit-elle, que le silence et la retraite qui conviennent pour moi... Ma carrière s’avance. Je n’ai jamais désiré les honneurs, et encore moins à présent que je sens plus que jamais que je n'y suis pas propre ; car aux misères de l'âme se joignent celles du corps. » Elle se remit à Pâques ; et elle ne se releva que pour combattre encore, comme elle l’écrivait : « Après ma résurrection, je me suis trouvée en état de veiller aux malades, de travailler au jardin, de faire le réveil et la visite du soir : personne autre ne l’eût pu, étant trop infirme ou trop occupée #. »

1 Fleurissant, 20 juin et 8 novembre 1835.

2 Fleurissant, 25 décembre 1835.

8 Fleurissant, 10 avril et 22 mai 1836.

4 Fleurissant, 1+r juillet 1836.

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