‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 241 sur 270 · ELLE EST RAPPELÉE AU MISSOURI · texte numérisé non relu

ELLE EST RAPPELÉE AU MISSOURI

mise à l'avant-garde , au commencement de l'œuvre, mais sans la laisser à son achèvement ; il l'avait mise au travail sans la daisser à la gloire. Maintenant l’entreprise faite, la semence jetée, le sacrifice accompli, il la retirait pleinè de mérites dans le secret de sa face, content de sa bonne volonté, et remeltant au ciel à lui en payer le prix.

Donc au mois de juillet 1842, M"° Duchesne redescendit vers le Missouri. Peu de jours avant son départ, le bateau à vapeur ayant fait explosion, un grand nombre de personnes avaient été tuées, et quatre-vingt-deux blessées. Alarmées de ce péril, les religieuses de Sugar- Creek ne voulurent laisser partir leur vénérable mère que sous la conduite du supérieur des Jésuites, le P. Verhaegen, qui l’accompagna jusqu’à sa deslination !.

Le séjour de M"° Duchesne aux Potowatomies n’avait duré qu’un an; mais ce passage avait laissé dans son cœur un souvenir que rien ne put effacer : « Je ne puis m'ôter la pensée des sauvages, » écrivait celte mère, à peu de jours de là. Mon ambition se portait jusqu’aux Montagnes Rocheuses. Je ne puis qu’adorer les desseins de Dieu, qui me prive ainsi de l’objet de tant de désirs ?. » Et dans une autre lettre : « Il me semble qu’en quittant le pays des sauvages j'ai quitté mon élément, et que désormais je ne puis faire que languir pour la grande patrie, de laquelle heureusement il n’y aura plus de départ *. »

1 Lettres annuelles, 1842. Lettre de la mère Lucile Mathevon, p. 98, et Notice sur Mme Duchesne, par trois de ses filles d'Amérique. ? À M. Delacroix, chanoine à Gand, Saint-Charles, 7 avril 4842.

3 À Mme Jouve, sa sœur, 5 mai 1843, p. 159.

Tant de prières et de sacrifices furent pour la mission entière une source de grâces. Autour de Sugar-Creek, la tribu des Osages, prise d'émulation pour le service de Jésus-Christ, fit demander au Sacré-Cœur de venir apprendre à leurs filles à faire des robes de décence, comme ils s’exprimaient. Le surintendant des Indiens, député par le congrès, visitant l’école de M"° Lucile, lui rendait le témoignage « que depuis treize ans qu'il inspectait ce pays, il n'avait pas encore trouvé une seule école où les purs sauvages eussent fait tant de progrès dans la civilisation ». Rapportant le même jugement, la mère Duchesne écrivait : « Le surintendant des affaires des sauvages a élé étonné du changement opéré dans celle nation, et cela en trois ans. Il a dit que les Pères avaient plus réussi avec les Indiens que tous les méthodistes qui fourmillent partout. » Bientôt la dévotion aux Cœurs de Jésus et de Marie passa de la tribu des Potowatomies à la nation des Têtes-Plates. « Tout, disait M" Duchesne, tout annonce l'approche de la miséricorde de Dieu sur ces vastes contrées. »

Un jour, les États-Unis auront à rendre compte devant Dieu et l’histoire de ce qu'ils auront fait de ces peuplades, aujourd’hui presque disparues. Ce sera un jugement terrible. Là il sera constaté que l'Amérique, et avant elle l'Angleterre sa mère, n'a su que spolier les habitants paisibles et inoffensifs de ces vastes régions, en les abrutissant, pour ensuite plus facilement les exterminer ?. Il sera constaté, en outre, que le pro-

1 Lettre à M. Delacroix, chanoine à Gand, 25 juillet 1844.

2 V. les statistiques établies par Bancroft, History of the United Slates, 1, IT, p. 564 et passim; t. IV, p. 79 et passim. — Tocqueville, t, II,

ch, v, p. 115. — Samuel Drake, etc., citées dans les Missions catholiques, par Marshall, €. IT, p. 413 et suiv.

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