‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 240 sur 270 · SON APOSTOLAT PAR LA PRIÈRE · texte numérisé non relu

SON APOSTOLAT PAR LA PRIÈRE

geait alors, soit vers le cimetière des sauvages, soit à travers la plaine incommensurable; et là, de sa voix cassée, elle essayait de réveiller les souvenirs de Grenoble, en chantant des cantiques que le P. Barat avait jadis composés en l'honneur du sacré Cœur, pour la sainte montagne.

Un autre apostolat était celui de l'exemple de sa haute sainteté. Les Indiens, émerveillés de son union à Dieu, la tenaient pour un être de nature plus qu’'humaine. C'était une sainte du ciel, et, leur vénération se changeant en religion, ils venaient lui apporter leurs fruits les plus beaux et leurs œufs les plus frais, comme ils faisaient autrefois à leurs manitous.

Enfin la souffrance était un autre ministère de M"° Duchesne ; et il fut bientôt constant qu'elle n'était venue là, comme partout ailleurs, que pour s’immoler. Sa santé, surexcitée pendant quelques mois par le bonheur de se voir au comble de ses vœux, n'avait pas pu résister longtemps à la rude vie et au climat glacé de la station de Sugar-Creek. L'hiver avait été extrèmement rigoureux. Une charretée de citrouilles, qu’on élait allée prendre à dix milles de là, avait été l'unique nourriture de la communauté pendant toute une saison. Sauf le temps dela chasse, il fallait s’alimenter de maïs et de patates : c'était un régime mortel pour la débilité de la vénérable mère : « La mère Duchesne vieillit beaucoup, écrivait sa supérieure dès le 5 février 1842; elle est souvent souffrante, la vie est trop dure ici pour son grand âge ‘. » On nous la représente, dans une autre lettre, obligée de passer une partie de la journée

! Lettres annuelles de la Société du Sacré-Cœur, 1811, p. 74.

couchée sur son lit, occupée à son tricot, sans que ses filles eussent les moyens de l’assister. Ce lit était la croix où elle s’offrait à Dieu pour le salut de ce peuple.

Tel est l’état dans lequel M"° Galitzin trouva la mère Duchesne, quand, le 19 mars 1842, elle vint faire la visite de la fondation. L’assistante générale, qui n'avait accepté l'envoi de celte mère dans cette mission lointaine que par déférence pour M"° Barat, se persuada sans peine que la trop courageuse femme n’y pourrail demeurer. Cette persuasion devint également celle de Me Kenrick, coadjuteur de M5 l’évèque de Saint-Louis, qui visita la colonie dans le courant de juin. Frappé du dépérissement de la servante de Dieu , il jugea que prolonger son séjour en ce pays serait amener sa mott dans un temps rapproché. La mère générale, avertie de ce péril, qui semblait imminent, consentit à rappeler M°° Duchesne à Saint-Charles. Nous n'avons plus l'échange de lettres qui amena cette détermination : cetle correspondance nous eût sans doute révélé quelles protestations celte âme apostolique élevait contre les défaillances et la ruine de sca corps. Mais l’obéissance parlait : il fallait renoncer au bonheur tant souhaité et si chèrement acheté de terminer ses jours chez les Indiens. M" Duchesne se résigna, et ses dispositious se résument dans ces belles paroles d’une de ses lettres d'alors : « Les causes de mon rappel sont connues de Dieu, cela suffit !. »

Ce Dieu, dont elle adorait ainsi la volonté, avait agi avec elle, dans cette mission des sauvages comme dans toutes les précédentes, et selon les nêmes lois. Il l'avait

1 A Mme Jouve, sa sœur, 5 mai 1843, Recueil, p. 160,

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