‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 249 sur 270 · PIÉTÉ FILIALE DE MADAME HAMILTON · texte numérisé non relu

PIÉTÉ FILIALE DE MADAME HAMILTON

je la soigne, non pas comme je veux, car elle a encore l'idée qu'elle doit faire pénitence et que tout est trop bon pour elle. Il en résulte que nous nous disputons quelquefois : tantôt je gagne, et tantôt je perds. »

C'élait sur ce seul point que la douce invalide faisait quelque résistance, car son bonheur constant était d'obéir à sa première novice. « Que je suis heureuse, écrivait-elle à M"° Jouve, de pouvoir donner le nom de mère à ma chère fille Régis! »

Un dernier coup faillit ruiner encore ce bonheur en menaçant de suppression, pour la seconde fois, la maison de Saint-Charles. Ce fut un renouvellement d'inquiétudes et d’alarmes pour M"° Duchesne. Elle s’adressa au cœur de sa mère Barat : « Ma bien-aimée mère, lui écrivit-elle, je vous supplie de soutenir cette maison de Saint-Charles! » Et dans une autre lettre : « Si vous pouviez voir notre logis de Saint-Charles qui touche à l’église, vous n’auriez pas le courage de nous en arracher, ne fussions-nous que quatre !. » La mère Jouve, de son côté, intercéda puissamment en faveur de ce premier et précieux berceau de la mission d'Amérique. Il put être conservé; et ce fut une double joie à M°° Duchesne d'y prolonger son séjour, et de devoir ce bienfait à une nièce si chère. C’est ainsi que la main de Dieu secouait de temps en temps l'arbre qui portait le nid de cette vaillante vieillesse, pour qu’elle se souvint de son aile et prît son vol vers les cieux.

D'ailleurs, au sein de ces épreuves, l'âme n'avait cessé de grandir et de monter, Elle entra ainsi dans une région de paix, « récompense de l’amour pur et commencs-

1 Saint-Charles, 20 avril el 18 août 1851.

ment de paradis, » ainsi que l'appelle Fénelon. Et comme on a écrit que le vieillard est à la fois la victime du présent, le prêtre du passé, et le prophète de l'avenir, ainsi voyons-nous s'écouler dans celte triple et plus qu'angélique fonction, les dernières années de M"° Duchesne. \

Absolument sacrifiée, elle ne tenait plus à rien des choses de ce monde. La pauvreté l'avait affranchie de tout le reste, en lui donnant Jésus pour unique trésor. M"° Jouve, témoin du renoncement de sa lante, le décrivait ainsi à M° Barat : « Vous seriez touchée, ma révérende mère, de la pauvreté de Saint-Charles : on n’en peut imaginer de plus grande : la chambre de M"° Duchesne en est le sanctuaire. Il n'y a certainement pas, dans toute la Société, une sœur plus mal couchée et plus misérablement chaussée et habillée, Le bienheureux Benoît Labre pourrait la réclamer pour sa sœur. Sur cet article, inutile de la contrarier, c'est son attrait. Je lui ai cependant enlevé son bréviaire, qui n'était qu'un lambeau, pour lui en substituer un autre moins mauvais. » Quelques restes de vêtements, voile et autres objets de cette pauvresse volontaire, conservés aujourd’hui à la maison de Paris, attestent quelles simples hardes suffisent en ce monde à ceux que le vêtement de gloire attend dans le ciel.

Elle priait sans cesse. C'était le sacerdoce auquel la sainte recluse avait résolu désormais de consacrer sa vie : « Je ne veux plus, disait-elle, vivre que pour Celui qui vit pour moi au saint Sacrement, mon cher et divin voisin à qui je parlerai souvent de votre famille‘, »

1 A Me Brangier, en 1852,

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