ÉPANOUISSEMENT DU SACRÉ-CŒUR
puis à Philadelphie, en 1846, est fixé l’année suivante près de la même ville, dans le magnifique domaine de Eden Hall. En 1849, Israël continue de dilater ses tentes. La ville d'Halifax en Nouvelle-Écosse , celle de Buffalo sur le lac Erié, reçoivent châcune une colonie, tandis que celle de New-York fonde au cœur de cette ville de vastes écoles et associations. En 1851, c’est au Détroit que le Sacré-Cœur établit un pensionnat, un orphelinat et un externat. L'année suivante, les villes de Sandwich et Albany reçoivent le même bienfait. C'était en tout seize maisons que le Sacré-Cœur devait, sinon à l’action personnelle, du moins à l'initiative première, à la continuelle prière et aux longs sacrifices de la mère Duchesne.
M"° Barat le savait. Un des plus beaux témoignages de sa reconnaissance se trouve dans une lettre du 16 février 1852. Profitant du retour en Amérique des deux mères Maria Cutts et Aloysia Hardey, qui revenaient du conseil général de la Ferrandière, M"° Barat voulut écrire à son amie. Cette lettre est la dernière adressée par elle à cette grande compagne : « Nos mères partent demain, chère et bonne mère Duchesne, pour aller rejoindre leur chère mission. Je ne doute pas que Mre Cutts ne s’empresse à son retour de vous faire une petite visite , pour vous parler de la Société, de vos anciennes mères qui vous conservent un si tendre souvenir. Surtout elle vous dira combien notre réunion a élé consolante, et, j'espère, utile à toute la Société. Ce sera donc, j'en ai la confiance, une des consolations de vos vieux jours. » Puis son amitié s'épanche en admirations et en remerciments,; c’est la justice de la terre qui déjà précède pour Mr° Duchesne la justice du Ciel :
« Ma chère Philippine, la confiance dans le Sacré- Cœur s'accroît, se répand dans presque toutes les parties du monde, et nous recevons de partout des demandes qu'il faut refuser. Ah! s’il nous venait des mères aussi zélées et dégagées que celles qui ont envahi le pays où vous êtes, il ne faudrait pas tant de monde, etles fondations deviendraient faciles ! Priez donc, chère et si bonne mère, priez ävec instance que le doux Maître ait égard aux besoins des âmes qui nous réclament, et qu’il daigne envoyer des apôtres selon son cœur. Il vous exaucera , j'en suis sûre, vous, ma vieille fille, qui avez si bien compris le prix des âmes, et qui n'avez reculé devant aucun obstacle, lorsque Jésus vous a appelée à les secourir. »
Ainsi M"° Duchesne , au terme dela campagne, était mise à l’ordre du jour par sa supérieure, comme on le fait pour le soldat qui le premier a ouvert le chemin de la victoire. Le Seigneur, de son côté, lui avait été fidèle ; et nous venons de voir combien magnifiquement il avait tenu envers elle cette promesse de son Évangile : Celui qui œura quitté pour moi père et mère, frère et sœur, maison et patrie, celui-là recevra le centuple, non-seulement dans le siècle futur, mais dès le lemps présent. ga
Ce centuple, cette victoire, ces fondations nombreuses, cet épanouissement du règne du Sacré-Cœur, c’est ce que j'ai nommé la récompense du temps. M" Duchesne touchait à celle de l'éternité.
Toute sa vie, mais spécialement sa vie de retraite à Saint-Charles, s'était passée dans la méditation des années éternelles. « Je vis ici en solitaire, écrivait cette mère, employant tout’ mon temps à réparer le