SES OBSÈQUES ET SON EXHUMATION
sur ce corps que la pénitence avait, pour ainsi dire, spiritualisé. Ce ne fut qu'au moment où on le mit provisoirement dans une nouvelle fosse, qu'il y eut un certain affaissement des chairs et une altération sensible dans les vêtements. On lui en substitua de neufs, en ayant soin de garder les autres précieusement. Enfin, la nouvelle chapelle reçut le précieux dépôt devant lequel viennent encore prier et s'inspirer tous ceux qui, ayant connu cette femme apostolique, veulent, comme elle, glorifier le Cœur de Jésus et s’immoler à son service.
Mr° Duchesne avait dit : « Vous verrez que quand je serai morte, tout prendra son essor, » En effet, le développement pris par le Sacré-Cœur durant les dernières années de la pieuse victime ne fit que s'étendre encore après son sacrifice. En 1853, M"° du Rousier fonda Santiago, au Chili, prenant ainsi possession de cette Amérique méridionale vers laquelle s'étaient portées tant de fois les ambitions äe la mère Duchesne. Depuis lors chaque année vit queique nouveau rameau pousser et fleurir sur l'arbre du Sacré-Cœur. Aujourd’hui il étend ses bras des deux côtés de l'isthme de Panama, et sur les îles. Chicago, Montréal, Philadelphie, Cincinnati, la Nouvelle-Orléans, Maryville près de Saint-Louis, Providence, la Havane et Sancto-Espiritu, dans l'Amérique du Nord; Talca, Concepcion, Valparaiso, Chillan, dans l'Amérique du Sud, ont reçu successivement des colonies de la Société. La fondation de Lima, faite tout récemment, en 1876, a spécialement répondu au vœu de toute la vie de M"° Duchesne. Aujourd'hui le Sacré-Cœur compte, dans les deux presqu'iles, cinq vicairies ayant chacune son noviciat, trente-un établissements, mille deux cents religieuses,
près de trois mille pensionnaires, et quatre mille cinq cents enfants recevant l'instruction chrétienne dans les écoles et les orphelinats. Dans l'Est et le Missouri, selon le vœu des évêques, les protestantes fréquentent les classes catholiques et en recueillent des fruits nombreux de conversion.
Le Sacré-Cœur, du reste, se faisant tout à tous , a des écoles françaises, anglaises et allemandes, pour les nombreux enfants d'émigrants de toute race. À Saint- Michel, il élève les petites négresses; c'était encore là une des prédilections de la mère Duchesne. Au Chili, il dirige les écoles normales, et un réseau serré d’institutrices formées sous sa forte influence y retient dans la vraie foi une population à laquelle le protestantisme fait d’insidieuses avances. De toutes les œuvres chères à Me Duchesne, seule, la plus chère de toutes, celle des sauvages, n’a plus aujourd’hui d'objet. Les Potowatomies, de plus en plus poussés par le flot américain, se sont laissé absorber par les habitudes de leurs dominateurs. La pelite école a dû se changer en pensionnal; et bientôt il ne restera plus de la vie nomade d'autrefois que le souvenir des vertus de celles qui s’y dévouèrent pour la gloire de Dieu.
J'ai terminé ce livre : et cependant je sens qu'il y manque quelque chose. À côté du triomphe de l'œuvre de M"° Duchesne tel que nous venons de le peindre, on aurait voulu voir éclater pareillement le triomphe personnel d'une vie qui s’est achevée dans l'obscurité et dans l’abjection. Mais il faut se le rappeler : la vie des justes est un drame dont la terre n’est appelée à voir que les premiers actes. L'action commence ici-bas, muis elle se dénoue ailleurs, C’est dans l'éternité que