SES DERNIERS MOMENTS ET SA MORT
Pater et un Ave pour le bien de mon âme. » On lui répondit que la communauté réunie priait dans la chambre voisine. Elle s’en montra reconnaissante : « Oh! que je suis heureuse de mourir dans une maison où règne la charité! » Elle se confessa et reçut le divin Viatique des mains du P, Verhaegen.
On ne croyait pas encore à un dénoûment prochain ; mais le médecin appelé pour constater l'état trouva le pouls tellement faible qu'il dit aussitôt à la supérieure : « Madame, voici que Dieu vous demande le sacrifice; le moment est arrivé, »
Cependant la sainte mourante, recueillant ses forces, répétail avec une admirable ferveur : « Jésus, Marie, Joseph, je vous donne mon cœur, mon esprit et ma vie. » On l’entendait aussi pousser ces soupirs d'impatience vers le ciel : « Venez, Seigneur Jésus, venez, ne tardez pas, venez vite me prendre, » répétant ces mots jusqu'à l'épuisement de sa voix et de ses forces. A dix heures du matin, elle reçut en pleine connaissance l’extrème-onction et l'application de l'indulgence in articulo mortis. Peu après, la sœur infirmière l'ayant priée de demander à Dieu qu'elle la suivît bientôt dans l'éternité : « Point du tout, répondit-elle avec une grande énergie ; que deviendrait notre mère si, dans la maison, tout le monde mourait ? »
Vers midi, la mère Hamilton, s'étant absentée pendant quelques minutes, fut rappelée en toute hâte : M" Duchesne était près de rendre le dernier soupir. Elle expira entre les bras de la sœur infirmière, le
48 novembre 1852, dans la quatre-vingt-quatrième année de son âge, la quarante-septième année de sa profession religieuse, et la trente-quatrième de son
séjour en Amérique. Son corps fut exposé dans sa pelite chambre, où ses sœurs purent venir l'une après l’autre admirer ce visage empreint d'une sérénité céleste. Un grand nombre de prêtres, de religieux, de laïques, même des protestants, assistèrent à ses obsèques, qui furent solennelles. Le Père de Smet a raconté qu'étant précédemment convenu avec elle que le premier qui mourrait obtiendrait à l’autre une cerlaine faveur très-particulière , il l'avait obtenue aussitôt après la mort de M"° Duchesne, et il en concluait qu'indubitablement elle était dans le ciel.
Ainsi, après trente-quatre ans, la vaillante invalide élait revenue tomber sur le champ même témoin de ses premiers combats. Si « mourir est un gain », comme l'écrit l’Apôtre, M"° Duchesne avait bien gagné de mo rir. : |
On déposa ses restes dans une enceinte préparée au milieu du jardin. Il y avait plus de trois ans qu'ils y reposaient lorsque lä supérieure de la maison de Saint- Charles ayant bâti un oratoire dans une autre partie de ce même enclos, voulut que la dépouille de M"° Duchesne y fût transportée. Ce fut le 22 octobre 1855 qu'’eut lieu l’exhumation. Comme le corps, reposant dans un cercueil en planches, avait été enterré dans un sol humide et naturellement corrosif, on s'attendait à n'y trouver, après un si long espace, que de la poussière et des os. Aussi, combien grande fut l'admiration de toute l'assistance quand, à l'ouverture de cette tombe, M'"° Duchesne apparut parfaitement conservée et sans aucune odeur! La figure avait gardé une forme si reconnaissable que l’on s’empressa de la photographier, pour perpétuer le témoignage de la protection divine