PROSCRIPTION DES COUVENTS
le parlement de Grenoble, où son père occupait un rang distingué, qui avait élevé contre les Édits royaux une protestation suivie d’une révolte où le sang avait coulé, dans la journée du 7 juin 1788, la première journée de la Révolution française. Enfin, c'était le Jeu de paume de son château de Vizille que M. Périer, oncle de Philippine, avait ouvert aux notables de la province du Dauphiné, pour la fameuse assemblée du 21 juillet, où Mounier et Barnave, les collègues de Duchesne , soufflèrent le feu qui devait bientôt porter l'incendie dans la France entière. On entrait dans l’année 1789. Pouvait-on prévoir le terme où s’arrèterait le mouvement révolutionnaire? La même hostilité qui s’attaquait aujourd'hui à la monarchie ne se tournerait-elle pas demain contre l'Église, et en particulier contre les ordres religieux? M. Duchesne, effrayé de l’état des esprits, qu’il devait bien connaître, et voulant gagner du temps, intima à sa fille la défense de faire ses vœux avant l’âge de vingt-cinq ans. Tout ce qu'il lui permit fut de rester à Sainte-Marie, en qualité de novice, jusqu'à ce que les années ou les événements décidassent de son sort.
Cette annonce consterna le cœur de Philippine. « Je ne voyais pas l'avenir, disait-elle ensuite, et le présent me paraissait la plus rude des épreuves que Dieu pût m'envoyer. » Un prêtre de grande prudence, auquel elle confia sa peine, en jugea autrement, et lui fit cette réponse : « Adorons Dieu, ma fille; il a ses vues secrètes dans ce qu’il permet aujourd'hui, vous le comprendrez plus tard. »
Moins de deux ans après, la foudre qu’on entendait gronder dans le lointain éclata sur la France. Les
sommets, comme toujours, furent les premiers frappés: on proscrivit les religieux. Au commencement de l’année 1791, les Visitandines de Sainte-Marie furent sommées d’avoir à se séculariser ou à abandonner leur maison conventuelle. Pour toute réponse, la mère d'Auberjon de Murinais adressa, le 14 janvier, une protestation que signèrent toutes ses sœurs, déclarant unanimement persévérer dans leurs vœux, et vouloir vivre et mourir dans leur saint état. Cette démarche des religieuses entraînait leur expulsion. La famille Duchesne n'attendit pas ce moment pour arracher Philippine d’une maison menacée des dernières violences; le père vint prendre sa fille, qui jamais ne ressentit un coup plus poignant. « Chère Sion, écrivait-elle dans le style biblique qu’elle affectionnait, ne te reverrai-je jamais? Ne briserez-vous pas, Seigneur, les liens qui vont me k retenir parmi les enfants de Cédar? » La France lui î refusant la liberté de vivre dans la maison de Dieu, F Philippine ne recula pas devant la pensée de s’expa- M trier. Elle implora donc la grâce d’aller suivre sa voca- Ë tion à l'étranger, en Italie sans doute, où l’appelait | son affection pour sa sainte et aimable mère Eugénie ! de Bayane. Ses parents refusèrent. Philippine se vit M ainsi forcée de déposer l’habit de la Visitation, et elle M suivit sa famille dans la maison de campagne de ÿ devait lui servir de refuge. À
Nous ne sommes qu’au seuil de cette histoire, et M déjà l’on peut voir, par ces commencements, combien M Dieu est admirable dans ses saints. Il les forme de la même manière qu'il a formé le monde, produisant } d’abord un germe, d’où sortira ensuite tout le déve- M loppement d'une âme et d’une destinée : Semen faciens i