‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 37 sur 270 · SON NOVICIAT À SAINTE-MARIE · texte numérisé non relu

SON NOVICIAT À SAINTE-MARIE

presque tous leurs ouvrages. Pendant deux ans entiers de mon noviciat, je ne lus que Rodriguez, dont je ne me lassais point. Pendant la réunion des religicuses qui se tient ordinairement après vêpres, je racontai successivement à mes sœurs la vie de presque tous les saints de la Compagnie de Jésus , et en particulier celle de saint François Xavier qui me touchait ie plus... Que de fois ne lui ai-je pas dit dans mon impatience : « Grand « saint, pourquoi ne m’appelez-vous pas à vous suivre ? « Je vous répondrais. » Il est mon saint d’affection. » Avec François Xavier elle rêvait l’apostolat des peuples infidèles; avec François Régis elle rêvait le dévouement aux pauvres et aux petits : « Ma dévotion à saint François Régis naquit dans le même temps, rapporte-t-elle encore. Elle fut allumée en moi par la conversation d’une religieuse qui avait ce saint pour patron. J'ai souvent prié devant sa relique qui était conservée dans notre monastère. Ses travaux, étant plus obscurs que ceux de saint François Xavier, avaient plus de rapport avec ceux que je pouvais entreprendre moi-même. Pour l'amour de lui, je me mis plus tard à instruire les pauvres. »

. En attendant, c'était son couvent qu’elle édifiait par le spectacle d’un cœur libre et vif comme la flamme, dégagé de lui-même, détaché de la terre, livré tout entier à l'amour de Dieu et au service da prochain. Elle a pu dire d'elle-même : « Le jour de mon entrée à Sainte-Marie-d’'en-Haut, je pris la résolution de ne jamais manquer à un seul point de la règle; et, en effet, je ne me souviens pas de l'avoir enfreinte une fois. » Non contente d'accomplir son devoir à ellemême, elle se chargeait volontiers des services des

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autres, se multipliant afin d’obliger, d'aider, de remplacer tout le monde. Quand elle avait ainsi bien rempli ses journées, le soir Philippine, oubliant sa fatigue, implorait de la supérieure la faveur de retarder l'heure de son coucher, pour aller prier auprès de Notre-Seigneur, et retrouver ainsi l’heure d’adoration dont l’avait privée sa charité prévenante. La supérieure avait-elle accueilli sa demande, chacun le devinait à l'air de Philippine : elle était radieuse, allègre, triomphante; elle souriait à chacune des sœurs qu’elle rencontrait. Cette grâce la payait, la reposait de tout. Parfois même, s’oubliant devant Jésus-Christ, la novice passait là une partie de la nuit, sinon la nuit entière, adorant en silence l'Époux qui la cachait dans le secret de sa face. Le pied du tabernacle fut, pendant toute sa vie, la seconde demeure de M"° Duchesne!.

Au bout d’un an ou dix-huit mois de noviciat, Philippine se disposait "à faire profession, lorsque l’opposition formelle de son père l’arrêta sur le seuil. Ce n’était pas cette fois prévention de philosophe contre les ordres monastiques. Si peu religieux qu'il fût, M. Duchesne avait encore assez le respect des choses de Dieu, pour ne pas contrarier le pieux dessein de sa fille, si les temps lui eussent paru moins noirs d’orages; mais l'heure était menaçante, et Philippine ellemême ne pouvait ignorer les graves événements dans lesquels sa famille n’avait qu’une trop grande part d'initiative, et qui s’accomplissaient, pour ainsi dire, sous ses yeux. C'était dans sa propre ville, presque dans sa propre demeure, qu'avait préludé la Révolution. C'était

1! Vie manuscrile de la mère Duchesne, n°1, 3e f., p. 2,

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