SON DÉVOUEMENT SOUS LA TERREUR
avons vu prendre avec sa compagne, « Chaque jour, dès le matin, nous raconte sa sœur, après avoir rempli ses exercices de piété, Philippine allait visiter les malades, auxquels, dans ces temps malheureux, il était difficile de procurer les secours de la religion. Cherchant, dans les réduits où ils se cachaient, les prêtres fidèles et proscrits, elle les conduisait, à travers mille dangers, auprès des mourants, On ne saurait énumérer les pratiques de charité héroïque qu'elle a accomplies en pareilles circonstances, »
Sa sœur en cile un trait: « Un jour, calculant qu'une pauvre femme, près de mourir, ne pourrait recevoir : les sacrements dans sa maison, elle la transporta dans son propre logement, et la coucha dans le lit qu'elle partageait d'ordinaire avec la religieuse dénuée de toute ressource qu'elle avait recueillie. Celle-ci, rentrant le soir, fut fort surprise de se voir ainsi remplacée, et ne put s'empècher de sourire. Mve Duchesne l'engagea à passer la nuit en priant comme elle pour l'agonisante, qui mourut entre leurs bras, bénissant une si forte charité. »
« Du reste, ajoute sa sœur, ces pieuses veilles se renouvelaient souvent pour Philippine, soit auprès des malades, soit dans l'assistance au divin sacrifice, qu’on ne pouvait célébrer que furtivement, pendant Ja nuit, » Ses parents, effrayés de l'audace de son zèle, lui en faisaient parfois redouter les conséquences. Elle n’en tenait nul compte : « Toute ma gloire et mon bonheur, répondait -elle , consiste à servir mon divin Sauveur dans la personne des malheureux!, »
! Vie manuscrite de Me Duchesne, fol, &e, p. 1 et 2,
Enfin vinrent les jours où la France essaya de se reconstituer , et la famille puissante des Duchesne- Périer apporta à celte œuvre le concours de son intelligence pratique des affaires. En 1795, MM. Claude Périer et Pierre-François Duchesne furent appelés par le suffrage de leurs concitoyens à siéger, comme députés, au Corps législatif. M. Duchesne, homme d'une grande indépendance de caractère, se signala par son ardente opposition au coup d’État du 18 brumaire. Appelé plus tard au Tribunat, qu'il eut même l'honneur de présider plusieurs fois, il vota avec Carnot contre ‘la aomination du Consul à vie; puis, vaincu dans cette lutte, el voyant que c'en était fait de la liberté, il donna sa démission et rentra à Grenoble, ayant perdu beaucoup de ses espérances politiques, sans avoir rien perdu de ses convictions. |
L'ambition de sa fille avait un autre objet, et visait un but plus haut. Désireuse de travailler à la restauration du règne de Jésus-Christ, et de le dilater par de nouvelles conquêtes, souvent elle portait ses vœux vers les missions étrangères. « Mais, dit-elle, je ne pouvais songer à y aller dans un temps où les mers semblaient fermées pour toujours. » D'autres fois, elle projetait de procurer le rétablissement de la grande Chartreuse, et elle-même raconte qu’elle récita, pendant plusieurs années de suite, l’oraison de saint Bruno à cette intention. « Mais je demandais plutôt le retour des Chartreux que notre installation dans leur monastère, explique-t-elle quelque part; Dieu voulait peut-être que j'unisse mes prières aux leurs. » À quoi elle ajoute celte parole remarquable : « Il me semble qu’alors ce grand Dieu m'avait donné des pressentiments dont je