SES ARDEURS APOSTOLIQUES
e voyais pas la fin, mais qui me forçaient à deander; car depuis que ces saints solitaires sont chez eux, je n'ai même plus retrouvé dans ma mémoire la prière que j'avais récitée par cœur à leur intention !. » Qui pourrait dire combien il entra ainsi de prières cachées dans l'œuvre de la restauration de l'Église en France ? S
Du sein de ce bouillonnement intérieur de projets et de désirs divers, s'élevait toujours, au-dessus des autres, l'image sacrée de Sainte-Marie-d'en-Haut. « Le monde, écrit-elle, fut toujours pour moi une terre d’exil, un pays étranger; et Sion, ma patrie, demeura l’objet constant de mes désirs et de mes projets les plus chers. L'’habitation après laquelle je soupirais était le sanctuaire de la religion; et une inclination particulière me portait vers celle qui m'avait vue naître à la piété?. » Et ailleurs : « Jamais, proleste-t-elle, je ne fus dégoûtée de ma vocation. Sans doute, dès le moment de notre dispersion, plusieurs ordres religieux et plusieurs pays partagèrent ma pensée; ce fut l’objet des prières que je faisais pour connaître la volonté de Dieu. Je changeais quelquefois de lieu et de société; mais jamais ma pensée ne s’y est arrêtée jusqu’à perdre de vue mes hautes espérances. »
En attendant qu’elles pussent se réaliser, la Providence ouvrit un nouveau champ au zèle de la servante de Jésus-Christ, Comme, durant la Terreur, il l'avait appliquée aux œuvres de miséricorde envers ses prêtres proscrits, prisonniers ou martyrs, de même
1! Mémoire à Mme Barat, 1818, f, 4, p. 2.
? Histoire autographe de Sainte-Marie, p. 1.
il lui demanda maintenant de s'occuper de ses enfants les plus pauvres, les plus ignorants, les plus délaissés, en lui présentant, dans un de ses saints les plus populaires, le patron et le modèle de cet apostolat, comme elle-même le raconte.
« Je saisis l'occasion d'un voyage à Romans pour aller au tombeau de saint François Régis. J'élais fort pressée de faire ce pèlerinage par un Père Jésuite qui demeurait sur la route, et que moi-même je désirais consulter. Je me fis accompagner par un domestique de ma grand’mère, très-dévot au saint, auquel il devait la santé, ayant été guéri, par son intercession, d'une langueur qui avait fait désespérer de sa vie. C'était le 3 mai, fète de l’Invention de la sainte Croix, 1800, J'ai su après que ce jour avait été celui de la mort du Jésuite qui m'avait pressée de faire ce voyage. Ainsi je ne le vis point, non plus que le saint archevêque de Vienne, M® d’Aviau, qui, imitateur de la vie apostolique de l’apôtre du Vélay, s'était caché près de son tombeau dans ces temps orageux. »
Ce sanctuaire de la Louvesc, qui devait laisser un souvenir incffaçable dans l’âme de M°° Duchesne, ne lui fit cependant qu’une impression douloureuse. Le corps de saint François, sauvé des fureurs révolutionnaires, n’y avait pas encore été reporté. La foule cependant sc pressait ce jour-là autour du tombeau vide du puissant thaumaturge. « Mais tout, dit M"° Duchesne, y respirait la tristesse et la désolation. On ne pouvait célébrer la
1 Ce ne fut que deux ans après, le 12 juillet 1802, que, répondant aux vœux de Mer d’Aviau, l'évêque de Mende, Mer de Chabot, fit cette translation, et rendit sa décence , sinon sa splendeur, au tombeau que Mme Duchesne avait trouvé dans l'abandon, ainsi qu’elle le raconte,