‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 80 sur 270 · SON AFFECTION POUR SES SŒURS · texte numérisé non relu

SON AFFECTION POUR SES SŒURS

tu désirais en faire un prêtre; et peut-être Dieu en fera un ange. Mais non, prie le bon médecin saint François Régis, et il rétablira ce cher enfant ‘, »—M"° Jouve, son autre sœur, s’effraie-t-elle de la charge de sa famille croissante, avec quelle élévation d'affection et de foi Philippine la relève! « Je souhaite, ma chère amie, que l'enfant que tu portes soit, dans sa famille, le Joseph ou le saint Bernard. Dieu bénit les familles nombreuses ; et quand il fait éclater ses merveilles, c'est ordinairement par des cadets, parce que sa manière d'agir renverse la nôtre : il choisit le faible et le petit pour confondre le fort. Si tu portes un saint dans ce moment, Lu seras amplement dédommagée de ton surcroit de peines?. »

Enfin M" Duchesne aimait de toutes ses forces. Non contente de conseiller, de consoler ses sœurs, elle les assistait. Elle déclare dans ses lettres que « le premier de ses vœux était de se rendre ulile à ses bons parents, en élevant leurs filles ». -- « Je partage tes peines, écrit-elle à la même sœur, et voudrais les alléger de toutes les manières. Voici donc quelle a été une de mes pensées : c'est d’arranger mes affaires de manière à augmenter un peu mon revenu, qui, dès le printemps, ferait face à la pension de Constance. » Puis, lui ayant donné de délicates raisons d'accepter ces offres : « Nous sommes fâchées seulement, ajoute-t-elle avec gaieté, que tes petits garçons ne puissent aussi devenir notre famille %. » Et, comme par discrétion ses sœurs se défendaient de lui imposer celle charge :

1 À Mme de Mauduit; Recueil, p. 75.

? Grenoble, 25 mai; Recueil, p. 41.

3 À Mre Jouve; Recueil, p. 40,

« Quand on veut faire le bien, répondait ce large cœur, il ne faut pas trop compter, et Dieu paie avec usure !. »

Cependant l'homme vénérable qui était le lien et le centre de toute cette famille allait disparaître. Ce fut l'heure d'un profond et cruel brisement; mais ce fut aussi l'heure du triomphe de la piété filiale et chrétienne de M"° Duchesne.

Son père, né le 6 octobre 1743, élait arrivé à cet âge au delà duquel, selon l'Écriture, il n'y a plus pour l’homme que labeur et douleur. Sa fille s’en inquiétait; elle écrivait à sa sœur, vers 1813 : « J’eus hier l’agréable surprise d'une visite ue mon père. Je l'ai trouvé toujours jeune de figure ; mais je me suis aperçu que ses jambes devenaient roides, et que la descente lui est pénible. Je ne puis me persuader qu’il vieillisse, sa bonté fait désirer qu'il vive encore longtemps ; mais, malheureusement, on n’a pas une jouissance sans que l'idée des séparations ou de la mort vienne les troubler ?. » Plus tard, en Amérique, à la fin de sa longue vie, M"° Duchesne se rappellera la dernière visite, peutêtre celle-là même, qu’elle avait reçue de son père; el l'accent avec lequel le vieillard lui avait dit : « Adieu, Philippine! » retentissait encore douloureusement dans son cœur.

A la fin de l'hiver de 1814, M" Duchesne appri que ses pressentiments n'étaient que trop fondés : le vieillard allait mourir. La tendresse, la religion de sa fille n’eurent plus de repos qu'elle ne l’eût dispos à une mort chrétienne : « J'ai fait dire à Fourvières

! À Mme de Mauduit; Recueil, p. 77.

2 (Grenoble, 25 mai.

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