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CHAPITRE IV

SÉJOUR DE MM° DUCHESNE A PARIS SON INSISTANCE POUR ÊTRE ENVOYÉE AUX MISSIONS SOUFFRANCES D'ALOYSIA ; ARRIVÉE DE M* DUBOUKG DÉCISION DU DÉPART POUR LA LOUISIANE

En se rendant de Grenoble à Paris pour le conseil général, M"° Duchesne s'arrêta quelques moments à Lyon. Elle y vit sa sœur Charlotte, son mari, ses enfants, qui la comblèrent d’amitiés, comme s'ils eussent deviné qu’ils ne la reverraient plus : « J’ai été délassée de mes premiers pas dans le monde, par mon court séjour chez toi, écrivait-elle ensuite à M"° Jouve. J'ai fait connaissance avec toute ta jeune famille, et j'ai joui un instant du plaisir de te revoir. J’ignore encore quand ce bonheur se renouvellera. »

Les détails qu’elle ajoute nous font voir quels ennuis entraînait alors un voyage à Paris, pour une femme habituée à la sainte et tranquille société d’nn cloître : « Par tes soins, écrivait-elle, et ceux de mon cher frère, j'ai fait ma route sans inconvénients. J'ai quitté mes premiers compagnons de voyage avec transport :

ceux de la voiture d’eau avec grande joie, et ceux de la voiture de terre sans regret. L'officier du génie était ce qu'il y avait de mieux : les gens bien élevés gardent du moins les formes. » Puis, révélant le fond d’un cœur ennemi de la vie répandue au dehors, la religieuse s’écrie : « Me voilà donc à Paris! j'en ai honte! Combien le goût de la solitude s’allie peu avec les courses et le bruit des grandes villes!... L'âme se trouve tyrannisée !.

M"° Duchesne était venue à Paris dans l'espoir secret d'y obtenir enfin l’objet de ses désirs : « Durant ce voyage, écrit-elle, j'eus d’abord des moments de dilatation, en pensant que Dieu se servirait de mon séjour à Paris pour lier la négociation, que j'avais entrevue possible, pour les missions d'Amérique ?.» Il parut aussitôt que c'était là, en effet, sa grande et ardente préoccupation. Le conseil général de 1815 ayant amené à Paris la mère Émilie Giraud, son ancienne élève et novice de Sainte-Marie, M"° Duchesne ne l’eut pas plutôt apercue que ce fut pour lui demander : « Eh bien, Émilie, décidément nous partons pour les missions étrangères, et vous êles du voyage! » Émilie baissa la tête en disant à demi-voix « qu’elle ne voulait que la seule volonté de Dieu ».—« Eh! quoi, reprit vivement son ancienne maitresse, est-ce là votre vaillante ardeur d'autrefois? Qu'’avez- vous fait de votre beau feu pour le salut des sauvages ?... Tenez, vous aimez trop votre chétive maison de Niort et votre mère Geoffroy. »

Le conseil général promut M"° Duchesne à la charge de secrétaire générale de la Société, ce qui la fixait

1 Paris, 2 novembre 1815.

2? Mémoire, f, 2, p. 4,

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