OBJECTIONS DE MONSIEUR PERREAU
que cette vocation particulière de porter le nom de Jésus-Christ et la dévotion de son Cœur adorable au milieu des sauvages vienne réellement de Dieu, l'essentiel pour vous est de choisir le moment de la Providence, qui est celui de la grâce; car vous ne voudriez pas certainement entrer de vous-même dans cette carrière avant que Dieu ne paraisse vous en ouvrir la porte. Or c’est là le point important qu'il s'agit de décider. »
Ici M. Perreau avouait qu'après en avoir conféré avec M" Barat et M"° Bigeu, assistante général», il n'avait pas trouvé conforme à la prudence de former quant à présent cet établissement. L'essentiel aujourd'hui était de ne pas s'affaiblir en se divisant; tel était aussi, d’ailleurs, l'avis du P. Varin : « Je sens, ma chère fille, disait M. Perreau en terminant sa lettre, que cette décision vous afflige, puisqu'elle recule l’accomplissement de vos saints désirs ; mais pensez à l'esprit d'obéissance, de renoncement à vous-même qui doit vous animer, et dites-vous : « Après tout, que veux-je? Quel doit être le vœu le plus ardent de mon âme? N'est-ce pas de plaire à Dieu et de faire sa sainte volonté quelle qu’elle soil? Or cette volonté m'est évidemment manifestée par celle de mes supérieurs; j'attendrai donc avec résignation, et, s’il est possible, avec une sainte indifférence ce qu'ils ordonneront sur mon sort, persuadée que c'est la voie la plus sûre, ou plutôt la seule pour aller à Dieu et lui plaire. » |
Il ajoutait : « Au reste, ma fille, je ne prétends point qu’il faille renoncer à vos saints projets, il serait trèspossible qu'ils se réalisassent ; mais contentez-vous de vous rendre digne de votre vocation par une plus
grande humilité et une plus grande abnégation de vous-même. Soyez un enfant par la simplicité, car il n’y à que ceux qui ressemblent aux petits enfants qui puissent arriver au royaume des cieux, nous dit le divin Maître. Laissez-vous donc conduire simplement partout où la: divine Providence vous appellera; c’est uniquement là que vous lui serez agréable; ce n’est qu'en renonçant à votre volonté propre que vous êtes assurée de faire la volonté de Dieu !. »
Cette lettre est du mois de mai 1817. C'était à celte époque qu’on attendait le retour de M" Dubourg : « Peu de jours avant sa visite, rapporte M"° Duchesne, je le vis en songe, me disant d’être tranquille. N'y ayant point pensé la veille, je vis du mystère dans ce songe, et l’attendis ce jour-là; mais il ne vint que deux ou trois jours après. Le jour de l’Ascension, mes vœux s’enflammèrent dès le malin, à ces paroles qui me saisirent aussitôt que j'entrai au chœur : Allez, enseignez les nations. Elles me procurèrent un attendrissement presque continuel , une amertume plus douce que tous les plaisirs. Je voulus tenter alors de nouvelles demandes. Puis je me dis : « J'ai tout épuisé, c’est à vous, mon Dieu, d'agir. »
Me: Dubourg arriva le lendemain 16 mai. « Quel ne fut pas mon étonnement et mon bonheur, continue le même récit, quand, s'adressant aux novices, il leur cita une parole qui, disait-il, l'avait singulièrement frappé dans la fête de la veille : Allez, enseignez les nations! J'entrevis que Dieu nous avait donné les mêmes pensées pour une vocation semblable. »
! Mai 1817, Copié par Mme Duchesne, — Recueil no 49 des Archives, p. 1.