VISITE DE MONSEIGNEUR DUBOURG
me mette sur la voie en me faisant lui-même une demande. Je lui parlerai alors de votre dessein. Ce me sera le signe auquel je reconnaîtrai que Dieu le veut. »
Dans cette première entrevue il ne fut question de rien. M" Dubourg se contenta de demander à célébrer sa messe au Sacré-Cœur le Jendemain matin. A l'issue de cette messe, M* Barat élant venue lui tenir compagnie pendant son déjeuner, l’'évèque commença à l’entretenir de l'Amérique; et l’une des premières choses qu'il lui dit fut combien il s’estimerait heureux de posséder dans son diocèse des religieuses de son Ordre; sur quoi il la supplia de lui en accorder. Mr Barat comprit que Dieu venait de parler. « Lorsque cela se pourra, répondit-elle à l’évêque, j'aurai à vous donner une personne toute prête. » Et elle lui raconta la vocation persévérante de sa courageuse amie. L'évèque, déjà mis au fait par le P. Barat, parut ravi de tout ce qu'il entendait, et demanda à voir tout de suite celte missionnaire de bonne volonté. M"° Duchesne, appelée immédiatement, reçut sa bénédiction, mais elle ne put rien dire, tant elle était émue. Elle eut cependant le signe que Dieu l'avait exaucée ; car, comme elle-même le rapporte, à partir de ce moment, une douleur de côté, qu’elle sentait depuis quinze ans, disparut tout à coup. Les forces lui étaient données en même temps que les lumières. Elle se retira pleine de confiance, et M Dubourg, qui repartail pour une tournée par la France et la Belgique, emporta l’espérance qu’une colonie du Sacré-Cœur lui serait accordée.
Cette tournée se prolongea pendant plusieurs mois. Déjà l’évêque, au cours de son voyage en Italie, avait recruté, surtout à Rome et à Milan, un certain nombre
de prêtres et de clercs lazaristes pour son diocèse. Lyon, comme nous l'avons vu, lui avait également procuré des missionnaires. La Hollande et la Belgique ne furent pas moins favorables à cet évêque, à la fois apôtre et colon, qui demandait non-seulement des prêtres et des religieuses pour cultiver les âmes, mais encore des plantes et des instruments de labour pour défricher les terres. Quarante compagnons étaient prêts à le suivre dans ce vaste champ du Père de famille.
Sur ces entrefaites, divers conseils s’agitaient autour de la mère supérieure. Les hommes les plus graves, les plus autorisés et les plus vénérés par M"° Duchesne, à la tête desquels était M. Perreau, supérieur ecclésiastique de la maison de Paris, s'effrayaient des conséquences de cette entreprise. M"° Duchesne, habituée à aller droit devant elle, s’adressa à lui imédiatement. Elle s’expliqua franchement sur le caractère de sa vocation, puis, l’invoquant comme un père, elle le supplia de l’éclairer et de la consoler, car ces oppositions de la dernière heure devenaient pour elle un martyre.
Celui-ci lui répondit une lettre pleine de raison autant que d'affection : « Oui, ma chère fille, je vous autorise à me donner le nom de père, car j'en ai pour vous tous les sentiments en Notre-Seigneur. Comme vous avez besoin de consolations et de décisions capables de calmer votre âme, je vous dirai d’abord que je ne désapprouve nullement votre projet de passer à la Louisiane. Je serais même porté à croire qu’il vient de Dieu, puisque vous n'y cherchez aucune des joies temporelles qui font quelquefois illusion à une âme, et qu’au contraire vous n'avez en perspective que des travaux et des privations. Mais, ma fille, en supposant