‹ Histoire de mon temps 2e série, présidence décennale, Second EmpireChapitre 17 sur 28 · Voir le D« % des notes et documents historiques · texte numérisé non relu

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Il* 9ÉBIB. — u. 22

338 mSTOIRE DE MON TSAfPS. [1859

un pi'ojet de loi aux termes duquel 1 appel autori&é par la loi du 24 mars 4 858 sur la elasse de 4858 , pour le recrutement des troupes de terre et de mer, était porté de cent mille liommes à cent quarante mille.

11 y avait urgence, puisque les conseils de révision étaient déjà convoqués; c est ce que fit remarquer M. de Morny, président du Corps legitlatii, en ajoutant que ce projet ne pouvait donner lieu qu*à un rapport sommaire et en invitant la ehambre à se retirer immédiatement dans ses bureaux pour nommer une commission.

a Si la {îuerre est inévitable, dit eu terminant le président du Corps législatif, au moins a-t-on lieu d*ètre certain qu'elle sera localisée et limitée, suitout si les puissances allemandes ont la sagesse de comprendre , qu'il n'y a là qu'une question purement italienne qui ne cache aucun projet de conquête et ne peut enfanter aucune révolution ; quant à vous, messieurs , vous avez, au début de cette question, montré un esprit pacitique que vous inspirait votre sollicitude pour les grands intérêts du pays; c'était votre droit et votre rôle, e(?la ne fait que donner plus de valeur et plus de force au concours que vous porterez à l'Empereur Faisons voir aujourd'hui , ahn que personne ne s mé prenne^ ni au dedans ni au dehors, qu'en face de l'étranger nous sommes Lous unis dans une même

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pensée, le succès et la gloire de nus armes ; une fois la lutte engagée, tous les intérêts matériels se rangent pour faire place au patriotisme, toutes les inquiétudes se taisent pour mieux nous laisser entendre la voix de Thonneur national. Ne regardons plus en airière; c est devant nous qu est le drapeau de la France. »

Dans ce pays-ci, pour non 6 servir d une vieille expression toujours vraie , lorsqu'on parle d iion* neur national et de patriostisme, on trouve toujours de l'écho; d'ailleurs on ailirmait au Corps législatif que la guerre serait localisée et qu elle ne pouvait produire aucune explosion révolutionnaire. Le Corps législatif qui avait montré un esprit pacifique au début de la question, qui avait parlaitement liait comprendre combien il était désireux du maintien de la paix, vota les cent quarante mille hommes qu'on lui demandait « pour la défense de notre drapeau)» 8ui?ant les termes textuels du rapport de M. de Morny, lu à la rentrée de 1 Assemblée en séance publique après une interruption d'une heure.

La France est riche en buldats et l'impôt du sang n'est pas celui qui lui coûte le plus. Mais le président du conseil d Élal avait dans cette même séance présenté un projet de loi ayant pour objet d'autoriser le ministre des finances à contracter un emprunt de cinq cents millions^ et c'est à pro-

pos de ce projet de loi linaucier, qu uMf discussion sérieusepouYaits engager au seindu Corps législatif.

Cette discussion se produisit, en effet, et on va juger de son importance.

L'asBomblée était émue; une sorte d'animation qui était presque deragitaliou régnait sur tous les bancs; plusieurs orateurs avaient demandé la la parole, et on va voir que rien, dans cette grave question^ n'avait échappé à la prévoyance, à la sagacité des représentants du pays.

il y eut d'abord un députéqui, tout en cherchant à se rendre comptedescauses et desefiets possibles de cette guerre italienne, exprima la crainte que la situation politique du Saint-Siège en fût ébranlée. k travers des phrases patriotiques, il insista avec modération, mais avec fermeté^ sur une question qui^ à ses yeux^ avait une importance majeure; ce député était M. Lemereier.

Le présidentdu conseil d'Etat se levant aussitôt, répondit qu'il ne pouvait s'empêcher d'exprimer, devant la cliambie^ son étonnemeut des doutes que Ton semblait avoir sur la conduite ultérieure du gouvernement.

« Aucun doute n est possible à cet égard, ajouta-tril; le gouvernement prendra toutes les mesures nécessaires pour que la sécurité cl l'indépendance du SaintrPère soient assurées au milieu des agitations dont l'Italie serait le thé&Ire. »

« Je remercie M. le président du conseil d*Ëtat

de l'assurance qui vient d'être donnée, dit M. de la Tour ; J*en prends acte et je peux garantir la vive reconnaissance que ces paroles exciteront au sein des populations que je représente. Ces populations ne sont pas inquiètes, elles se fient aux généreuses intentions de 1 Empereur. Mais au moment de l'entrée en campagne de nos troupes^ le plus précieux gage à donner aux populations catholique, Q est de leur dire que, quelles que soient les complications de la guerre» les soldats de la France seront toujours prêts à soutenir le Saint-Père et le Saint-Siège. Quant aux catholiques de France^

ils sont prêis à soulciiir la jiapauLe par tous les sacrifices possibles» parce qu'il serait vil et lâche de ne pas sacrifier tout intérêt à sa conscience et à sa foi. »

L*honorabl6 orateur ajouta qu'il n'importait

pas moins à la dignité du diapeau lïançais de démentir de la manière la plus formelle toute alliance avec la révolution. Prêt à voter tous les subsides d hommes et d'argent dont le gouvernement pouvait avoir besoin» il considérait comme un devoir pour les représentants du pays, de faire connaître les conditions qu'ils jugeaient le plus efficaces, pour empêcher la guerre de dévier du but qu on devait se proposer. Sa pensée intime était que la France gagnerait beaucoup à ne pas

laisser flotter à côté de son drapeau le drapeau des

jjandes révolutionnaires. II croyait exprimer un sentimeul national en disant qu'il y a des auxiliaires dont le concours ne saurait dtre accepté par la France. « Il n'admettait pas (nous citons textuellement) que Tépée si noble, si pure de la France^ pût s'accoler à 1 epée du général Garibaldi. » Car, dans ses bandes indisciplinées^ il voyait non des alliés pour notre pays, mais des ennemis pour l'ordre européen et particulièrement pour ritalie, et c'était précisément parce qu'il souhaitait que la guerre fût loyale, généreuse et non anticatholique, qu il ne voulait pas que nous pussions encourir aux yeux de TEurope le 8oup<^on de mettre en œuvre des moyens dont l'emploi pourrait devenir, pour ritalie, le germe de révolutions nouvelles.

Le président du Corps législatif interrompit l'orateur : « Les désignations de personnes ne devraient pas trouver place dans ce débat, dit-il^ et au moment où la France s'apprête à porter secours à des alliés, il n y a pas lieu de discuter les noms des soldats qui combattent dans leurs rangs, m

Et le député répondit qu'il croyait avoir exprimé un sentiment national. Depuis, le temps a marché et Garibaldi a joué le rôle que l'on sait à la vue des grandes puissances qui Tout laissé faire. Mais il est curieux de constater, à cùté des répugnances qu'il pouvait inspirer, la sévère mais exacte appré-

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ciation que le Corps législatif français faisait déjà des tendances et des instincts réyolutionnaires du yaiDCu d*Aspromonte.

Ia discussion continua gravCt intéressante, ani*mée. M. Plîchon rappelant le discours prononcé quelques jours avant par 1 un de ses collègues de l'oppositiop extrême. M. Ollivier, déclara que bien qu'ils fussent placés, l'un par rapport à l'autre, aux pMes oj^sés de la politique, il se trouvait conn plétement d'accord avec lui sur un point : c*est qu'il était intolérable que des questions intéressant au plus haut degré Tavenir et les destinées du pays fussent engagées, traricLt es an poial de ne plus laisser au Corps l^slatif la liberté de ses résolutions. <c J*ai voté, dit-il, Taugmentation du contingent, parce que nos troupes ont passe la frontière et que, Thonneur du drapeau étant engagé, il n y avait plus à délibérer. Mais si la question avait été entière, et si ïon avait pu examiner le point <le savoir quel intérêt avait la France pour engager la guerre, j'aurais dit non. J ai la confiance que, dans la Chambre, une immense majorité se serait prononcée dans le même sens que moi. ïai voté en face d'un fait accompli que je déplore. J'ai voté, mais avec tristesse, avec douleur et, surtout, avec la conviction profonde que le gouvernement a engagé le pays da,ns une guerre pleine de hasai'ds et de périls pour des

résultats au moins incertains. Il ne ressort d'aucune des communications du gouTcmement que la politique de TAutriche, en Italie, ait été, dans ces derniers temps, attentatoire^ soit à l'honneur de la France, soit à sa sécurité, soit même à Téquilibre de i^burope. situation politique actuelle n^e&t point un fait nouveau* Depuis que cette situation existe, plusieurs gouvernements se sont succédé en France; aucun de ces gouvernements n*a jugé que dans cette situation il y eût, pour la France, un intérêt capable de motiver la guerre. »

Le député demandait donc au gouvernement im* périal pourquoi il faisait la guerre, et quelle guerre il prétendait faire ? Serait-ce une guerre révolutionnaire ou une guerre politique? serait-ce la négation ou la consécration de l'expédition de iiome ? serait-ce lexpulsion complète des Autrichiens, r unité ou la fédération de l'Italie? où allait-on ? où s'arréterait-on? En siipposant toutes les difficultés de la guerre surmontées et la victoire assurée^ il recherchait ce que la France ferait de sa victoire ; il se demandait comment on pourrait reconstituer Tltalie au gré des Italiens. Le protectorat français n'y serait pas plus aimé que le protectorat autrichien. Pour Tltalie, les libérateurs, en 1815, étaient les Autrichiens, ces mêmes Autrichiens qu elle appelle ses tyrans, aujourd'hui.

« On ne saurait, dit-il en terminant, être révo-

lotionnaire en Italie^ et rester conserrateur en

France et à Rome. On ne su i ex ci te pas l'esprit révolutionnaire sur un pointt sans qu'il se réveille sur tous les autres. Si Ton voit l'enjeu que la France met daus cette guerre^ on n'aperçoit pas oe qu'elle y pourrait gagner. Elle n'y trouvera qu'une gloire stérile, et c'est le seul prix qu'elle retirera du sang de ses enfants 1 »

Tout est net, explicite, complet, on le roit, dans cette séance du Corps législatif. Pas un danger qui ne soit prévu , pas une objection sérieuse qui ne soit posée. La pensée des mandataii'es du pays fut suffisamment exprimée pour qu on en tirât tous les renseignements qu*on pouvait y puiser. Assurément on ne peut pas dire que le Corps législatif n'eût tout prédit et tout indiqué.

Et, pour ainsi dire, pendant que ces orateurs signalaient les dangers possibles des entraînements révolutionnaires, les conséquences, en quelque sorte forcées^ de la lutte qui commençait en Italie, des mouvements éclataient à Florence et à Parme.

A Floreuce, des officiers de 1 armée toscane accompagnés de plusieurs personnages politiques se présentèrent, le '29 avril, au palais Pitti pour exposer au grand-duc Léopold que les vœux des troupes et du pays étaient que le gouvernement fît alliance avec le Piémont et envoyât son armée combattre aux côtés de l'armée sarde. Le grand-

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duc répondit qu'il allait aviser, et manda auprès de lui le marquis de Lajatico^ en rinyitant à former un nouveau uiiiiistère. Le marquis s étant immédiatement rendu chez le ministre sarde, M , Buoncompagni, y convoqua les membres les plus influents du parti libéral, leur communiqua la mission dont il était chargé et s'informa des eonditions auxquelles ils accepteraient le pouvoir. Ih exigèrent l'abdication du grand-duc-en faveur de son fils.

Ijq grand-iJuc refusa avec dignité et, après avoir consulté le corps diplomatique, déclara qu'il préférait s'éloigner de la Toscane avec sa famille. Le représentant de la Sardaigne, M. Buoncompagni, annonça cette nouvelle au peuple du haut de son balcon. Désormais il était le maître de la situation. U recommanda « Tordre, la paix et une modération digne de la grande cause italienne, » et il ajouta qu'il allait transmettre, sans retard, les vœux du peuple au gouvernement piémontais, afin que ce dernier se chargeât de gouverner la Toscane jusqu'à Tissue de la guerre.

Le départ de la famille grand-ducale eut lieu le même jour à six heures, et le corps municipal ^ demeuré autorité unique, désigna un gouvernement provisoire formé du chevalier Abaldino Paruzxi, du major d'artillerie Oanzini et de Tavocat Ifalenchini de Livoume.

Parme, sous lautorite de Louise-Marie de Bour-

bon, régente pour son fils, le duc Robert, jouissait,

il faut bien le dire, d'un gouvernement libéral et paternel. Des mouvements excités par les agents piémontais se produisirent également dans ce petit État. Une première ibis la régente s éloi^ma, puis revînt, rappelée par Topinion. Une seconde fois elle dut quitter Parme avec ses enfants en présence des démonstrations piémontaises. Cette fois elle ne devait plus revenir.

Quant au pape, si les troupes françaises n'avaient pas occupé .Rome^ il n'aurait pu se soutenir une heure au Vatican, grâce aux sourdes intrigues des émissaires envoyés de Turin.

Ainsi les consécfuences révolutionnaires de Tébranlemeut italien ne pouvaient plus faire Tobjet d'un doute et, en même temps, la diète de Francfort décrétait, dans sa séance du 23 avril, la préparation de guerre du contingent principal de la Confédération.

Ainsi se produisaient, une à une, toutes les difficultés que lexpédition d'Italie devait, suivant les prédictions des meilleurs esprits, entraîner avec elle.

Le 3 mai, TEmpereur publiait la célèbre proclamation suivante :

« Français,

« L'Autriche, en faisant entrer son armée sur le territoire du roi de Sardaigne, notre allié, nous

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déclare la guerre. Elle viole ainsi les traités^ la justice, et menace nos frontières. Toutes les grandes puissances ont protesté contre cette agression. Le Piémont ayant accepté les conditions qui devaient assurer la paix^ un se demande quelle peut être la raison de cette invasion soudaine : c est que TAu* triche a amené les choses à cette extrémité, qu'il faut qu elle domiue jusqu aux Alpes^ ou que l'Italie soit libre jusqu a FAdriaiique, car, dans ce pays, tout coin de terre demeuré indépendant est un danger pour son pouvoir.

«r Jusqu'ici la modération a été la règle de ma conduite; maintenant 1 énergie devient mon premier devoir.

« Que la France s'arme et dise résolûment à l'Europe : Je ne veux pas de conquête, mais je veux maintenir sans faiblesse ma politique nationale et traditionnelle; j'observe les traités, à condition qu on ne les violera pas contre moi ; Je respecte Je territoire et les droits des puissances neutres, mais j'avoue hautement ma sympathie pour un peuple dont 1 histoire se confond avec la nôtre, et qui gémit sous 1 oppression étrangère.

« La France a montré sa haine contre Tanarchie; elle a voulu me donner un pouvoir assez fort pour réduire à l'impuissance les fauteurs de désordre et les hommes incorrigibles de ces anciens partis qu'on voit sans cesse pactiser avec nos ennemis;

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maifl elle n'a pas pour cela abdiqué son rôle civili* dateur. Ses alliés naturels ont toujours été ceux qui veulent Tamélipration de Thumanité, et quand elle tire Tépée, ce n'est point pour domineri mais pour affranchir.

¥ Le but de cette guerre est donc de rendre l'Italie à elle-même et non de la faire changer de maître, et nous aurons à nos frontières un peuple ami, qui nous devra son indépendance.

• Nous n'allons pas en Italie fomenter le désordre ni ébranler le pouvoir du Saint-Père, que nous avons replacé sur son trône, mais le soustraire à cette pression étrangère qui s'appesantit sur toute la Péninsule, contribuer à y fonder Tordre sur des intérêts légitimes satisfaits.

« Nous allons enfin sur cette terre classique, illustrée par tant de victoires, retrouver les traces de nos pères; Dieu fasse que nous soyons dignes d eux !

«< Je vais bientôt me mettre à la tête de l'armée. Je laisse en Erance l'Impératrice et mon fils. Secondée par l'expérience et les lumières du dernier frère de TEmpcreur, Elle saura se montrer à la hauteur de sa mission.

« Je les conde a la valeur de l'armée qui reste en France pour veiller sur nos frontières^ comme pour protéger le foyer domestique; je les confie au patrioùsme de la garde uationaie j je les confie

aniiu au peuple tout entier, qui les entourera de cet amour et de ce dévoûment dont je reçois chaque jour tant de preuves.

a Courage donc, et union 1 Notre pays va encore montrer au monde qu'il n*a pas dégénéré. La Providence bénira nos efforts ; car elle est sainte aux yeux de Dieu la cause qui s'appuie sur la justice^ rhumanité, Tamour de la patrie et de Tindépeudanee. »

Le 10 mai, Napoléon III quittait les Tuileries à six heures du soir après avoir donné, par un décret, à rimpératrice Eugénie, le titre-et les pouvoirs de régente ^

La population tout entière des fitubourgs de Paris 8*était donné rendez-vous sur son passage, et la voiture impériale était forcée d'aller au pas au milieu de la foule dont les acclamations se faisaient entendre. Cette foule entourait littéralement les équipages de la cour, mais, en ce momrat, il n'y avait à redouter ni attentat italien, ni attentat révolutionnaire. L'Impératrice accompagna l'Empereur jusqu'à Montereau.

Napoléon III arrivait à Gênes, le 12 mai 1859, à deux heures et, le 14, portait son quartier général de Gènes à Alexandrie.

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