M en Autriche le 17 mai
E?cellenee ni*adre88e a été lobjet de nombreuses
négociations entre les grandes puissances et le gouvernement de Sa Majesté. Ces négociations ont abouli a une proposition formulée par l'Angleterre, à laquelle ont adhéré la France^ la Pruss^e et la Russie. La Sardaigne Ta acceptée sans réserve et sans arrière-pensée. Comme Votre Excellence ne peut ignorer ni la proposition de l'Angleterre^ ni la réponse de la Sardiiii^aie, je ne saurais rien ajouter pour lui faire connaître les intentions du gouvernement du roi à Tégard des difficultés qui s opposaient à la réunion du Congrès.
« La conduite de la Sardaigne, dans cette circonstance, a été appréciée par 1 Europe. Quelles que puissent être les conséquences qu'elle amène^ le Roi> mon auguste maître, est convaincu que la responsabilité en retombera sur ceux qui ont armé les premiers, qui ont refusé les propositions formulées par une grande puissance et reconnues justes et raisonnables par les auti'es et qui maintenant y substituent une sommation menaçante. »
Dans les dernières phrases de cette réponse, le rusé ministre interirertissait les rôles. C'était le Piémont qui avait arrné le premier et lait appel aux volontaires italiens* C'était notoirement à ses sourdes menées et à ses excitations de toute nature que l'Europe devait la situation pleine de périls dans laquelle elle se trouvait engagée.
En même temps qu'il expédiait sa réponse à l'ultimatum autrichieD, M. de Cavour présentait à la Chambre des députés de Turin un projet de lot tendant à concéder des pouvoirs extraordinaires au gouvemament du roi pendant la guerre. Toutes ces mesures avaient été prises d avance en vue de cette éventualité.
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A Paris, rémotion avait été d'autant plus vive dans le public mal renseigné sur les véritables causes de ce redoutable conflit dont les incidents se déroulaient sous ses yeux^ que la surprise fut plus grande.
Le Moniteur du 1 8 avril 1 859 terminait un long article oificiel par cette phrase rassurante : «c Tout fait donc présumer que si toutes les difficultés ne sont point encore aplanies, Ten tente définitive ne tardera pas à s'établir et que rien ne s'opposera plus à la réunion du Congrès. »
Le Moniteur du 21 avril débutait par cette belliqueuse déclaration : « L'Autriche n'a pas adhéré à la proposition faite par l'Angleterre et acceptée par la France^ la Russie et la Prusse ; en outre, il paraîtrait que le cabinet de Vienne a résolu d'adresser une communication directe au cabinet de Turin pour obtenir le désarmement de la Sardai-
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gne. En présence de e( s faits, l'Empereur a ordonné la concentration de plusieurs divisions sur les frontières du Piémont. »
Brusque revirement qui porta une perturbation énorme dans les affaires de commerce, d'industrie, et (le bourse, et produisit dans 1 espace de deux jours, sur la seule place de Paris, un mouvement de plus d*un milliard de capitaux entraînant quelquefois des pertes immenses pour les spéculateurs trop confiants et trop hardis.
La crise se dessinait nettement ; la France était engagée dans une lutte oî!i elle allait, comme ton* jours, prodi^er son sang et ses trésors pour un peu de cette gloire dont elle n'avait pas besoin d'ailleurs et qu'elle aurait pu acquérir sur des cbamps de bataille plus populaires. Quels fruits amers n'allait-elle pas recueillir àe cette intervention dans les affaires du Piémont qui a marqué le début d'une des phases les plus difi&ciles de son action politique ! Si à cette guerre d'Italie elle devait gagner quelque chose en territoires, possession enviée et contestée d'ailleurs, elle allait certainement perdre beaucoup en contribuant à saper par la base les principes d'autorité que son gouvernement de 1852 avait constamment défendus et sem* blait avoir la uiission de défendre partout et toujours.
Nous sommes de ceux qui pensent que la question italienne n'existait ni plus ni moins le l*' janvier
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4859 que durant les dix années qui ont suivi la chute des gouvernements éphémères éclos en 1848
sur le sol italien. Son importance, sa nature, étaient les mêmes» Il n'y avait alors^ quoi qu'on en ait pu dire, ni plus d impatience et d'irritation du cùté de 1 Italie, ni plus de sévérité et d oppression de la part de l'Autriche. La question était la même; les dangers qu elle présentait à celui qui voudrait la résoudre par l épée étaient les mêmes aussi; ils étaient encore plus grands au point de vue moral qu'au point de vue matériel. Un entraînement que le gouvernement de la seconde république avait sagement répudié en 1848 a engagé le gouvernement de Napoléon 111 dans une des plus fi^raves difficultés poli tiques de ce temps-ci. Jusqu'où iraiton? où devrait-on, ou, pour parler plus exactement, pourrait-on s'arrêter? L'armée française (M ait la, une des plus belles armées que la France ait admirées depuis soixante ans. Elle remporterait des victoires à coup sûr, le pays était bien loin de vouloir la guerre^ sans doute, et dans tous tes cas l'aurait voulu ailleurs qu'en Italie; mais enfin et puisqu'on le lançait dans cette direction^ il y allait avec le joyeux entrain du peuple-soldat qui entrevoit toujours la victoire à travers les fumées du combat. Mais les difficultés n'étaient pas dans les batailles.
L'Empereur donna immédiatement des ordres
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pour que I armée fût rapideuienl constituée et dirigée vers les t'ruotièies du Piémont. Ëlle allait êtrediviséeen cinq corps commandés par le maréchal Baraguey-diiiiliers^ le générât de Mac-Maiion^ le maréchal CaDrobert, le général Niel et le prince Napoléon; la garde impériale formant un corpsàpart demeura sous les ordres du général Regnaud de Saint-Jean-d'Angeiy; le troisième et quatrième corps devaient entrer en Piémont par le mont Cenis et le col de Genèvre , les premier et deuxième corps s'embarquer de Marseille, de Toulon et d'Alger pour Gènes ; le maréchal Canrobert et le général Niel pi 11 tilt les devants ctse rendirent à iunii auprès du roi Victor Emmanuel.
Il était à craindre, en effets que le général Giulay, commandant en cbel des troupes autrichiennes, marchât rapidement sur Tarmée piémonteise qui ne pouvait lui opposer une sérieuse résistance, et la culbutant avant l'arrivé des Français^ , s emparât de la capitale et prît position au pied des montagnes par lesquelles ils devaient descendre ainsi que des ports où ils devaient aborder; une hésitation inexplicable, une indécision de mouvements qui dénotait peu d'habileté militaire ou Tignorance complète des exigences de la grande guerre, privèrent le général Giulay de T immense avantage que lui eût procuré la ra])ide invasion du Piémont.
CependaQt les Chambres françaises devaient êti-e appelées à voter des hommes et des subsides, ces deux choses indispensables à toute guerre, et, le 26 avrii^ bieo que les ministres à portefeuille ne dussent régulièrement avoir aucunes communications directes avec les assemblées délibérantes, le ministre des Affîiîres étrangères et le ministre d État furent cliaj gés en considération de la gravité exeeptionnelle des circonstances^ de venir, le premier au Corps législatif, le second au Sénat, lire un exposé des faits et des incidents' auxquels il convenait de rattacher les complications qui avaient amené la crise. Ce document trèsexplicite, très-développé> avait pour objet de faire apprécier les dispositions conciliantes, modérées du gouvernement de i Empereur; toutefois on y déclarait qu'en présence de Tétat des choses^ la Sardaigne étant menacée et son territoire sur le point d'être envahi^ la France ne pouvait pas hésiter à répondre à Tappel d une nation alliée à laquelle r unissaient « des mtérêts communs et des sympathies traditionnelles , rajeunies par une récente confraternité d'armes et par l'union contractée entre les deux maisons régnantes. »
Aussitôt après, la lecture de ce document, le président du conseil d'Etat^ M. Baroche, présenta *