‹ Histoire de mon temps 2e série, présidence décennale, Second EmpireChapitre 3 sur 28 · Né à Paris en iSOd · texte numérisé non relu

Né à Paris en iSOd

deus armées. Aussi cherchèient-ils à tenter tout

d abord de frapper un grand coup qui, b'il réussissait, les couvrirait de gloire^ et dans le cas con* traire, prouverait à TEurope attentiTe toutes les difficultés qu'ils avaient à surmonter.

Ajoutons que, dans l'esprit de tous, les obstacles n'étaient pas appréciés autant qu'ils auraient dû rètre, et que d'ailleurs chacun avait sous les yeux la perspective d'une campagne d'automne et d'hiver sur ces plateaux stériles, en face de ces murailles hérissées de canons, perspective au plus haut point décourageante et redoutable.

Le 14 octobre, le vice-amiral Hamelin s'entendait avec les chefs des escadres alliées pour proposer aux généraux Canrobert et Raglan de tenter une attaque simultanée par terre et par mer. Le 16 on discutait et on décidait en conseil cette attaque de Sébastopol. U demeurait convenu que le lendemain trois bombes lancées à six heures et demie du matin de la batterie française n*^ 3 seraient^ pour l'armée de terre comme pour la flotte, le signal de Touverture du iéu sur toute la ligne.

Malheureusement le temps était calme et cette circonstance nuisit à la rapidité de l'action des escadres. U Mut en effet accoupler les vaisseaux aux frégates à vapeur, avant de venir développer devant Sébastopol la ligne des vingt-six gros navires des flottes alliées.

u* SÉRIE. . — n. 2

Voici d ailleurs les détails de celle journée du 1 7 octobre d'après les rapports officiels :

A six heures et demie du matiiiy ainsi qu il avait été convenu^ sur Tordre transmis par le colonel Trocbu, aide de camp du général Canrobert au général d'artillerie Thiry, trois bombes furent lancées de la batterie n* 3.

Au même instant, les cent vingt-six pièces de canon françaises et anglaises tonnèrent contre la place qui peu d'instants après riposta d une façon terrible. Des colonnes d assaut avaient été formées et, se tenant prêtes à agir., assistaient ainsi que toute 1 armée aux péripéties de ce duel effrayant et gigantesque, dont une fumée opaque empêcha bientôt déjuger lefTet sor les défenses de Sébastopol.

Biais les résultats dans nos batteries très-expo-

sées en étaient déjà désastreux. Les pièces démontées^ les affûts brisés» les artilleurs blessés par les boulets russes et jonchant le sol ensanglanté, pré-> sentaient un effrayant spectacle et rarement les fureurs de la guerre avaient produit d'aussi lamentables conséquences. Les combats d'artillerie ont cela de tembleque leurs effets sur les hommes < omme sur les choses offrent un caractère particulier de brutahté sanguinaire et de sauvage destruction.

Tout à coup et pour cuiubler la mesure de nos

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soufCrances, une bombe vint éclater au-dessus du magasin à poudre de ia batterie 4 et le fit sauter eu 1 air avec un épouvantable fracas, causant ia mort d'une quarantaine de braves soldats , et mutilant un plus grand nombre d^entre eux. Cette explosion jeta du trouble dans notre attaque ; elle eut d^autant plus d*e(fet que nos batteries étaient plus accumulées autour du point où elle se produisait, les Russes en profitèrent pour multiplier leurs feux, et alors le générai en cbef Canrobert, d'accord avec le général commandant lartillerie, jugea que nous étions dans la nécessité de suspendre le nôtre^ non-seulement pour réparer nos désastres^ mais encore pour compléter sur notre drmte, par de nouvelles batteries qui se rapprocheraient de celles de Tarmée anglaise, le système de notre attaque.

il était dix heures et demie lorsque le feu des batteries de siège avait cessé et ce ne fut que vers midi et demi que les vaisseaux de la première ligne de Tescadre française purent s'avancer sons le feu de Sébastopoi. Voici d'après le rapport du vice-amiral Hamelin, quelles étaient les dispositions de cette attaque par mer :

L^escadre française se chargeait de venir sur les brisanta du sud s'établir à sept encablures environ, contre les trois cent cinquante bouches à feu de la batterie de la Quarantaine, des deux batteries du

fort Alexandre et de celle de T Artillerie. L*e8cadre anglaise avait à combattre sur la lisière des brisants du nord, à peu près à même distance^ les cent trente canons de la batterie Constantin, de la batterie du Télégraphe et de la Tour maximilienne du nord. L'amiral turc avec deux vaisseaux, les seuls qui lui restassent dans le moment devait jeter Tancre au nord des deux lignes françaises, c'est-à-dire dans une position intermédiaire entre les vaisseaux anglais et les vaisseaux français.

A une beure, tous les vaisseaux qui jusque-là avaient, sans riposter, reçu le feu de l'ennemi ouvrirent simultanément le leur^ et ce feu terrible allait durer jusqu'à six beuies du soir. Dès le commencement de l'action un projectile creux d un énorme calibre fit explosion sous le pont de la dunettedu vaisseau-amiral la Ville de Paris. Un lieutenant de vaisseau et un aspirant furent tués; sept autres officiers appartenant à Tétat-major général de l'amiral Haraelia reçurent des blessures plus ou moins sérieuses, mais Famiral lui-même et son chef d'état-major, le contre-amiral Boue^ Willaumez, échappant au désastre^ demeurèrent intrépidement à leur poste d'observation et de

combat.

Vers deux heures et demie, le feu des batteries

russes se ralentit, celle de la Qaai aiitainc ne ripostait plus. Nul doute qu alors, si l ennemi n'eût pas

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eu le courage de sacrifier ses navires en lee coulant

à l'entrée du port, cette entrée n'eût été forcée pai* las escadres alliées. La determiDation extrême et ua peu sauvage des assiégés préserva Sébastopol dans cette terrible journée du 17 octobre. Évidemment la ville avait souffert^ mais il n'y avait rien d irréparable dans les atteintes qu'elle avait rerues. A six heures et demie, c'est-à-dire à la nuit tombante^ les vaisseaux furent retirés.

Désormais, il était donc prouvé que Sébastopol ne pouvait pas être enlevé par un coup de main et tandis qu'à Paris on se faisait les illusions que nous avons précédemment racontées^ le siège allait régulièrement commencer. Ainsi, par une singularité trés-digue de remarque^ dans un temps où la nouvelle tactique militaire introduite par Napoléon T', consiste à tourner les places fortes au lieu de les assiéger, afin d'abréger les campagnes, on se trouvait avoir fatalement engai^e une campagne pour aboutir à un des plus longs et des plus pénibles sièges dont l'histoire moderne fiasse mention.

Si le désappointement avait été vif en France lorsqu'on avait compris que les conséquences de la victoire de 1 Aima n étaient pas aussi complètes que la fausse nouvelle si hardiment répandue

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ravait fait croire tout d abord, la déception ne fut pas moins grande en Angleterre, oà les illusions les plus singulières, s'étaieul propagées dès le début de la guerre.

Ces lilusions, il faut bien le dire, avaieat été poussées jusqu'au ridicule : ainsi, lorsque lexpédition de la mer Baltique ayant été décidée^ le vice-amiral Sir Charles Napier * en avait reçu le commandement, la Grande-Bretagne tout entière avait supposé que i intervention d'un tel homme de mer' dans la lutte contre la Russie serait en quelque sorte décisive. Le club de la réforme fe*em pressa d'offrir un banquet à Sir Charles Napier avant son départ pour Spithead où il devait aller rejoindre la ilotte, et alors se produisit une de ces scènes caractéristiques assez fréquentes dans la vie politique de l'Angleterre qui pourtant n'est pas habituée à entendre tenir un si outrecuidant langage et, cette fois, parut elle-même s*en étonner:

De hautes personnages tels que ministres, membres de la pairie et du corps diplomatique étranger, assistaient très-nombreux à ce banquet ; Loid Palmerston après des toasts portés à l'empereur des Français et au sultan, leva son verre en Thonneur de Sir Chaiies Napier. « Messieurs, dit-il, j'ai connu un brave homme qui s'entendait admirable-

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