Mort le 7 novembre iëôû
1854] UVRB GINOtJliSlfB. 23
ment à ordonner un banquet, il s appelait Sir Robert Preseott, et il demeurait dans la cité. Lorsqu il traitait ses ami» à Greeuwich, après les avoir abondamment régalés de potage à la tortue, il se tournsût vers les garçons et leur dirait : a Maintenanty garçons, servez le dîner 1 » Messieurs après DOS premiers toasts, que j'appellerai le potage à la tortue^ je passe au toast capital, au toast fondamental du dîner et je propose la santé de mon brave ami placé à ma droite, le vice-amiral Sir Charles Napier. Si je parlais à des habitants du Hampshire, comté dans lequel réside mon brave ami, je ierais son éloge comme étant un éminent agronome, car j'ai souvent joui de son hospitalité à Merchifttoti et re(^u de lui les plus salulaires conseils sur rélève des bestiaux et sur la culture du navet (hilarité); mon brave ami suffit à tout et il est bon pour tout faire. Aujourd'hui, comme Gincinnatus, il a quitté la charrue et revêtu son armure, et le voila tout prêt à servir son pays comme toujours, quand on a besoin de son bras. Je ménagerai sa luudestie et taisant ici ses autres exploits, je veux rappeler seulement qu eu 4833 à la tête d'une petite escadre de frégates et de corvettes, il s'empara en Portugal d'une escadre bien plus forte, qui comptait deux vaisseaux de ligne à bord desquels mon brave ami fut le premier à sauter.... cet événement décida du sort du Portugal et con-
Il lijua puissamment à rétablissement des libertés portugaises. Je vous citerai encore la prisa de Vcilenza. Lord Williaiii Kussell et son ami, le colonel Hare, rencontrèrent non loin de la plaee^ mon brave ami très-légèrement vêtu (on rit) et suivi d'un matelot qui portait deux fusils sur Tépauie. Lord William Russell avait d'abord pris mon brave ami pour Robinson Crusoii dans son attirail champêtre. — Qu'alles-vous faire, lui dit-il, dans un pareil accoutrement ? — Je vais prendre Valenza. — Mais investir la place^ établir des tranchées, dresser des batteries I — Je n*ai pas le temps, répliqua i amiral; je prendrai Valenza avec une simple lettre. ^ Uécrivit^ en effet» au gouverneur de se rendre à discrétion; et le gouverneur, fort sensé et qui savait à qui il avait affaire, se rendit à discrétion, (hilarité générale). Dans la guerre de Syrie, mon brave ami se distingua suivant son liabiiiide sur mer et sur terre. Mer et terre lui sont parfaitement indiflérentes. Ce qu il lui lauL, c'est trouver l'ennemi, et Tennemi, quand il le voit, aimerait mieux faire toute autre rencontre. Après s*étre distin-* gué comme gênerai et amiral en prenant Sidon, il se rendit à Alexandrie où il brilla comme diplomate, en obtenant de Méhémet-Ali qu'il retirât ses troupes de Syrie. Les succès passés de mon brave ami nous répondent de ses succès futurs. La fermeté, Taudace et 1 intrépidité ne sont pas les
1854] UVRE dNaUIÈME. 25
seules qualités qu'il possède. Il a ia tête qui sait
d'avance concevoir les projets et le bras qui sait les exécuter. Le pays qui met sou sort entre ses maiDS est sûr d'avance du succès. Messieurs^ huit salves d'applaudissement et à la santé de mon brave ami^ le vice-amiral Sir Charles Napier! »
Ce n'est pas sans dessein que nous avons re-> produit cet étrange, mais, nous le répétons, trèscaractéristique spédmen de la parole politique appliquée aux mœurs britanniques. De son côté^ le premier lord de lamirauté sir James Graham disait : w J'espère que cette guerre sera courte ; elle sera vive, peut-être, mais je pense qu'avec le courage et l'énergie qui distinguent notre ami, elle sera décisive et j'espère qu avant peu vous m'inviterez encore pour fêter le retour triomphant de l'illusti'e amiral. »
Ënfin dans une circonstance analogue, sir .
Charles Napier lui - même déclarait qu'il irait prendre son thé à Saint-Pétersbourg et le peuple anglais applaudissait à toutes ces exagérations.
Ou'arriva-t-il cependant? La magnifique ilolte commandée par le vice-amiral Napier, après avoir coopéré à Texpédition deBomarsund, attaqua trois forts russes de la baie dllanguê, à Tentrée du golfe de Finlande, et détruisit à peu près ces forts malgré la puissante arlillciie qui Icb deibrulait. Ce £ait d'armes, relativement peu important, et la
prise scms le feu de 1 ennemi , de quelques bàti-
iiients de coiiiiiierce russes Turent , durant cette campagne qui avait provoqué tant d'espérances, les senles et insuffisantes preuves de la puissance maritime de la Grande-Bretagne. Cronstadt observe de près par sir Charles Napier ne fut même pas sérieusement menacé par lui. Il y avait loin de ces résultats aux espérances conçues par la population britannique dont le mécontentement ne tarda pas à s'accroître, d'ailleurs, sous l'impression des pertes sensibles et pour ainsi dire irréparables faites par l'armée anglaise dans les premiers combats de la campagne de Crimée. 11 ne faut pas perdre de vue que pour composer cette armée de trente mille hommes envoyée sur les plateaux de Sébastopol il avait ikllu épuiser toutes les ressources disponibles et jusqu'aux soldats d'élite, garde ordinaire de la royauté.
En Autriche, les sentiments différaient, quoique au fond^ les espérances fussent les mêmes. L'Autriche, qui s'était montrée si peu reconnaissante des services que l'empereur Nicolas lui avait rendus lors du soulèvement de la Hongrie, ou^ pour parler plus exactement, qui avait, suivant le mol célèbre du prince de Schwartzemberg « étonné le monde par son ingratitude. » L'Autriche ressentait une joie secrète des défaites de la Russie mais n'entendait jouer dans la lutte engagée qu un rôle
égolBfemeni passif qui n'était pas la neutralité^
mais n'était pas non plus le combat. Celte attitude du gouvernement autrichien a besoin d'être indiquée et expliquée avec quelques développements :
Depuis les rudes épreuves qu elle avait subies en 1848 et 1849, l'Autriche, qui avait pu craindre un moment une dissolution complète, s'était absorbée pendant deux ans dans le soin de panser ses blessures et de réparer ses forces. L'issue de la campagne de Hongrie lui avait permis de tenter un travail de centralisation et d'assimilation politique entre les divers États dont elle be cuiupose, et dont elle cherchait de plus en plus à ne faire que des provinces. Tous les efforts de ses hommes d État ne tendaient qu'à ce but important mais ditficile à atteindre. Diverses réformes administratives et Témancipation complète des paysans qui n'étaient point serfs des grandes propriétés^ mais leur étaient assujettis par des redevances (mesure opérée par voie de rachat et dont le succès a été complet), devaient dans lesprit de M. de Bach^ ministre de l'intérieur et promoteur aussi ardent que convaincu de ces réformes, contribuer à faciliter Toeuvre d'unification qu'un espérait réaliser.
Le moment était opportun, du reste, pour opérer les grands changements qui pouvaient conduire au but qu'on se proposait. Les premières années d'un nouveau règne sont propices à des mesures radi-
cales. Les malheurs des temps^ les luttes soutenues
au début du lè^ue de François-Joseph I**", ne pouvaient qu'en faire paraître l exésution plus légitime aux yeux des intéressés.
Le jeune empereur lui-même * secondait de toute sa volonté les efforts de son gouvenement. Son mariage avec la princesse lilisabetb» iliie de Maximi^ lien-Joseph de Deux-Ponts, duc en Bavière, union bien accueillie par les populations, avait, en provoquant de nombreux actes de clémence, favora* blement disposé les esprits à toutes les tentatives politiques du nouveau règne. La princesse Elisabeth, belle et sympathique, ne pouvait, du reste, que contribuer par sa grâce extérieure à la popularité du jeune souverain.
Ce fut sous Tinfluence de ces idées de progrès et de réformes encouragées par le nouvel empereur, que chacune des provinces de Tempire reçut, en juillet 1854, une représentation provinciale identique. Elle se composait d états généraux et de comités divisés en grands et petils. Les membres de ces assemblées devaient être pris parmi les grands fonctionnaires civils, religieux et militaires de la province, les nobles^ les présidents de corporations religieuses, les dignitaires des universités, les repiéseuliints des villes et des bourgs. Les états gé-
l. Né le 18 août 1830; marié le 2^ avril 1854.
néraux ne {louvaient être assemblés que sur Fordpe du chef de l'État. Les grands comités se réunissaient chaque année à une époque fixée par le gouv^ernement. Quant aux petits comités dont les membres ne pouyaient être qn*au nombre de quatre à huit suivant Timportance de la province, ils étaient permanents et siégeaient à cAté do chef politique qui les présidait à peu près comme les conseils de préfecture de nos départements siègent à c6té du préfet.
Ces mesures avaient été lavorabiement accueiiiieSy et rAutriche ne se préoccupait que des innovations réforniaii'ices qui signalaient ainsi les débuts du règne de François-Joseph, lorsque éclata le grand conQit d'Orient. La lutte qui allait s'engager ne pouvait pas la laisser indifférente^ et ce n'était pas sans une certaine joie secrète qu'elle voyait la Rus* sie prête à en venir aux mains avec deux puissances de premier ordre. Les idées du cabinet autrichien furent pariai Lcmeiil arrêtées dès l'origine du conflit, et il est remarquable que rien ne put dans la suite lé faire départir de ces premières résolutions : s'efforcer d obteiur diplomatiquement, en s'unissant aux puissances occidentales, la renonciation de la Russie à ses prétentions en Orient, ce qui devait avoir pour conséquence naturelle d amoindrir son influence, et si les voies de la diplomatie ne pouvaient mener a ce but^ si la guerre éclatait par
dû HISUOIRK DE MON TEMPS. [1854
suite de la fierté et de robstinatioo du Tzar, de ne pi*eDdre part à la lutte» qu'en occupant les pro* vinces Danubiennes en vertu du traité qu'elle venait de conclure avec la Porte-Ottomane le 1 4 avril 1 854: position qui, en entravant dans de certaines limites Taction et les desseins de la Russie^ o amènerait vraisemblablement aucun conflit avec elle; attitude expectante qui nuisait sans trop compromettre, tout en réalisant parfaitement d ailleurs le plan que Ton avait conçu dès le principe, et dont on n'entendait pas se départir : conserver une grande inlluence sur les événements sans brûler une ca:rtouche; politique qui manquait de franchise, mais ne manquait certes pas d'habileté.
Ce fut ainsi que s'unissant aux deux grandes puissances occidentales pour régler les conditions qu'on voulait imposer à la Russie, et qui étaient, on s'en souvient, la ïihve iiavi^ation du Danube, la double renonciation de la Russie à ses prétentions protectrices sur ses corélîgionnaires en Orient et sur les principautés Danubiennes, tiiHn, le rétablissement de Téquilibre des forces dans la mer Koin;, ot lu révision du traité relatif à la clôture des Dardanelles ; ce fut ainsi, disons-nous, que TAutriche, en présentant ces conditions à la Russie, ne vit points comme l'espéraient la France et l Angleterre, un easus belli dans le refus d'y obtempérer.
Un instant on put croire à plus de franchise ou a
1854] UVRfi GINQUIÈMfi. 31
plus d'éiiergieen voyant le r^hinet de Vienne signer le traité du 2 décembre 4853, par lequel il stipulait qne si le 1""" janvier 1854 la Russie n'avait pas adhéré aux quatre garanties, il adopterait les me* sures nécessaires pour contribuer à l'y contraindre. L'illusion fut même si grande à cet égard, que la Prusse^ qui n'avait pas consenti tout d'abord à prendre parti contre la Russie, s'émut non moins que le cabinet de Saint-Pétersbourg à la nouTclle du traité, et que M. de Manteuffel, tardivement instruit de sa prochaine conclusion, adressait au comte Buol celte dépêche aussi laconique queipresbive : a pour Tamoui* de Dieu ne signez pas! »
Mais TAutriche savait ce qu elle faisait. Elle s'ctait bien gardée d'indiquer nettement quelles étaient « les mesures qui lui paraissaient néces^ saires pour contraindre la Russie à accepter les quatre garanties^ » et tout en la gênant dans son action^ elle n^eotendait pas s'attaquer de front et directement à elle.
D'un autre côté» agissant habilement sur le cabinet prussien, elle obtenait de lui l'engagement de la soutenir si elle venait à êiie attaquée dans la poursuite des quatre garanties exigées du cabinet de Saint-Pétersbourg, et cette concession de la Prusse avait d'autant plus d importance qu'elle était suivie d'une adhésion de la Confédération germanique.
Diyilizeo by GoOglc
•Viorent les conlérences de Vienne sur lesquelles on avait fondé le dernier espoir de la paix. Ici nous anticipons de quelques mois sur le récit des laits, parce qu'il nous semble important de les grouper pour dessiner plus fidèlement et d*un seul trait, l'attitude de rAutriche. Celte puissance se rattachait formellement aux quatre propositions qui servaient de point de départ aux* négociations entamées*^ et^ dans son discours d ouverture^ M* de Buol les formulait ainsi lui-même r
« En coûséqijrnce, 1" le protectorat exercé par la Russie sur la Moldavie et la Valachie cessera^ et les privilèges conférés par le Sultan à ces principautés ainsi qu a la Servie^ seront placés désormais sous la garantie collective des puissances contractantes. 2° La liberté de la navigation du Danube sera complètement assurée par des moyens efficaces et sous le contrôle d'une autorité syndicale permanente. 3** Le traité du 13 juillet 1^1 sera revisé dans le double but de rattacher plus complètement Texisteuce de l'empire ottoman à Téquilibre
1, Les plénipotentiaires à la conférence de Vienne étaient : pour la France, M. Drouyn de Lhoys, ministre des affaires étrangères, et M. de Bourqueney; pour l'Angleterre, lord John Russell et lord Westmoreland ; pour la Turquie, Aali-Pacha et Arif- -
Effendi; pour la Russie, le prinoe Gortchakoff et M. do Titof ; pour l'Autriche, enfin, le comte Buol et le baron de l-iokesch. Le baron de M^yspnbug tenait le protocole. Ainsi trois ministres prenaient part aux débats : M. Drouyn de Lhuys, lord John Russell et Aali-Pacha.
X854j UVR£ CINQUIÈME. 33
européen, et de mettre fin à la prépondérance de la Russie dans la mer Noire. 4^ La Russie abandonne le principe de couvrir d*un protectorat officiel les sujets chrétiens du sultan (du rite oriental); mais les puissances chrétiennes se prêteront mutuellement aide, à l'effet d'obtenir do l'initiative du gouvernement ottoman la confirmation derobservation des droits religieux des communautés chrétiennes boumibes à la Porte, sans distinction de rite. »
Ces quatre grands principes étant aussi nettement acceptés par rAutriche, on pouvait supposer que la question ferait un grand pas et serait même définitivement réglée. Maïs il n'en fut pas ainsi : le prince Gortchaiioii temporisa d'abord et demanda à son gouvernement des instructions qui n'arrivèrent que dans un délai de plus de quinze jours. Puis après les discussions relatives à la libre navigation du Danube, et à la cessation du protectorat de la Russie sur les principautés, vint la question la plus difficile à trancher, celle de la prépondérance russe dans la mer Noire. Cîes conférences de Vienne avaient, à bon droit, paru si importantes, qu'il avait été décidé que M. Drouyn de Lbuys se rendrait dans la capitale de TAutriche ; mais, préalablement^ il devait aller proposer à Londres un système de neutralisation de FEuxin suivant lequel les bâtiments de ( ommerce seuls eussent pu } être admis. L'Autriche accepterait-elle ce
34 HISTOIRK Dfi MON T£MPS. 11854
mode, excellent d'ailleurs, de résoudre la difficulté? dans le cas contraire, le ministre français devait présenter à la conférence un système de limitation qui n'eût laissé à la Turquie, comme à la Russie^ que le droit d'entretenir chacune dans la mer Noire quatre vaisseaux et quatre frégates, la France et l'Angleterre pouvant de leur côté, y maintenir la moitié de cet effectif.
Le système de neuti^alisation absolue fut repou&sé par l'Autriche comme Favait craint M. Drouyn de Llmys. Alors on en revint au système de limitation que préférait le cabinet de Vienne et qu'il paraissait disposé à soutenir énergiquement auprès du Tzar. Ce plan, dont le plus grand avantage était de river un peu plus strictement T Autriche à la polilique des puissances oecideiilalcs, tout en prévenant d'ailleurs une guerre dont on ne pouvait prévoir tous les développements, M. Drouyn de Lhuys le considérait, non sans raison^ comme la combinaison la plus sage, la plus pratique. Une lutte gigantesque avec la Russie ne lui paraissait pas être dans les intérêts français. Il revint à Paris le 30 avril 1 855 pour exposer verbalement à l'Empereur son avis et âes vues à cet égard. Mais Napoléon ili ne partagea pas son opinion^ et ce grave dissentiment joint à quelques causes d'une moindre portée^ engagea M. Drouyn de Lhuys à donner sa démission le 4 mai.
Le 7 du même mois il était, comme on va le voir plus lard, remplacé par le comte Walewski, notre ambassadeur à Londres*
Quant à la conférence, elle ne put aboutir. Ouverte le 15 mars, elle fut close le 4 juin. Elle n'avait eu que le mérite de dessiner assez clairement l'attitude du cabinet de Vienne, et de faire pressentir ses intentions ultérieures. Il n'admettait pas de la même façon que la France et TAngleterre le principe de la cessation de la prépondérance russe dans la mer Noire; ce qui signifiait, au fond,qu*il ne voulait pas pousser les choses au point de coopérer par une lutte active à l'œuvre entreprise par la France et TAngleterre.
Cette politique ne tarda pas à s'affirmer avec une grande netteté. L'Autriche fit savoir nxxx deux puissances, que sa coopération militaire nepouvait leur être acquise tout en déclarant qu'elle continuerait à occuper les Principautés.
C'est ce que le cabinet de Vienne avait toujours voulu.
Retournons sur les plateaux de Sébastopol.
Après l attaque mtruclueuse du 1 T octobi'ei les travaux réguliers du siège furent repris avec ardeur. Une cinquième division sous les ordres du général Levaillant^ était venue renforcer l'armée
française ; les Anglais s'étaient, après de longs et pénibles efforts^convenablement et solidement établis sur les points d attaque qui leur avaient été dévolus. L'œuvre si rudedes tranchéesau milieu d'obstacles naturels de tout genre avançait lentement. Le prince Mencliikoiï résolut de tenter une diversion puissante et hardie, qui pût arrêter les assiégeants dans les travaux qui menaçaient la place.
Ce fut vers Balaclava^ qu'il résolut de concentrer les efforts du corps d^armée commandé par le général Liprandi et qui se composait d'environ quinze bataillons d*înfanterie, d'une artillerie nombreuse et de cinq cents chevaux. Balaclava était le grand dépôt des approvisionnements de Tarmée alliée. Couper les communications des assiégeants avec ce port eût été d'une importance presque décisive, et la tentative du prince Menchikofif était aussi habile que rationnelle.
Quatre petites redoutes, dont trois seulement étaient armées de canons avaient été élevées sur les bauteuis qui dominent Balaclava. Elles étaient gardées par des troupes turques, et n'avaient pas assez d'importance pour pouvoir résister à une attaque sérieuse.
Ce fut vers ces redoutes que se dirigea le corps d'armée de Liprandi. Apparaissant tout à coup sur les hauteurs dans la matinée du 25 octobre, les Russes en délogèrent les Turcs après un combat as-
1854] LIVRE GlNQUiÈME. 37
ses oourty et précipitèrent au bas de la montagne
les canons qui défendaient les redoutes ainsi que leurs affûts brisés. Le 93" highlanders, sous le commandement de sir Colin Campbell , était le seul régiment qui fût à la portée des Turcs; ce fut sur lui qu'ils se replièrent. Alors une portion de la cavalerie russe, qui débouchait dans la plaine, chargea les higblanders^ et^ rencoutraot une inébranlable résistance, se rq>lîa à son tour sur les escadrons de réserve qui s étaient formés en bataille. La brigade de grosse cavalerie anglaise composée des Écossais gris (Scots greys) et des dragons d'Ennisidileu, brigade placée sous le commandément du général Scarlett, prenant aussitôt Toffensive^ s'élança sur les cavaliers russes. Le choc fut terrible et la caTalerie de Liprandi fut culbutée. Mais elle était nombreuse et essayait, en se reformant^ d envelopper ses adversaires^ lorsque^ sur Tordre du grâéral Scarlett, le 4* de la garde anglaise et le 5' dragons chargèrent^ l un à la droite, lautre à la gauche des Russes qui tentèrent vainement de résister à cette impétueuse attaque et, entraînant Tinfanterie dont une partie avait occupé les redoutes, se replièrent dans le fond de la vallée au pied des montagnes d'où le corps d'armée de Liprandi était sorti pour s'élancer sur la position de Balaclava.
Ce combat était donc^ par le fait> terminé à l'a-
vantage des Anglais , lorsque lord Raglan qai, du
haut d'une éminence où il se tenait entouré de son état-major, suivait toutes les péripéties de la lutte, crut voir que les Russes essayaient d'emporter les canons qu ils avaient pris au commencement de Faction^ et envoya à lord Lucan, commandant la division de cavalerie, Tordre écrit de la lancer rapidement dans la plaine pour y poursuivre l'ennemi et 1 empêcher d^enlever les pièces; ce fut le capitaine Nolan qui porta cet ordre.
Lord Lucan hésita, et, en effets les Russes avaient eu le temps de se relurmer en protégeant leur front et leurs fUiucs par une nombreuse artillerie; de plus les collines qui s^étendaient à leur droite et à leur gauche étaient garnies d'une ligne compacte de tirailleurs^ dont les feux se croisaient de même que ceux des batteries qui occupaient les deux côtés de la vallée. £n présence de Thésitation très-naturelle de lord Lucan ^ le capitaine Nolan insista pour Texécution de Tordre dont il était porteur^ et voici les curieux détails donnés par lord Lucan lui-même dans une lettre adressée au général en chef de Tarmée anglaise en réponse au rapport officiel de lord Raglan, rapport dans lequel on lisait cette phrase : « n'ayant peut-être pas bien compris Tordre qui prescrivait d'avancer^ le lieutenant général Lucan se crut obligé d'attaquer à tout liasard ; il ordonna en conséquence au ma-
jor général comte deCardigan de marcher en avant
avec la brigade légère. »
« 11 m est impossible de garder le silence, dit lord Lucan dans sa lettre datée de Balaclava le 3U novembre 1854, et je me vois dans la nécessité d eiposer les faits qui, je n'en saurais douter, doivent me justifier d un reproche que, j'ose le déclarer avec respect, je n'ai aucunement mérité. La cavalerie s'était formée pour appuyer un mouve» ment de l'infanterie, lorsque le capitaine Nolan, aide de camp du quartier-maître général, vint à moi à franc étrier et me remit entre les mains cette instruction écrite :
« Lord Raglan veut que la cavalerie s'avance rapidement sur le iront^ poursuive lennemi et tâche de Tempêcher d^emporter les canons; une troupe d'artiiiene à clievai peut accompagner. La cavalerie française est à votre gauche. — Sur-le^diamp*
a Signé R. Anm, »
« Après une lecture fort attentive de cet ordre,
j'hésitai et j insistai sur Tiautiiité d un semblable mouvement et sur les dangers qu'il entraînait. L aide de camp déclara du ton le plus absolu, que les ordres de lord Raglan étaient que la cavalerie attaquât immédiatement. « Où?lui demandai-je^ et que faut-il faire? » Car on ne voyait ni ennemi ni canons. « Là, milord, est l'ennemi ; là sont
40 HISTÛIHË D£ MON T£MPS. [^^54
nos canons, » répondit-il de la façon la plus irrespectueuse^ niaib la plus péremptoire indiquant Tautre extrémité de la vallée.
« Votre instruction écrite était, à muij avis, si précise, les ordres transmis par i aide de camp si positifs et si pressants, que je me crus obligé d'ohéir et je fis savoir à lord Cardigan qu'il fallait avancer. Aux objections qu'il me fit et que j'approuvais complètement, je répliquai que Tordre émanait de Votre Seigneurie. Ayante malgré ma conviction, décidé que ce mouvement aurait lieu^ je fis tout ce que je pus pour qu il fût le moins dangereux possible. Je formai la brigade ^ur deux lignes; je la fis appuyer de deux régiments de grosse cavalerie, les Écossais gris et les royaux^ et je ne les arrêtai que lorsqu*ils furent arrivés à Tondroit d'où ils pouvaient protéger la retraite de la cavalerie légère^ dans le cas où elle serait poursuivie par l'ennemi el lorsque ayant déjà perdu beaucoup d'officiers et de soldats par suite du feu des batteries, elle serait en avançant davantage exposée à être détruite.
« Milord^ je croyais alors, et c'est encore mon opinion, suivre la seule voie qui me tdt ouverte. J'ai sans nul doute^ comme iieuteuant général, un pouvoir discrétionnaire ; mais^ prendre sur moi de désobéir à un ordre écrit de mon commandant en chef^ presqu*au moment où il m'était remis^
1854] LIVRË GINQUIKMK. 41
et lorsqu'il était donné d'un point élevé d'où Ton
découvrait eulièreiueiit toutes les batteries et la po« sitlon de rennemi, ce n eût été rien moins qu'une débobéisi'ance directe aux ordres que j'avais reçus^ sans aucun autre motif, sinon que je préférais ma propre opinion à celle de mon général, et je me fusse alors exposé, moi et la cavalerie, à d'odieuses imputations contre lesquelles il eût été difficile de nous défendre. 11 importe aussi de se rappeler que laide decamp^ bien informé des intentions de son général et du but qu'il avait en vue, après avoir insisté sur une charge immédiate, se plaça luimême sur le front de Tun des premiers escadrons d'attaque et fut tué le premier. Je n'ai point ose désobéir à Votre Seigneurie; tous les officiers de l'armée auxquels j ai montré vos instructions, estiment qu'il ne m'était pas possible d'agir autrement. »
Telle est la pièce importante du grand procès sottleyé dans l'opinion en Angleterre , à propos de l'héroïqur et ki me niable charge de Balaclava. L'histoire devait la recueillir.
Sur Tordre péremptoire qui lui était donné, le comte de Caidigan, s'inclinant tristemeot comme les anciens devant l'arrêt du destin^ agita son sabre, cria: « En avant le deruiei des Cardigan! « et s'élança dans la plaine à la tête de la brigade de cavalerie légère.
Diyilizeo by GoOglc
Les nombreux témoins qui garnissaient les hauteurs eurent le cœur serré en voyant s'accomplir ce mouvement incompréhensible pour eux. Ces braves et brillants cavaliers volaient à une mort certaine, chacun le comprenait et le déplorait hautement; eux-mêmes ne l'ignoraient pas, et jamais, peut* être, on n a pu enregistrer dans les fastes militaires un acte aussi complet d'abnégation et de discipline, ils couraient droit aux canons qui vomissaient sur * ux une pluie de fer, sabrant les artilleurs, franchissant les batteries avec une rapidité vertigineuse , enfonçant les masses d'infanterie qui s'étaient formées à leur approche et se trouvant enfin, eux décimés par le feu terrible de l'ennemi, en présence d'une force -de cavalerie compacte sur laquelle ils vinrent se briser comme la vague sur le roc. Alors, fusillés et mitraillés de tous côtés, il leur fallut rétrograder et retrouver dans la plaine le sillon sanglant qu'ils y avaient tracé. La brigade tout entière aurait fatalement péri, sans une diversion tentée par nos chasseurs d'Afrique, que le général Morris, voyant le désastre de la cavalerie légère anglaise , n'hésita pas à lancer contre les batteries russes en les attaquant en flanc. Ce mouvement, auquel prirent part quatre escadrons de chasseurs conduits par le général d'AUonville et le colonel Champéron , n'avait, disons-nous* d autre but que de faciliter la retraite
iJiyiiizeo by
iÔô4J LIVHK aiSUUIÈME. k'6
des Anglais en anétant le feu meurtrier de Tar-
tillerle russe, et remplit coniplétement ce but. Le comte de Cardigan put ainsi rallier dans la plaine les débris de su bric^ade mutilée. De six cents hommes dont elle se composait, il ne revint que cent quatre-vingt-cinq cavaliers. Héroïque^ mais déplorable épisode de cette guerre de Crimée, si féconde d'ailleurs en dévouements, en traits de courage, en sacrifices! La charge de Balaclava doit rester éternellement^ au grand honneur de la cavalerie anglaise, comme Tidéal de la bravoure dans la discipline, de rhéroïsme dans l'abnégation. Mourir inutilement et en sachant qu on court à la mort, c est mourir deux t'ois.
A la suite de cette journée, lord Raglan, d'accord avec le général Canrobert, jugea nécessaire de concentrer ses forces en face de l'étroite vallée qui menait à fialaclava et sur les hauteurs escarpées situées à sa dioite, ce qui devait procurer une ligne de défense moins étendue et qu'on allait appuyer d'ailleurs par des parapets et des redoutes. Le lendemain, 26 octobre, le prince Menciiikoû opéra une vigoureuse sortie qui fut repoussée par Tannée anglaise contre laquelle elle était plus particulièrement dirigée. Dans cette nouvelle attaque, le corps du général Bosquet prêta son appui aux Anglais qui, d'ailleurs, soutmrent le choc avec leur solidité ordinaire. Le plan que le prince Menchikoff avait
kk histoire: Dfi MON TEMPS. [1854
essayé de réaliser de concert avec le général Liprandi et qui avait pour objet de placer entre deux feux Tarmée anglo-française , ce plan se trouvait ainsi complètement déjoué, mais le prince ne rabandonnait pas encore^ et une nouvelle tentative de sa part, beaucoup plus sérieuse que les premières, ne devait pas tarder à se produire.
Quelques jours s^étaient à peine écoulés^ en effets jours laborieusement i mployés par les alliés à se rapprocher de la place, et le génie en était péniblement arrivé à la troisième parallèle, « en marchant toujours à la sape volante dans un roc vif où Ton mettait^ pour faire le travail^ cinq fois autant de tem])s qu'il en eût fallu dans un terrain ordinaire'; » lorsque^ durant la nuit pluvieuse du 4 au 5 novembre, des sentinelles avancées crurent entendre un bruit sourd qui semblait venir de la vallée de la Tchemala et firent part de leurs observations aux chefs des avant-postes. Ces derniers^ supposant que des chariots de munitions et de vivres profitaient de cette nuit brumeuse pour pénétrer dans la place (comme cela arrivaitassez &équemment| du reste); ne tinrent pas grand compte de ces avertissements des sentinelles.
Ces bruits vagues que l*on avait entendus c'était la marche sourde de deux corps d armée russes qui
] . Dépêche du général GAarobert au ministre de la guerre.
se dirigeaient l'un sur Balaclava, l'autre 8ur Inkermann^ le premier sous iea ordres du général lipraodi^ le second commandé par le général Dannenberg.
La veille, deux (ils de l'empereur Nicolas, les grands ducs Nicolas et Michel , étaient arrivés à Sébastopol où leur présence avait excité un vif enthousiasme. Us devaient prendre part à tabatailie qui se préparait dès que Tattaque serait complètement engagée. Cette attaque s engagea à cinq heures du matin. A la faveur d*un brouillard intense, les Russes formés en épaisses colonnes gravirent les hauteurs qui dominaient la vallée d Inkermann, y transportèrent des pièces de canon et bientôt marchèrent en silence sur les avant-postes anglais.
Nos alliés, pleins de confiance, étaient encore endormis dans leur camp que déjà 1 armée russe les enveloppait de toutes parts. Leurs postes avancés, voyant au milieu du brouillard des masses ennemies se diriger sur eux, engagèrent dans 1 obscurité une fusilladequi devait surtout servir, pour l'armée anglaise, d'avertissement et de signal. Ils ne cédèrent d^ailleurs le terrain que pied à pied, épuisant leurs munitions et donnant ainsi à leurs compatriotes le temps et la possibilité de courir aux armes et de se mettre en défense.
Les Russes divisés en trois corps attaquaient sur trois points à la fois ; mais , par le fait, Tattaque de la
positioii dlnkermaim était la seule sérieuse et la
démonstration exécutée par Liprandi du côte de Balaclava n avait pour but que d attirer les français sur ce point en opérant ainsi une di^rsion utile. Les généraux Canrobert et Bosquet avaient bien deviné cette intention de leurs adversaires. Us coiiipieiiaieut que tout TefTort des Russes devait se porter sur Inkermann et contre 1 armée anglaise au secours de laquelle ils allaient bientôt accourir.
Nos alliés avaient besoin, en effet, d être soutenus dans une lutte inégale et sanglante : surpris au ]iiilieu de leur repos, comme nous venons de le dire, et réveillés par la mitraille^ ils s'étaient jetés sur leurs habits et sur leurs armes. En un instant^ cl à la voix de leurs intrépides chefs, ils se groupèrent sous le feu meurtrier des Russes et se formèrent en bataille six mille environ, contre plus de cinquante mille assaillants. Alors se produisit une scène presque indescriptible dans son effrayante et sauvage réalité ;
Sur un terrain étroit^ détrempé par la pluie, enserré de tous côtés par des collines plus ou moins élevées^ plus ou moins nues , terrain dont les proportions restreintes ne permettaient aucun mouvement sti-atégique^ et^ circonstance défavorable pour les Russes, aucun déyeloppement de masses, les Anglais piétinant dans une boue sanglante sous une grêle de projectiles et ripostant au
1854] LIVRE C3N0DIËME. 47
hasard à travers un brouillard intense, défendaient avec un imperturbable sang-froid les divers pointe envahis par le flot toujours croissant de leurs adversaires* L'attaque n était pas, d ailleurs^ moins confuse que la défense et jamais, à la guerre, le mot de « mêlée » n a eu une signification plus lit* téralement exacte. A Tanne à feu comme à Farme biaache, on se tuait, en quelque sorte, sans se voir et les combattants trébuchaient sur les cadavres qui s'amoncelaient d'instant en instant, l.es premières divisions engagées de Tarmée anglaise ne représentaient, comme nous Tavons dit, qu'une force d'environ six mille hommes. Mais c'était en vain que tous les bataillons britanniques allaient successivement prendre pari à Taclion et accourir au feu; des niasses compactes de Russes arrivaient aussi et, comme une marée montante, menaçaient de les submerger.
La division Peonefather s était formée la première pendant l'hérou^ue résistance des avantpostes. La brigade des gardes sous les ordres du duc de Cambridge et du major ^'énéral Bentinck s'était portée en avant sur la droite; Tinfanterie légère^ commandée par sir Geoi^es Brown, s'élançait sur tous les points où des renforts étaient nécessaires, tandis que le lieutenant général Gathcart cherchait à opérer une diversion en prenant en ilanc les colonnes russes.
Le combat avait déjà duré depuis cinq heures du matin jusqu^à sept heures et demie. La lutte^ et souvent une lutte corps à corps, avait été soutenue par les Anglais avec une intrépidité et un sang-froid indicibles; mais leurs pertes étaient énormes, et, parmi les nombreux officiers tombés sur ce terrible champ de destruction et de carnage, on comptait le général Cathcart et le colonel Sejmour tués tous deux en exécutant le mouvement de flanc que nous avons mentionné plus haut. Les Russes, de leur coté, montraient dans lattaque une opiniâtreté non moins grande que celle qu'ils rencontraient dans la défense. Excités par la pi^éseuce des grands-ducs , fanatisés par les exhortations de leurs popes, ils s'élançaient avec une ardeur sauvage sur les baïonnettes anglaises opposant à 1 intrépide constance de leurs adversaires des masses de plus en plus nombreuses qui semblaient déûer tous les efforts et allaient surmonter toutes les résistances* Us avaient amené sur les hauteurs plus de cent pièces de canon. Leurs officiers^ qui combattaient comme de simples soldats, tombaient en grand nombre, mais ramenaient toujours leurs hommes au combat. L armée anglaise déjà décimée paraissait devoir périr tout entière dans les funèbi'es ravins d Inkermann.
Tout à coup une immense acclamation se fit entendre; les Anglais suspendireiiL leur feu pour
18^] LIVRE aNQUIÉM£. 49
agiter leurs fusiU en Tair; les Rueses s'arrêtèrent
un instant, surpris et troublés de ce cri de triomphe.
C es^l (^u'au milieu de la sanglante mêlée des combattants nouveaux venaient d'apparaître soudainement^ et que ces acteurs imprévus qui s'élançaient ainsi sur la scène où se jouait le terrible drame, c'étaient des bataillons français énergiques et ardents par eux-mêmes, non moins énergiquement conduits par le général fiourbaki.
En comprenant toute la gravité de l'attaque des Russes sur inkormann, en voyant tous les corps de l'armée anglaise forcés successivement de prendre part à la lutte sans pouvoir contenir le Ilot humain qui les débordait, des officiers d'état-major anglais avaient couru simultanément vers le quartier général de lord Raglan et vers les lignes françaises. Le colonel Steel dirigeant son cheval couvert de sang et d'écume vers le point occupé par le général Bosquet, venait de lui exposer en quelques mots avec Fémotion naturelle que lui causait le spectacle douloureux de tant de braves déplorablement immolés, les efforts désespérés du duc de Cambridge avec les gardes, les luttes inégales des divisions Brown et Cathcart contre un ennemi toujours renaissant.
« Allez dire à nos alliés, s était écrié Bosquet, que les Français arrivent au pas de course. »
II* siiUB. — n. 4
Et^ en effets il avait immédiatement envoyé au général Bourbaki Tordre de se porter sur le flanc
gauche dcb Russes. Mais le général Bourbai^i , voyant la détresse des Anglais^ n'avait pas attendu cet ordre pour s'élancer à leur aide à la tête de deux bataillons. Deux batteries d'artillerie appuyaient ce mouvement. Seulement la force du secours n'était pas en rapport avec la grandeur du danger. Les masses russes^ revenues de leur première émotion, ruèrent sur celte poignée de Français^ s'efforcèrent de lenvelopper et commençaient à y réussir lorsque le général Bosquet parut à la tête des zouaves, des chasseurs à pied et des tirailleurs algériens. De nouvelles batteries vinrent renforcer les premières et le brouillard, en se levant^ permit de voir, au centre du plateau, les masses russes ébranlées par le choc irrésistible des troupes françaises; du côté de la lchernaïa, autour d'une redoute en terre qu'avait occupée le régiment des gardes anglaises, les débris de ce malheureux régiment combattant encore quoique décimé par des assaillants qui poussaient des cris sauvages mais vers lesquels se précipitaient déjà les zouaves et les chasseurs à pied; du côté de Balaclava,^ les lignes de Lipraudi^ contenues d'abord puis repoussées par les soins du général Canrobert, qui^ se portant de sa personne vers tous les points menacés, avait encore reçu un éclat de mi-
18Ô4J LIVR£ aNQUIÈMË. 51
traille au conde, blessure légère, du reste^ et pansée sur le champ de bataille.
Bientôt les colonnes russes entraînées ^ pour ainsi dire, par le torrent humain qui débordait sur elles » écrasées par le tir très^supérieur de nos batteries et des batteries anglaises, vainement ramenées au leupar leurs oiiiciers dont un très-grand nombre étaient tombés sur le champ de bataille comme le général Soimuiioff, par exemple, tué dès le début de l'action, bientôt, disons-nous, les colonnes de Dannenberg et de Liprandi s'ébranlèrent et commencèrent un mouvement de retraite rendu très-pénible d'ailleurs , à cause de Télan de nos troupes legeret» qui les chargeant à la baïonnette^ en firent un terrible massacre et sur le point où s'élevait la petite redoute si héroïquement défendue par les gardes anglaises, poursuiyant leur course meurtrière jusqu'à la limite à pic de ce plateau très-éleve, les précipitèrent impitoya blement dans la Tallée*
« Les ti'oupes qui avaient combattu dans le ravin , dit le rapport du général Dannenberg^ se dirigèrent en partie par la vallée d'Inkermnn sur le passage de la Tciiernaïa-Retchka; le reste se replia sur la position principale.... bientôt le feu mem^trier de l'artillerie ennemie nous contraignit à faire retraite sur la ville. »
Ce fut alors seulement que les deux Jeunes grands-
52 BISTOIKB DE MON TBMPS. [1854
ducs Nicolas el Michel repassèrent le pontd lokermann pour rentrer dans SébastopoL Ils avaient durant toute cette terrible journée assisté de trèsprès aux mouTemeots divers de Tarmée russe presque aussi exposés que leurs soldats au i'eu de la mousqueterie et du canon.
Et pendant que ces faits se passaient à la droite des armées alliées, un corps de cinq mille hommes sorti de la place sous le commandement du général Tiiiioluïiï exécutait à la gauche de nos attaques une diversion des plus vigoureuses. Le brouillard favorisait sa marche comme il avait favorisé celle des colonnes de Dannenberg et de Liprandi. Nos soldats ne s'aperçurent en quelque sorte de rapproche de Tennemi que lorsqu'il eut envahi les tranchées et commencé à enclouer nos pièces; mais leur énergique résistance permit aux généraux la Motterouge, d'Aurelle, de Lourmel et Forey de rallier ou de grouper les forces dont ils disposaient, de les lancer sur les Russes^ de prendre à leur tour l'offensive et de poursuivre lennemi en cherchant à lui couper la retraite. Ce fut alors que le brave général de Lourmel entiiuné par 1 ardeur qu'il avait lui-même communiquée à sa brigade et lancé à la poursuite des Russes jusque sous les murs de la place, tomba héroïquement frappé d une balle en pleine poitrine; fin glorieuse d'une carrière trop tôt interrompue.
1854] UVBE CINQUIÈME. &3
La bataille dlnkermaan fut nommée m la victoire
des soldats » parce que dans les ravins étroits ou se passa une grande partie de 1 action et au milieu du brouillard épais qui empêchait les généraux de suivre aucune combinaison stratégique^ tout fut^ pendant de longues heures, laissé à l'inspiration courageuse et intelligente du soldat. Mais jamais, peut-être^ dans aucune affaire les officiers ne payèrent autant de leur personne, et ne succombèrent plus nombreux. Ainsipour ne parler que des Anglais qui, outre le lieutenant général Cathcart, avaient encore perdu les brigadiers-généraux Strangways et Goldie, le nombre d^offîciersdeTarmée britannique tombés pour ne plus serelever sur ce terrible champ de bataille d inkermann dépassa largement la centaine. Ajoutons (et c'était une conséquence naturelle de Torganisation de Tarmée anglaise) que presque tous ces officiers appartenaient à des familles de la noblesse occupant un rang élevé dans la société, et que leur deuil devait être doublement porté : dans Tarmée et dans les salons. Le duc de Cambridge qui s était valeureusement battu à la tête du régiment des gardes, avait été très-vivement impressionné de ces coups si douloureux portés à ses aftections personnelles. — Tous mes amis sont morts, repondait-il à ceux qui le complimen aient de sa courageuse conduite^ et si je ne suis pas mort avec eux ce n'est pas ma faute. » Citons à ce
sujet la curieuse note d'un témoin oculaire : « Il était deux heures et demie ; les généraux eu chef et le général Bosquet étaient à cinquante pas en avant du liioulin qui se trouve sur la hauteur occupée par les Anglais. Auprès deux se tenaient leurs nombreux états-majors; tout respirait le combat; les visages animés, les yeux ardents^ les épées à peine rentrées dans les fourreaux; le canon tonnait encore par intervalles à l'horizon, pour couvrir la retraite des Rusç^. Le duo de Cambridge arriva; son visage si affable d'ordinaire reflétait les sentiments les plus amers, les plus douloureux; tantôt il restait abattu, silencieux ; tantôt, au contraire, il parlait avec vivacité; ses yeux étaient remplis de larmes : — Ub sont morts, répétait-il souvent, tous mes aiuis, tous mes frères d'armes, tous ceux avec lesquels j'ai vécu i... » Le jeune prince, me dirent les généraux qui me racontaient les différents épisodes de cette mémorable bataille, s'était battu comme un lion, il avait été insensible à cette mort si longlciiips suspendue sur sa telu, mais la perte de ses amis, et tout ce sang versé, si précieux pour l'Angleterre, Tavaient frappé au cœur, il regagna son bivouac pensif et absorbé. Le lendemain, il vint voir le général Bosquet dans sa tente. La nuit qui s'était passée n avait pas calmé ses amers regrets ; il y avait dans sa voix une expression profondément douloureuse. Tant de cruelles émotions
1854] LITRE CINQmËMB. 55
qui honorent le cœur du prince, en montrant combien son attachement poar ses compagnons d'armes était ff'and et vif, réagirent sur son cerveau ; sa santé s'altéra visibiement^ à tel point qu'il de» vînt urgent que Son Altesse quittât la Crimée. Le duc se rendit à bord de la Britannia qui devait partir pour Constantinople^ et se dirigea directement • sur Londres. »
Disons €[ue Témotion très-concevable du prince eut pu vive bien plus grande encore et bien plus motivée, car l'armée anglaise fut à deux doigts de sa perte totale. Lorsque sur ce terrain couvert • quelquefois de plusieurs couches de cadavres qui • faisaient trébucher les chevaux , lord Raglan se trouva face à iaco avec le général Bosquet, il lui cria : « Au nom de rAngleterre je vous remercie 1 » et ce n'était pas là une phrase banale^ mais Texpression d'une gratitude méritée.
La souveraine de la Grande-Bretagne eUe>mème, organe du sentiment public que le Parlement devait bientôt exprimer à son tour, reconnaissait ainsi quelques jours après les services rendus par Tarmée française en cette terrible circonstance « la reine a remarqué avec une reconnaissante satisfaction la vigueur avec laquelle les troupes de son allié, 1 empereur des Français, sont venues en aide aux divisions de Tannée anglaise engagées dans un combat si inégal. Sa Majesté est profondément
sensible à la coopération cordiale du commandant
en chef, général Caurubert, et à la vaillante conduite de cet olFicier distingué, le général Bosquet. Elle voit dans les cris avec lesquels les soldats des deux nations s'encourageaient mutuellement pendant Faction, des preuves de Testime réciproque que cette campagne et les traits de bravoure qu'elle a produits ont fait naître de part et d'autre. >»
Disons, pour en finir avec ce triste sujet des pertes et des souf&ances deTarmée anglaise qu'elles devaient promptement devenir plus grandes, plus sensibles encore. L'hiver aiTivait à grands pas, l'hiver plus terrible, plus redoutable cent fois sur ces plateaux nus et arides que toute Tartillerie de Sébastopol. Avec lui les ouragans se déchaînèrent et les tempêtes de la mer Noire si connues et si redoutées éclatèrent en amenant de déplorables désastres. Ce fut ainsi que le 1 4 novembre au milieu d'un de ces bouleversements de la nature en quelque sorte périodiques dans cette saison et dans ces parages, deux navires français, le Henri IV et la corvette à vapeur le Plulon furent jetés à la côte d Eupatoria, tandis que le Prince, steamer anglais portant trois cents hommes à son bord et quatorze transports de commerce chargés d'approvisionnements et de matériel, se perdaient corps et biens, pour ainsi dire, en vue des escadres alliées qui éprouvaient elles-mêmes d'épouvantables avaries.
Cette tempête s'était fait sentii* sur la terre comme sur 168 flots; un vent impétueux balaya en un clin d'œil les tentes du camp des alliés. Des torrents de pluie l'inondèrent ainsi que les tranchées, et à dater de cette épo([iie fatale, les souffrances des deux armées, particulièrement celles de Tarmée Anglaise devinrent terribles. Frappés par le choléra et par les fièvres, déplorablement nourris et vêtus (conséquence naturelle de l'imprévoyance et de rimpéritie d'une administration militaire détestable) les Anglais, épuisés d'ailleurs par les travaux d'un pareil sîége^ se virent bientôt réduits à la moitié de leur effectif, c'est-à dire à environ quatorze mille hommes. On comprend à quel degré ropinioa s'émut et s'irrita en Angleterre lorsi|iie ces douloureux détails y furent connus. Ce fut le pointde départ de récriminations amères, d^attaiques violentes qui n épargnèrent pas même Napoléon 111 et dont M. Kinglake, entre autres, s*est fait dans la Chambre des communes, non moins que dans ses écrits, le très-ardent propagateur.
La victoire remportée sur les Russes à Inkermann ne pouvait avoir et n'eut, en effet, aucune influence matérielle sur les progrès du siège. Le prince Menchikuiï avait échoué dans la Lenlative, fort bien combinée d'ailleurs^ d'attaquer les alliés par trois points à la fois et de les pousser à la mer. Les alliés, de leur côté, avaient solidement résislé à
cette impétueuse attaque, mais n*aTaient pas gagné un pouce de terrain. L'eû'et moral seul fut trèsgrand dans les deux armées, et Tinsuccès des plans du prince Menchikoff alla causer bien au-dessus de lui dans la hiérarchie russe une très-vive irritation.
L'Empereur Nicolas en apprenant la victoire des alliés à TAlnia avait, en effet, manifesté un étonnement qui allait presque jusqu'à l'incrédulité. L'insuccès d'Inkeraiann produisit chez lui un désappointement plein de colère. La nouvelle d'une troisième défaite de ses armées ne devait pas comme on le verra bientôt, contribuer &iblementf à décider de la destinée du Tzar.
En France, les préoccupatioiis de toute nature auxquelles avait donné lieu cette gigantesque expédition de Crimée, les alternatives de Topinion en présence des tentatives réitérées de la diplomatie pour éviter cette collision ou en amoindrir la portée avaient, en y comprenant la crise alimentaire, détourné naturellement les esprits des travaux du Corps Législatil*. Une seule question, fort importante du reste, allait raviver Tattention publique et la diriger de ce côté : c'était la question (Fargent.
La session de 1 854 avait été ouverte le 2 mars. Napoléon III dans son discours, après avoir exposé
1854] UVRE ai4QUIÈM£. 59
les mesures adoptées pour atténuer autant que possible la crise aliinentaire, avait insisté sur les efforts qii*il avait faits dans le but d*éviter la guerre d'Orient et sur le sincère désintéressement de la France qui ne tirait Tépée que pour résister à des empiétements dangereux. 11 proclamait hautement que le temps des conquêtes était passé sans retour^ car ce n'était pas, disait-il, en reculant les limites de son territoire qu une nation pouvait désormais être honorée et puissante, c'était en se mettant à la tête des idces généreuses, en faisant prévaloir partout Teinpire des droits et de la justice. Qu'on ne vînt donc plus dire : qu'allez-vous faire à Constantinople? On y allait avec T Angleterre pour défendre la cause du sultan et néanmoins pour protéger les droits des chrétiens. On y allait pour défendre la liberté des mers et Tinfluence française dans la MédiU rranée. Napoléon III, ajoutait même : « Nous y allons avec rAllemagne pour Taider à conserver le rang dont on semblait vouloir la faire descendre, pour assurer ses frontières contre lu pi époiidérance d'un voisin trop puissant » phrase qui n'indiquait que trop bien les illusions singulières que Ton se faisait «alors sur les sentiments véritables et les tendances réelles des États Allemands.
Le 6 mars, le projet de loi relatif à un emprunt de deux cent cinquante millions de francs était présenté au Corps Légisialif qui sur le rapport de
60 HISTOIRE DE MON TlOfPS. [1854
M. Billault, son président, le vota d acclamatioa, et dès le 1 i mars un décret autorisait le ministre des finances à pi océder par souscription publique à laliénation de la somme de rentes 4 et demi et 3 pour cent nécessaire pour produire le capital de 250 millions
C'était une grande et très-curieuse innovation que la souscription publique appliquée à un emprunt de l'État. Intéresser en quelque sorte le pays tout entier à une opération financière qui jadis ne s'exécutait qu'avec l'aide des grandes maisons de banque et des puissants capitalistes était, si Ton réusiâibsait, une hardiesse habile. Le succès dépassa toutes les espérances : la souscription ouverte du 14 au '25 mars produisit 4t)8 millions répai'tis euLie 99 224 souscripteurs.
C'était le premier pas fait dans la voie des emprunts qui plus tard en ge renouvelant ont par rintérèt toujours grossissant de la dette publique et joints aux dépenses gouvernementales, également croissantes^ porté successivement le budget de l*État au chiffre énorme de plus de deux milliards.
Nous avons dit dans le volume précédent à propos des budgets de 1852 et 1853 que nous reviendrions sur la situation financière de cette époque
1. La rente 4 1/2 p. 100 devait être émise au taux de 92 fr. 50 c. avec jouissance du 22 mars 185^*, et la retitu 3 p. luO au taux de 65 fr. 25 c^axec jouissance du 22 décembre 1853.
1854] LIVRB CINQUIÈME. 61
60 rindiquant avec ses antécédents. C'est ce que nous allons faire en quelques mots. Il est utile, en effets de bien indiquer les points de départ atin de mieux faire apprécier la position telle qu'elle se présentait alors.
Les cinq derniers budgets de la monarchie de 1 830 avaient ofPert une moyenne de quatorze cent quatre-vingt-dix millions. Ainsi le budget de 1843 avait été liquidé à la somme de 1 424 millions ; celui de 1844 à 1411 millions; celui de 1845 à 1472; enfin les budgets de i 846 et 1 847 s'étaient élevés à cause des dépenses nécessitées par les inondations et la disette à 1495 et 1512 millions de francs. Dans ces calculs sont comprises les dépenses extraordinaires.
Ajoutons qu'au nombre de ces dernières, il faut compter les fortifications de Paris, les grands travaux de détense de Lyon, de Langres, de Beli'oii.. de Soissons ainsi que ceux de TAlgérie, enfin les lignes du premier réseau des chemins de fer.
Les quatre budgets de la seconde république revinrent après quelques oscillations au chiffre du budget de la monarchie. Ainsi le budget de 1851 fut réglé à 1448 millions, plus 20 millions environ affectés au budget spécial des colonies.
On pouvait donc au début du second Empire évaluer à 1500 millions à peu près, le chiffre possible et en quelque sorte normal du budget de
62 HISTOIRE D£ MON T£MPS. [1855
FÉtat. Aujourd*hui il a dépassé de beaWoup celui
de deux milliards, et, coin me nous le disions tout à rheure^ Temprunt de 250 millions demandé au début de la guerre de Crinire, ne fut que le premier pas fait dans une voie où il était impossible de s arrêter au milieu des circonstances particulières dans lesquelles on se li uuvait placé.
Ainsi le budget de 4855 fut encore réglé à 15GG millions et dès le 26 décembre 18£4, c'est-àdire un mois environ après la bataille d luiiermaan, le Corps législatif était convoqué pour voter un nouvel emprunt. Le 27, en effet, le gouvernement lui présentait un projet de loi autorisant le ministre des finances, à emprunter une somme de cinq cent millions de francs, et cette fois encore, on procéda par mode de souscription publique. Cette souscription fut ouverte du 3 au 14 janvier 1855*. Cent soixante et dix-neuf mille souscripteurs offrirent plus de deux milliards, pour couvrir les cinq cents millions demandés.
En dehors de ces questions financières si importantes et si intéressantes pour tous, les deux sessions du Corps Législatif n'avaient présenté et ne devaient offrir qu'un intérêt assez médiocre à Tattention publique qui se portait ailleurs.
Ce n était pas toutefois que certains projets de
1. Le cours d'émission fut fixé à 65 fr. 35 c. pour le 3 p. 100, et à 92 te, pour le k 1/2.
1855] LIVRE GINQUIÊMË. 63
loi mis en délibération n'eussent une importance
assez grande; tels furent ceux relatifs à la suppression de la mort civile^ à la suppression des bagnes (le gouverneinent demandait qu'à l'avenir, la peine des travaux forcés fût subie dans des établissements créés par décrets^ sur le territoire d une ou de plusieurs possessions françaises autres queTAIgérie). Ënûn, le projet relatif à l'instruction publique qui supprimait les quaLrc-v lugt-six Académies départementales créées par la loi du 45 mars 1850^ votée par TAssemblée Législative et divisait la France en seize circonscriptions académiques, dont les chefs-lieux devaient être : Aix, Besançon, Bordeaux, Caen, Clermont, Dijon, Douai, Grenoble^ Lyon^ Montpellier^ Nancy , Paris, Poitiers, Rennes, Strasbourg et Toulouse. Chacune de ces académies devait être administrée par un recteur qui présiderait le conseil académique mais» en niùiiie temps au clief-lieu de chaque département était institué un conseil départemental d mstruction publique que présiderait le préfet. Ces diverses lois furent votées dans la session de 1 654.
Le projet gouvernemental qui préoccupa le plus raUention publique durant la campagne législative de 1 855, fut sans contiedit la loi sur le recrutement et la dotation de Parmée. Elle semblait en eflét, devoir changer complètement les bases de la composition moderne de Tarmée française^ et la
64 UISTOIBB DE MON T£MFS. [1855
discussion dans le sein du conseil d'Etal (mi avait été aussi longue qu'animée. Deux fois même i'Ëmpereur avait réuni et présidé ce corps aux Tuileries sans que de ses délibérations, auxquelles nous eâmes personnellement l'honneur d'assister^ il fût rien sorti de net, de précis, de concluant au milieu des opinions contradictoires et des doutes loyalement exposés. On n'ignorait pas d'ailleurs que Napoléon 111 était très-partisan du projet dans son ensemble, et qu'il lui attribuait une très-grande importance. Mais dans ces deux réumons préliminaires du Conseil d'État, les questions principales n'ayant pas semblé sufil^amment élaborées, on avait jugé qu'une commission devait les étudier de nouveau et présenter ses observations d*après lesquelles, le projet remanié serait délinitivement accepté et rédigé.
Lorsque lecture fut donnée au Corps Législatif de ce projet de loi précédé de son exposé des motifs, la Chambre décida, à son tour, qu'elle nommerait une commission de quatorze membres, comme pour les lois de finance, et cette commission dut se livrer à l'examen le plus upproiundi du projet. Voici quelles étaient, du reste, ses importantes dis^ positions et elles méritaient une attention d'autant plus soutenue que, comme nous l'avons dit, il paraissait devoir changer toutes les bases de la cornposition et de Torganisation de l'armée :
Alavenir chacun en France pourrait s'exonérer
du service militaire, moyennant une prestation pécuniaire qui serait fixée chaque année par une commission de onze membres, dette somm'e serait versée dans une caisse de dotation de l'armée^ que gérerait la Caisse des dépôts et^ consignations. Le remplacement vS opérerait par les militaires libérés. Les réengagements ne pourraient être de moins de trois ans, nî de plus de sept et au delà de l'âge de quarante cinq anb, ou ue pourrait plus contracter d'engagement. On voit par lensemble de ces dispositions que 1 espoir d'obtenir une armée composée pour la majeure partie d anciens soldats et d^hommes aguerris, était la pensée dominante qui avait préside a renlantemeut de la loi.
La discussion fut très-vive dans les bureaux du Corps législatif; plusieurs généraux combattiienl le projet comme lavaient fait^ du reste^ dans le sein du Conseil d*État les membres de ce corps apparteilaut à 1 armée. Quelques députés déclarèrent qu'ils voyaient un inconvénient à trop vieillir le soldat; d'autres craignirent avec plus de raison, que les facilités de l'exonération rendissent plus difficiles la formation et le complément du contingent; d autres eniiu reprochèrent à la loi de risquer d'appeler sur 1 État toute l'impopularité qui jadis s attachait au raccoleur.
Dans la discussion puhhque, MM. deMoutalem-
66 HISTOIRE DK MON TSBIPS.
berljd Andelarre^Louvet, Legraad, de Ghasseloup- Laubat, Lebreton, attaquèrent le projet avec une
grayde vigueur. Us tirent ressortir les avantages de la loi qui l'unctioDiiait parfaiiement alors et sans réclamation aucune des populations. Selon eux la loi nouvelle, c était TincoaQu, c était Timpossible. On aurait de dix-huit à vingt mille hommes à remplacer par , ou les Iruuvei ait-on ? était-ce dans le remplacement administratit? non; TÉtat ne pouvait pas se faire marchand d'hommes, il ne pouvait pas courir les campagnes oiïrant de 1 argent comptant aux futurs conscrits. M. de Montalembert, d^une vivacité exceptionnelle dans ce débat, après avoir retracé la noble conduite de l'armée française depuis trente ans> après 1 avoir suivie pas a pas en Grèce^ en Espagne, à Alger, dans les diverses campagnes d'Afrique et avoir cité ce mot du coolnel Combes prononcé sur la brèche de Constantine : « Mes enfantSy jusqu'ici vous avez été des braves, montrez à présent que vous êtes des honnêtes gens. » M. de Montalembert déclara qu'il ne voyait dans la loi nouvelle qu*un « vaste système de spéculation dont le gouvernement serait Tagent et le provocateur » et s'écria : a je vois bien la médecine et le médecin, mais je ne vois pas le malade.. Si la loi échoue, elle est un danger. Si elle réussit, elle est encore plus dangereuse car, dans ce cas, elle devient un péril pour la liberté, pour la liberté dont
1855] UVRJE CINQUIÈME. 67
il doit être permis de parler devant la chambre,
puisque l'Kinpereur Ta placée lui-même dans un de ses actes publics, comme couronnement à son édifice. M
MM. Baroche, Allard, BaYoux.^ furent les princi* paux défenseurs du projet gouvernemental. M. Bap roche, surtout, fut plein de chaleur et de verve. On cita en faveur de la loi une lettre du maréchal Bugeaud qui proposait au gouvernement, en 1840, de fixera quinze cents francs le chiffre du l'emplacement opéré par lui-même et de supprimer les compagnies. On déclara que la prime qu'on voulait foire passer comme une sorte de corruption du soldat dont elle ferait un mercenaire, serait tout simplement un pécule d épargne^ une masses dont le gouvernement disposerait avec prévoyance et hu^ manité en taveur des vieux soldats, afin qu à leur retour dans leurs foyers, ils ne trouvassent pas la misère sur le seuil. En dehors de la discussion on exploita habilement auprès des membres du Corps législatif la nouvelle, exacte d'ailleurs, des souffrances que les jeunes couscnts avaient subies en Crimée pour en conclure qu'il était bon de maintenir le plus i:raiid nombre possible d'anciens soldats sous le. drapeau. Bref, le projet fut voté par 204 voix contre 46.
Tout ce débat avait été conduit et dirige par M. de Morny, récemment appelé à la présidencedu
68 HlSTULaE DE MON TEMPS. [1855
Corps législatif^ en remplacement de M* Billault
nommé ministre de l'Intérieur le 24 mars 1854. M. Billault, qui n'avait pas encore acquis Timportance politique réservée aux dernières années de son existence, et sur la personnalité duquel nous n'avons pas insisté dans le volume précédent^ parce que cette personnalité ne se détachait pas encore suffisamment du groupe historique au milieu duquel elle apparaissait, M Billault, disons-nous, né à Vannes (Morbihan) en 1805, devenu plus tard avocat au barreau de Nantes^ était un homme de petite taille^ d'une physionomie assez fine, portant la tête légèrement penchée du côte droit et auquel un regard scrutateur, des lèvres minces, donnaient > Tapparence d^une certaine fermeté méditative. Am- ^ bitieux non moios que capable^ il avait^ assuret-on au déhut de sa carrière, tenu un langage qui, du reste^ le dépeint tout entier : « Je suis sans fortune, avait-il dit, mais j'ai deTavenir; dans trois ans je serai le premier avocat deNanies; Irois ans après je serai député et, trois ans plus tard, je serai iiiijjistic. j> Le portefeuille ministériel se ht pourtant attendre plus longtemps que cela, mais M. Billault avait fait, lui, tout ce qu'il fallait pour lob*» tenir et sous ce rapport, n'avait rien à reprocher à sa laborieuse persévérance. Ainsi, envoyé à ta Chambre par le collège d'Ancenis pendant le règne de Louis-Philippe, il s'était rangé 6ur les bancs du
centre gauche^ sous la bannière de M. Thiers et avait^ dans la combinaison ministérielle du 1^ mars obtenu le poste de sous-secrétaire d'État au département de Tagriculture et du commerce^ puis déçu dans ses espérances trop hâtives, renversé en même temps que le chef éminent du cabinet du mars, il était entré dans la voie d*une opposition très- vive, combattant le projet de fortifier Paris^ attaquant les fonds secrets^ présentant sur la célèbre question du droit de visite, un amendement vigoureusement rédigé et particulièrement dirigé contre Talliance anglaise. « Je crois disaitil alors, qu'il est nécessaire qu'on connaisse l'ensemble de cette politique si habile et si périlleuse pour nous. L'Angleterre, vous le savez, ne procède pas d'un seul coup : elle marche pas à pas, et au milieu de la mobilité de nos cabinets, de la mobilité même de notre politique, elle, qui ne se lasse pas, elle qui, à pas lents ou à pas de géant, envahit le «monde commercial et maritime, elle marche toujours et vous ne savez pas l'arrêter! » Depuis cette époque, nous aTons entendu M. Billault tenir un langage entièrement différent; nous l'avons vu partisan absolu de cette même alliance anglaise, et disposé à lui faire bien des concessions. Mais pourquoi s'en étonner? le temps, les circonstances^ Texereice du pouvoir modifient singulièrement lappréciatiuu des cliuses. Un instant, dans une com-
binaison ministérielle MoléDufaure, il fut question de conlier à M. Billault le portefeuille de la justice; la combinaison avorta et lui» froissé, mécontent des chefs du tierb parti, il voulut les coni battre et se placer à la tète d'une fraction nouvelle de Topposition^ ambitieux projet qui n^aboutit pas. Dans les dernières années de la monarchie de 1 830, on vit M. Billault appuyer la politique de M. Guizot en ce qui touchait les luaririges espagnols. Puis, lorsque la surprise du 24 février vint renverser le roi Louîs-Pbilippe et imposer la République à la France qui n en voulait pas, M. Billault envoyé à l'Assemblée constituante, n'bésita pas un instant à soutenir certaines théories socialistes et à se faire Tavocat du droit au travail. Enfin ^ ce ne fut pas sans une vive satisfaction, qu*îl vit venir le régime nouveau inauguré par le coup d'Etat du 2 déccnibre et, appelé comme nous Favons vu à présider le Corps législatif, il parvint en 1854 au ministère de rintérieur où il remplaça M. de Persigny, atteignant ainsi tardivement le but qu'il avait visé toute sa vie. M. Billault ne possédait pas alors un talent de parole exceptionnel, et, durant sa carrière po« litique antérieure, on n'avait pu remarquer chez lui qu*une élocution claire, facile^ méthodique. Ce ne fut que bien plus tard, lors de la création des ministres sans portefeuille chargés de seconder le Conseil d'État dans la défense des projets de loi de-
vant le Corps législatif, c6 n6 fîit cpie dana ka daux
dernières années de sa vie, que M. Biliault atteignit presque dans ses discours les proportions de rfaomnie d'État. Jusque-là, Tavocat avait toujours dominé, et nous nous souvenons d'avoir entendu un des principaux ministres de la monarchie de 1 830 dire en parlant de la première maiiière de M. Biliault : « C'est du bon Mauguin et rien de plus. » Cela pouvait être vrai alors; mais pendant les dernières années de sa vie, la parole et l'attilude politique de M. Biliault prirent une ampleur à laquelle on n'était pas habitué. Ce fut comme le chant du cygne. Ët lorsqu'il fut emporté par une mort prématurée, que ces derniers efforts, que ces récentes tentions de l'esprit avaient peut-être aidée dans son oeuvre et hâtée dans sa funèbre course, il ajTiva que Topiiiiuii oQicielle, sous 1 empire des regrets que causait au gouvernement la perte d'un homme devenu très-utile, put aisément et sans doute de bonne foi suilaire la réputation du personnage historique, que labsence presque complète de véritables hommes d État, caractère si particulier du second Ëmpire> était d'ailleurs de nature à grandir singulièrement dans le vide quasi absolu qui régnait autour de lui. Mais même dans ces derniers temps de sa vie où sa personnalité avait acquis le plus d ioiporlanee, M. Biliault, avec la finesse qui le caractérisait ^ eût pu s'appliquer
ce mot de Rivarol : « Si je suis modeste quand je me considère^ je deviens fier quand je me compare, f
La modification ministérielle qui avait donné à
iM. Bilkuilt h portefeuille de l'Intérieur s'était comme nous venonsde le dire produite au mois de mars 1 854. Deux autres eurent lieu dans le courant de la session de 1855; car il est à noter en passant, que les changements de ministres, véritable plaie de la monarchie parlementaire, ont été tout aussi fréquents sous le second Empire et sans que les mêmes causes puissent leur être assignées. La première de ces modifications mit à la place de M. Bineau, ministre des finances, M. Magne, mi* nistre du commerce et des travaux publics. M. Bineau était un homme spécial, qui né en 1805, et sorti de TÉcole polytechnique pour entrer au corps des mines, où il était devenu ingénieur en chef, avait été envoyé en 1841 à la Chambre des députés par le départentenl de Maine-et-Loire. Il avait siégé jusqu en 1848, puis avait été réélu à la Constituante et à la Législative où il avait toujours fait partie du comitfi des finances. Nonnné en 1849 ministre des Travaux publics par le Président de la république, c'était M. Magne qui par une assez singulière coïncidence^ l avait remplacé dans ce poste en 1852, de même qu'il devait encore hériter He sou porieieuilie eu 1855. M. Bineau avait attaché
1855] LIVRE CmOOIÈUB. 73
son nom à la tentative tinancière des emprunts par souscription publique, innovation qui avait réussi deux fois et qu'il avait fait prévaloir malgré la vive opposition de puissants partisans des anciens errements financiers.
M. Magne fut remplacé aux Travaux publics pai* M.Rouher, vice-président du Conseil d*Élat. Plus tard nous insisterons davantage sur ces deux importantes individualités, particulièrement sur la dernière.
La seconde des modifications ministérielles qui eurent lieu dans les premiers mois de 1855, fut provoquée par la démission de M. Drouyn de Lhu}s, que nous avons déjà mentionnée en parlant de la conférence de Vienne. M. Drouyn de Lhuys fut, comme nous Tavons dit également^ remplacé par le comte Walewski. L'opinion publique se préoccupa beaucoup de sa retraite. M. Drouyn de Lhuys dont on savait les hautes aptitudes et la capacité di|)lomatique après avoir ainsi donné sa démission de ministre, ne devait pas tarder, comme nous le verrons, à se démettre encore des fonctions de vice.président du Sénat, fonction qu'il occupait depuis la création de ce corps, et l'on considérait généralement comme regrettable pour le gouvernement, qu*un homme de cette valeur s'écartât aussi brusquement des aiiaires.
En ce moment l'intérêt et l'attention des Parisiens se reportent instinctivement^ d'ailleurs, vers
les choses de la politique et surtout de la guerre,
malgré la diversion qu'aurait pu opérer, surtout dans les classes industrielles et commerciales, Fannonce de Texposition universelle, solennité que I Empereur u avait pas manqué de mentionner en ces termes lors de louverture de la session : a La lutte qui se poursuit, circonscrite par la modération et la justice^ tout en faisant palpiter les cœurs, effraye si peu les intérêts que bientôt des diverses parties du ^lobe, se réuniront ici tous les produits de la paix. Les étrangers ne pourront manquer d'être frappés du saisissant spectacle d'un pays qui comptant sur la protection divine^ soutient avec énergie une guerre à six cents lieues de ses frontières, et qui développe avec la même ardeur ses richesses intérieures, un pays oii la guerre n'empêche pas l'agriculture et l'industrie de prospérer, les arts de fleurir et où le génie de la nation se révèle dans tout ce qui peut faire la gloire de la France. »
Les préoccupations du public n'en étaient pas
moins^ comme nous venons de le dire, acquises tout entières à la guerre de Crimée. Ët comment aurait* il pu en être autrement? A chaque instant un incident nouveau venait reporter l'attention sur ce point et raviver Tintérêt et la curiosité.
Tantôt c'était le Parlement anglais qui voulant joindre son suffrage personnel à celui de la cou-
1855] LIVRK ClN;^UlÈiMK. 75
ronne^ votait des félicitations à nos généraux et
a nus soldats, démonstration à la(|uelle le Corps législatif français répondait dans le paragraphe d*tin discours adressé par M. de Morny à TEmpereur, le priant de faire transmettre au gouvernement de la reine d'Angleterre a les témoignages de sympathie et de reconnaissance du Corps législatif pour Tarmée et la flotte anglaises, ainsi que pour leurs dignes chefs. «
Tantôt c'était le retour à Paris du prince Napoléon^ coïncidant avec le passage du duc de Camr brige. Le prince iSapoleun iiialade, avait dû renoncer aux épreuves d*un campement d'hiver devant Sébastopol. Sa figure portait les traces très-visibles des angoisses qu'il avait subies. Quant au duc de Cambridge, il ne devait séjourner que très-peu de temps à Paris et quelques jours après il répondait à la municipalité de Londres : m la guerre de Crimée est une guerre de soldats et non de généraux. Après avoir passé par toutes les souffrances et toutes les difficultés de cette campagne, je suis heureux de recueillir les témoignages de satisfaction et de sympathieque veulent bien me donner mes compatriotes. »
C'était enfin et surtout le bruit, généralement accrédité du dépait de Napoléon 111 pour la Crimée. Des indices sérieux semblaient, en effet, annoncer cet incident comme très-prochain. M. de Bé ville, premier préfet du palais, avait été envoyé à Con-
siantinople; d'autres oillciers de la maii^un de 1 Empereur s'étaient succédé sur la route d'Orient. Des chevaux avaient été achetés pour cette campagne impériale^ et une commission spéciale devait rechercher sur quel pied étaient établis les équipages militaires de Napoléon i", afin que l'on procédât d'une façon analogue. L'Impératrice elle-même devait, assurait-on, accompagner 1 Empereur jusqu a Constantinopie; sa maison venait d être augmentée de six nouvelles dames d'honneur^ et Ton allait jusqu'à désigner les deux dames qui la suivraient en Orient. Deux bâtiments étaient commandés pour la traversée ; c'était le yacht impérial la Reine Hor^ terne et le PfUégéton; entin le départ de, 1 Empereur devait coïncider avec celui d'une portion de la garde impériale comiriandce par le général Regnaud de Saint-Jean-d'Angely.
Cependant les jours s'écoulèrent et le départ n'eut pas lieu. Fixé^ disait-on, à la date du 26 février, puis à celle du 5 mars il ne devait jamais se réaliser, et l'intérêt qui s'était porté sur le voyage projeté de Napoléon JIl fut soudainement déplacé par une foudroyante nouvelle
L'empereur Nicolas venait de mourir presque subitement à Saint-Pétersbourg.
NICOLAS l^'^