‹ Histoire de mon tempsChapitre 178 sur 223 · LA CONVENTION DU 23 AVRIL · texte numérisé non relu

LA CONVENTION DU 23 AVRIL

sort des arsenaux, vaisseaux de guerre armés ou non armés qui s'y trouvaient renfermés. C'étaient encore trente et un vaisseaux de ligne et douze frégates dont on pouvait prévoir la perte, tout ce matériel étant dans le port d'Anvers et dans quelques autres qui allaient être évacués. De part et d'autre les prisonniers, les otages devaient être renvoyés dans leurs pays respectifs sans rançon. L'administration des départements ou villes occupées par les troupes cobelligérantes devait être remise immédiatement aux magistrats nommés par le gouvernement provisoire du Roi, qui s'engageait dès lors à pourvoir aux besoins et à la subsistance des troupes alliées jusqu'au moment où elles auraient évacué le territoire français. Toutes réquisitions militaires devaient en conséquence cesser à l'instant même.

Quant à l'évacuation du territoire, il était dit que les puissances alliées l'effectueraient à mesure que les places occupées hors des limites fixées seraient elles-mêmes évacuées par les troupes françaises. D'après ces stipulations, les conditions du traité de paix définitif n'étaient pas difficiles à prévoir. Il se trouvait en quelque sorte écrit à l'avance, puisque la cession des provinces qu'on était décidé à reprendre allait se trouver de fait opérée par l'abandon des places fortes qui en constituaient réellement la possession.

n est facile de comprendre tout ce que la lecture d'une pareille convention dut susciter de mécontentement dans l'esprit de ceux qui n'étaient déjà que trop portés à en concevoir. Voilà donc, disaient-ils, ce qu'on a gagné à rappeler la maison de Bourbon! Avec elle, les sacrifices que redoutait la France ont été décidés un peu plus vite. Ce sont toujours les propositions de Chàtillon ; cependant l'empereur Alexandre avait dit qu'on pourrait s'attendre à de sensibles adoucissements, dont on aurait l'obligation au parti qu'on prenait en faveur de cette maison. N'était-

il donc pas possible, n'aurait-il pas été juste de revenir aux propositions de Francfort, à celles qui avaient été faites lorsqu'on reconnaissait qu'il importait à l'Europe que la France restât forte et puissante? Tout ce grand semblant de générosité se réduisait donc à rien, et n'avait été mis en avant que pour faire tomber les armes des mains de nos soldats I Et pourquoi tant se presser? que gagnait-on par cette convention? La cessation des hostilités? Elles allaient cesser de fait partout dans l'intérêt des uns comme des autres. La (in des réquisitions militaires? Ne fallait-il pas, de toutes manières, nourrir les troupes étrangères? On s'était donc lié les mains à plaisir, on s'était ôté tout moyen d'obtenir un traité définitif raisonnable; il fallait qu'on eût quelques motifs secrets pour se tant hâter, puisqu'on n'avait pas même jugé à propos d'attendre l'arrivée du Roi qui ne pouvait être éloignée. Ces reproches s'adressaient à la fois à Monsieur et à M. de Talleyrand, surtout à ce dernier; on jugeait que la responsabilité devait peser sur lui, qu'il était seul en position de conduire les négociations avec l'étranger. Il faut, pour être juste, reconnaître que sa situation était difficile» qu'elle devenait de jour en jour plus délicate. Il se trouvait seul pour repousser les prétentions des cabinets étrangers. Sur ce point. Monsieur ne lui donna aucun appui. Était-ce parce que la France restait ce qu'elle était en 1792, qu'il la retrouvait telle qu'il l'avait laissée? Cette disposition d'esprit était celle de beaucoup des confidents les plus intimes du prince. Elle ne put échapper aux étrangers; hors le Czar, que sa générosité naturelle portait à moins <ibuser de ses avantages, tous étaient bien résolus à en faire leur profit. M. de Talleyrand pouvait-il obtenir des conditions moins mauvaises, accablé qu'il était de soucis et d'affaires? Entrevoyant et ressentant déjà les embarras qui lui viendraient du parti royaliste, il était pressé d'en finir.

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