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OUVERTURE DU CORPS LÉGISLATIF. 4S

brillant. Il se présentait avec tout l'intérêt qu'inspire un beau succès remporté dans une entreprise audacieuse. Il venait de parcourir une grande partie du Midi, avait visité les armées du maréchal Soult et du maréchal Suchet. Partout il s'était fait remarquer par la rectitude de son esprit et cette modération de caractère qui lui a fait prononcer depuis, au milieu des passions les plus animées, ces mots célèbres : Union et oubli. Le Roi fut accueilli avec transport; son air vénérable, sa noble figure, son organe sonore et agréable, bien qu'un peu aigu, ses infirmités mêmes, qu'il savait porter avec dignité, lui concilièrent tous les esprits. Son discours, qu'on disait son ouvrage, eut un véritable succès. Il y rappelait heureusement et d'une manière fort touchante le testament de Louis XVI (1).

Le discours du chancelier fut entendu moins favorablement; on y remarqua l'emploi de quelques vieux mots dont l'usage ne se pouvait expliquer; que signifiait, en parlant de la Charte, cette expression : ordonnance de réfor-mation?

Enfin vint la lecture, qui fut faite par M. Ferrand, de la Charte elle-même. Le préambule était habile, on ne pouvait mieux indiquer comment une Charte constitutionnelle, que la sagesse d'un Roi accorde librement aux vœux de ses peuples, présente plus de chances de durée qu'en peuvent oflFrir les concessions arrachées par la violence à la faiblesse. Les dispositions de la Charte sont trop connues pour qu'il soit utile de les énumérer; je remarque seulement que si la Chambre des pairs ne fut pas dès lors instituée héréditairement, le principe de cette hérédité fut posé, le Roi s'étant réservé de nommer les pairs à vie ou

(i) M. Beugnot s'est souvent accusé au sujet de ce discours d'avoir commis une des plus grandes gaucheries qu'un courtisan puisse faire. Dans le conseil où le Roi en donna la première lecture, il fit remarquer une faute de français et soutint qu'elle était réelle, malgré une défense très vive de Sa Majesté. La faute fut corrigée, mais M. Beugnot prétend qu'elle est toujours restée & son compte.

de les rendre héréditaires suivant sa volonté. Il est évident qu'on n'avait pas voulu prendre l'engagement de rendre la pairie héréditaire dans les familles de quelques sénateurs auxquels on ne pouvait se dispenser de l'accorder individuellement. La liste des pairs, au nombre de cent cinquante-quatre, que le Roi avait signée le matin, avait écarté plusieurs sénateurs, surtout ceux qui avaient voté la mort du Roi.

Ainsi fut définitivement accomplie la Restauration. Le gouvernement royal .ne fut organisé qu'à partir du jour où il fut enfin délivré des difficultés que lui imposait la présence des princes étrangers. Désormais, il va marcher de ses propres forces, ses succès comme ses revers ne pourront être imputés qu'à lui seul.

Il n'est pas d'époque dans ma vie où je me sois senti plus heureux qu'à celle où me voici parvenu; je sentais par-dessus tout l'extrême jouissance d'être sorti sans encombre d'une situation difficile, périlleuse même. J'étais placé dans le poste qui me convenait le mieux. Chargé d'une des plus intéressantes parties de l'administration publique, je me trouvais à la tête d'un corps distingué par ses talents, par ses lumières et qui m'accueillait avec joie. Les ingénieurs avaient craint qu'on leur donnât pour chef quelque personnage étranger à l'administration, peu dis posé à reconnaître les anciens services. Ils étaient sûrs de rencontrer en moi un défenseur zélé de leurs droits; je pouvais leur être utile. J'étais traité par tous les ministres, surtout par celui dont je dépendais, l'abbé de Montesquiou, avec des égards très marqués. Tout ce que j'avais fait m'avait été inspiré par mon dévouement au pays, sans nulle pensée d'intérêt personnel, sans nul désir de satisfaire mon ambition. Aucune récompense extraordinaire ne m'avait été accordée; j'occupais une place égale en rang à celle qui m'appartenait sous le gouvernement impérial, mais d'une moindre importance politique.

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