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DÉFECTION DE MURAT

qui lui rendit encore ce grand service, le reste de Tarmée n'était plus qu'une masse marchant sans ordre et incapable d'exécuter aucun mouvement vigoureux.

Déjà la maladie qui gagne si facilement les soldats vaincus et découragés causait les plus grands ravages. Enfin, ce n'était pas assez de la défection de ses alliés, il fallait encore qu'elle éclatât au sein de sa famille. Le roi de Naples l'aban donna dès les premiers jours de la retraite , et cet abandon fut accompagné apparemment de circonstances bien graves, car le ministre de la police reçut, par un courrier expédié en toute hâte, l'ordre, si le roi Murât se présentait aux portes de Paris , de le faire arrêter et de l'enfermer à Vincennes; c'est un fait dont je ne puis douter, car je le tiens du duc de Rovigo, qui m'enjoignit de mettre tous les agents de la police aux aguets, et de le faire avertir à la première nouvelle qui me serait donnée de l'apparition du fugitif.

Murât évita ce danger en ne mettant le pied sur aucune partie du territoire français. Arrivé sur les bords du Rhin, il suivit la rive droite de ce fleuve, et rentra en Italie pai' la Suisse.

L'Empereur, après avoir passé à Mayence trois ou quatre jours qu'il employa à donner les ordres les plus urgents, arriva à Saint-Cloud le 9 novembre. Voici quelle était alors sa position. Il avait à peine ramené avec lui cinquante à soixante mille hommes, et cependant, à la reprise des hostilités, après la rupture des négociations de Prague, il en comptent encore sous ses drapeaux, depuis l'embouchure de l'Elbe jusqu'aux confins de la Bohôme et de la Silésie, trois cent soixante-dix mille environ, sans parler de quatrevingt mille au moins employés à la défense des places fortes, depuis Dantzig jusqu'à Magdebourg. Il en avait donc perdu près de quatre cent mille , car on pouvait regarder comme bien réellement perdus tous ceux qui étaient restés prisonniers à la suite des batailles , et ceux qui se trouvaient enfermés dans des places sans espoir d'être débloqués. T. n. 7

Du côté de l'Espagne, le général anglais, après beaucoup d'hésitation dans ses mouvements, et malgré la lenteur de ses opérations, était parvenu cependant à triompher des efforts du maréchal Soult qui avait vainement tenté de repasser les Pyrénées , de venir au secours de Pampelune ot de Saint-Sébastien. Ces deux places étaient tombées, et l'armée anglaise avait passé la Bidassoa dans les premiers jours d'octobre. Ainsi le territoire français était envahi de ce côté, et dès le commencement de novembre, Soult, forcé dans une position qu'il avait inutilement tenté de défendre, s'était vu contraint d'opérer sa retraite sur Bayonne.

En Italie, le prince Eugène, n'ayant pu réunir au delà do quarante-cinq mille hommes, était hors d'état de résister aux forces autrichiennes que la défection de la Bavière avait permis de grossir considérablement. Il lui avait donc fallu abandonner l'Illyrie , dont l'Empereur n'avait pas su se détacher à propos, et reculer jusqu'à la ligne de l'Adige, où il courait encore le risque d'être tourné par le Tyrol. Ainsi, l'Italie allait être ouverte aux Autrichiens, dont les progrès n'auraient pu être arrêtés que par la réunion des troupes napolitaines à celles du royaume d'Italie. Mais n'était-il pas évident, avec les dispositions connues du roi de Naples, qu'on ne pouvait pas compter sur cette jonction?

Pour faire face à de tels dangers, quelles étaient les ressources de Napoléon? Il lui fallait faire marcher jusqu'au dernier homme capable de soutenir le poids d'un fusil. Le 25 octobre, au milieu de sa retraite, l'Empereur avait, par un décret daté de Gotha, convoqué le Corps législatif pour le 2 décembre. Il était difficile qu'il s'en passât pour autoriser la perception des nouveaux impôts devenus nécessaires. A peine arrivé à Saint-Cloud, il fît appeler tous ses ministres et les consulta sur les projets que le Conseil d'État eut à discuter le lendemain.

J'ai assisté à cette séance et elle est restée profondément gravée dans ma mémoire. Avant d'entrer en conseil, nous

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