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RÉCEPTION DU CORPS LÉGISLATIF

qui leur avait été accordée par des séDatus-consultes. L'omnipotence du sénatus-consulte était devenue ainsi le premier élément du gouvernement impérial, et, en sa présence, toutes les objections étaient réduites au silence. L'absolu pouvoir n'a peut-être jamais imaginé une forme plus expéditive que celle-là; si l'usage en était commode, le danger n'en était que plus grand.

L'ordonnance qui achevait de séparer si complètement l'Empereur de la nation, dont le concours et la conGance ne lui avaient jamais été si nécessaires, fut insérée dans le Moniteur, le 1" janvier 1814. Le Sénat et le Corps législatif vinrent, suiveint l'usage, présenter leurs félicitations. Napoléon profita de cette occasion pour adresser aux membres du Corps législatif ces phrases si souvent citées : « Qu'est-ce que c'est que le trône? Quatre morceaux de a bois couverts de velours. » Puis, cette expression assez touchante de ses profonds chagrins : « J'avais besoin de a consolations, et vous avez voulu me déshonorer. J'atten- « dais que vous vous seriez réunis d'intention et d'efforts « pour chasser l'étranger. Vous l'avez appelé! Oui, j'aurais c perdu deux batailles que cela n'aurait pas fait plus de c mal à la France. » Ce mal, il l'augmentait lui-môme par la publicité qu'il donnait, dans sa colère, au rapport dont il avait voulu que la connaissance fût dérobée au public.

Dans la journée, le ministre de la police envoya chercher M. Laine et les autres membres de la commission, auxquels il signifia assez brutalement l'ordre de quitter Paris sans délai. M. Laine lui répondit avec une dignité dont il ne put s'empêcher d'être frappé, car il m'en parla le lendemain. Bientôt, au reste, la présence de cet homme important à Bordeaux fut beaucoup plus nuisible à la cause de Napoléon qu'elle n'aurait pu l'être à Paris.

La perception des impôts fut autorisée par décret. On était tellement habitué à obéir, qu'aucune plainte ne se fit

entendre. Des commissaires extraordinaires, tous choisis parmi les sénateurs ou les conseillers d'Ëtat, furent envoyés en province. Leurs pouvoirs étaient immenses : ils étaient chargés d'accélérer la levée des conscriptions, l'habillement, l'équipement, l'armement des troupes, l'approvisionnement des places, la rentrée des chevaux requis pour le service de l'armée^ la levée et l'organisation des gardes nationales.

Dans les pays que l'ennemi menacerait, il leur était enjoint d'ordonner des levées en masse. Ils étaient encore autorisés à ordonner toutes les mesures de haute police qu'exigeraient les circonstances et le maintien de l'ordre public, ce qui emportait le droit d'arrestation le plus étendu, et, par une conséquence naturelle, de former des commissions militaires, et de traduire devant elles ou devant les cours spéciales toute personne prévenue de favoriser l'ennemi, d'être d'intelligence avec lui, ou d'attenter à la tranquillité publique. Ces commissaires extraordinaires furent heureusement bien choisis, et il faut se hâter de dire qu'il n'en est aucun qui se soit mis dans le cas d'encourir un reproche grave sur l'usage qu'il a fait de ces pouvoirs si exorbitants. Ils ne peuvent être comparés, en effet, qu'à ceux dont la Convention avait investi ses fameux proconsuls; mais le temps, ainsi que les hommes, étaient heureusement bien changés!

Le 3 janvier, j'étais resté après l'audience du lever, ayant à parler à l'Empereur d'une affaire importante pour la ville de Paris. « Eh bien, monsieur le préfet », me dit-il, en commençant la conversation, « que dit-on dans cette « ville? Sait-on que les armées ennemies ont décidément « passé le Rhin? — Oui, Sire, on l'a su hier dans l'après- « dîner. — Quelle force leur suppose-t-on? — On parle de « deux cent mille hommes. — On en est loin de compte; « ils sont de trois à quatre cent mille, et ils ont passé « depuis Cologne jusqu'à Bàle sur sept ou huit points

LA GARDE NATIONALE DE PARIS. iU

« différents. Les Suisses ont laissé violer leur territoire (1). « A quelle résolution s'attend-on de ma part? — On ne « doute pas que Votre Majesté ne parte incessamment pour a se mettre à la tète de ses troupes, et ne marche à la ren- « contre de l'ennemi. — Mes troupes I mes troupes t Est-ce « qu'on croit que j'ai encore une armée? La presque « totalité de ce que j'avais ramené d'Allemagne n'a-t-elle a pas péri de cette affreuse maladie qui est venue mettre le a comble à mes désastres? Une armée! Je serai bien heu- « reux» si, dans trois semaines d'ici , je parviens à réunir « trente ou quarante mille hommes. »

Puis, après un assez long silence : « Eh bien I que me voulez-vous? » Alors je lui exposai que son dernier décret sur la garde nationale n'avait pas fait mention de la ville de Paris, et que cependant je croyais indispensable de prendre sous ce rapport un parti. Paris allait vraisemblablement se trouver dégarni du peu de troupes qui en composaient ordinairement la garnison, et, dans des circonstances qui pouvaient devenir si critiques, je ne voyais pas comment il serait possible de se passer d'une force capable

(i) Ce passage au travers du territoire helvétique n'avait éprouvé, en effet, de la part des Suisses aucune résistance. Il avait été précédé et fut suivi de négociations qui ont amené la nouvelle organisation fédéralive de la Suisse, telle qu'elle existe aujourd'hui. Ce fut la première grande affaire dont fut chargé M. de Gapo d'Istria. Son existence au quartier russe avait été jusqu'alors peu remarquée. Voici comment il y était arrivé : Se trouvant l'un des chefs de la république des Sept- Iles, lorsqu'elle existait sous la protection russe, et ces îles ayant passé parle traité de Tilsit sous la domination française, il n'avait pas hésité à se donner entièrement au service de la Russie, avait été admis dans la diplomatie de cette puissance, et, suivant ce qui s'y pratique ordinairement, avait été attaché à un quartier général. Le premier où il se trouva employé, fut celui de l'armée qui faisait la guerre aux Turcs. Il suivit persévéramment cette carrière, et elle l'avait conduit jusqu'au quartier général de Francfort. Lorsque l'empereur Alexandre eut besoin d'un homme intelligent pour conduire les affaires de la coalition en Suisse, son choix tomba sur M. de Capo d'Istria, et le succès qu'il eut dans cette mission lui fraya bientôt la route vers le poste éminent qu'il a occupé depuis, d'une manière fort brillante, dans le cabinet du souverain auquel il s'était attaché.

de maintenir la tranquillité, au milieu d'une population qui pourrait être exposée à beaucoup de misères, et serait, par conséquent, difficile à contenir. Le moindre trouble dans sa capitale pendant qu'il serait aux prises avec l'ennemi, ne pourrait-il pas lui causer les plus cruels embarras, et ne fallait-il pas se mettre en mesure de parer à ce danger? Une prompte organisation de la garde nationale me paraissait donc indispensable.

« Fort bien, me dit-il; mais votre garde nationale doit o s'élever de vingt à quarante mille hommes, et qui me « répondra de l'esprit dont elle peut être animée? Si cet « esprit est mauvais, me trouverais-je bien d'avoir laissé « s'organiser derrière moi une pareille force? Et puis, avec « quoi l'armera-t-on? J'ai besoin de mes fusils pour les « conscrits qui vont m'arriver 1 » Je lui répondis qu'un bon choix d'officiers pouvait mettre à l'abri du péril qu'il venait de signaler et que je craignais peu, parce que, très certainement, la principale occupation des bourgeois serait de garantir leurs propriétés en maintenant la tranquillité. Quant aux fusils, il suffirait peut-être d'en accorder la quantité nécessaire pour armer chaque jour ceux qui relèveraient les postes. J'avais traité ces questions dans un rapport que je lui laissai et que je le priai de lire.

Ma démarche avait été concertée avec les ministres de la police et de l'intérieur, qui appuyèrent ma proposition et firent si bien que, dès le 8, on vit paraître un décret par lequel la garde nationale de Paris était mise en activité. L'Empereur s'en déclarait commandant en chef et se réservait de nommer tous les officiers, sur la présentation du ministre de l'intérieur. Ce décret contenait en outre tous les détails de l'organisation. Le maréchal Moncey était nommé major général, commandant en second. Les aidesmajors furent le général de division Hulin, le comte Bertrand, grand maréchal, le comte de Montesquieu, grand chambellan, le comte de Montmorency. Les chefs de légion

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