SAISIE DU RAPPORT DU CORPS LÉGISLATIF
c prise au-dessus des forces du momeat ; s'en passer est 4f tout aussi impossible. Il faut donc, bon gré, mal gré, en « venir à l'avis de M. Pasquier, et il faut avoir le courage fc de le dire. »
Cette allocution si naïvement révolutionnaire, mais si raisonnablement terminée , fit une vive impression sur le duc de Rovigo. « Je vois bien », dit-il après quelques phrases fort embarrassées, a qu'il n'y a pas d'autre parti à prendre» « mais le conseil n'est pas aussi commode à donner que « vous avez l'air de le supposer. Messieurs. »
Il paraît que dans une conversation de l'après-diner ^ il avait déjà eu l'occasion de reconnaître que les dispositions de l'Empereur s'accordaient peu avec la manière de voir qui avait prévalu au milieu de nous. Cependant, après un moment de réflexion, il se résolut à tenter l'aventure. Seulement il fit promettre à M. Real et à moi de nous trouver le lendemain matin de bonne heure au château, a J'entrerai », nous dit-il, « avant le lever; je lui exposerai « vos raisons que j'adopte, et, si je le trouve trop récalci- « trant, je lui demanderai de vous entendre. » Nous fûmes exacts au rendez-vous. Il entra en effet, avant tout le monde, mais au bout de quelques minutes, nous le. vîmes ressortir avec l'air fort ému. « Venez avec moi », me dit-il. Je montai dans sa voiture, et, chemin faisant, il me raconta qu'il avait laissé l'Empereur irrévocablement décidé à congédier le Corps législatif, attendu l'impossibilité d'en tirer aucun service qui fût capable de contre-balancerle mal que produirait la publication d'un tel rapport.
Il fallait donc, avant tout, s'assurer que cette publication n'aurait pas lieu , et je devais sur-le-champ envoyer saisir et enlever toute l'édition chez l'imprimeur, en ayant soin de lui signifier que , si un seul exemplaire s'en échappait, il en serait responsable. « Fort bien, répoiidis-jc, mais pour a ceci il me faut un ordre écrit et signé. Souvenez-vous do a ce que M. Real vous a dit hier, du danger de se heurter
a contre les assemblées délibérantes. Je ne ferai donc rien a qui ne puisse se justifier très régulièrement, et j'entends a mettre ma responsabilité à couvert. — Eh bien, vous « aurez Tordre dan& un quart d'heure. » Je le reçus en effet, et il fut exécuté.
Dans la matinée, l'Empereur tint un conseil de ministres où fut décidé l'ajournement du Corps législatif. Cette décision, loin d'être unanime, ainsi qu'on s'est plu à le dire, avait été fort combattue; mais l'Empereur avait pris sa résolution à l'avance, et la délibération n'était qu'une affaire de forme. On a prétendu sans raison que M. Mole avait parlé avec beaucoup de chaleur en approuvant la mesure, qu'il avait été jusqu'à proposer d'arrêter le rapporteur de la commission, M. Laine, et de le traduire en justice. Cette accusation a pesé sur lui pendant longtemps; elle était inspirée par l'envie qu'avait soulevée sa trop rapide élévation, mais j'ai la certitude qu'elle est de toute fausseté. Le duc de Rovigo me donna le soir môme les détails de la séance, et, dans le compte qu'il m'en rendit, compte dont la véracité ne pouvait être douteuse, M. Mole avait été un des principaux opposants, et ni lui ni personne n'avait fait de propositions concernant M. Laine.
Le lendemain matin, on vit paraître une ordonnance qui prononçait l'ajournement du Corps législatif, fondée sur ce que la troisième série allait se trouver sans pouvoirs. Afin de sauver un peu les apparences, la môme ordonnance statua que le ministre de l'intérieur proposerait sans délai les mesures nécessaires pour la réunion des collèges électoraux des trois séries qui devaient renouveler leurs listes.
C'était ime situation bien étrange que celle de ce Corps législatif qui, aux termes de la loi fondamentale, devait être renouvelé chaque année par cinquièmes, et dans lequel deux cinquièmes avaient continué de siéger, bien que leur temps fût expiré, et grâce à une prolongation de pouvoirs