LE DUC DE VIGENCE A LUNÉVILLE
des mouvements opérés par les armées coalisées, malgré le passage du Rhin effectué sur tant de points différents, et qui dénotait les intentions d'envahissement les moins douteuses, malgré le silence qui était gardé avec lui depuis la lettre du 10 décembre, écrite par le prince de Metternich, il se décida, dis-je, dans les derniers jours de janvier, à faire partir pour Lunéville M. le duc de Vicence.
Aussitôt arrivé dans cette ville, le duc écrivit, le 6 janvier, à M. de Metternich, ime lettre dans laquelle il se plaignait de tant de retards qui semblaient inexplicables; il ajoutait que l'Empereur son maître, dans l'intention de donner la plus forte preuve de la sincérité de ses vœux pour le rétablissement de la paix générale, l'avait envoyé lui, son ministre des relations extérieures, muni de pleins pouvoirs, et qu'il se hâtait d'en prévenir le prince, attendant aux avant-postes français les passeports nécessaires pour se rendre au quartier général des souverains.
M. de Metternich, que cette lettre trouva à Fribourg, répondit, le 8, que les retards dont se plaignait M. le duc de Vicence tenaient à la nécessité de communiquer à tous les alliés la réponse du 2 décembre; que, sur cette communication, la cour de Londres venait de faire partir pour le continent le secrétaire d'État ministre des affaires étrangères; que l'empereur de Russie se trouvant momentanément éloigné, et lord Gastlereagh étant attendu d'un moment à l'autre. Leurs Majestés l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse le chargeaient de prévenir Son Excellence qu'elle recevrait le plus tôt possible une réponse à sa proposition de venir au quartier général des souverains alliés. Là se termina encore une fois la correspondance diplomatique. Elle ne reprit que pour amener les conférences de Châtillon, qui ne commencèrent que le 5 février.
Dans cet intervalle le duc de San-Carlos avait porté à Madrid le traité conclu à Valençay. La régence s'était refusée, sans nulle hésitation, à le ratifier, se fondant d'abord
sur un décret rendu par les Certes, portant qu'il n'y aurait avec la France ni négociation, ni traité, ni trêve, tant que le roi ne jouirait pas d'une liberté entière; et ensuite sur les engagements contractés avec l'Angleterre, par un traité conclu dès le mois de janvier 1809 et renfermant pour l'Espagne l'engagement de ne signer aucun traité avec la France sans le consentement de l'Angleterre. De ce côté tout était donc rompu, et l'Empereur éprouvait, à son tour, les dédains et les refus qu'il avait si souvent fait endurer aux autres.
Vers le milieu de janvier, il renvoya à Fontainebleau M. l'évêque de Plaisance, avec un nouveau projet de traité, dans lequel il restituait au Saint-Père la totalité de ses États, sans exiger de lui aucune rétrocession. Le Pape refusa cependant de l'accepter. Il donna pour motif de ce refus que la restitution de son territoire était un acte de justice et ne pouvait devenir la matière d'un traité; que d'ailleurs tout ce qu'il ferait loin de ses États paraîtrait l'effet de la violence et serait un scandale pour le monde chrétien. Il ajouta que tout ce qu'il demandait était de retourner à Rome le plus tôt possible, qu'il n'avait besoin de rien, que la Providence le conduirait.
Enfin, pour comble d'amertume, l'Empereur apprit qu'un armistice avait été conclu entre les Autrichiens, les Anglais et le roi de Naples Murât. Bientôt un traité de paix et même d'alliance intervint entre ce souverain et l'Autriche, qui, pour prix de son accession à la ligue contre son beau-frère, contre celui qui l'avait placé sur le trône, n'hésita pas à lui garantir, ainsi qu'à ses héritiers et à ses successeurs, la jouissance libre et paisible, à titre de souveraineté, de tout ce qu'il possédait en Italie. Lui s'obligea à concourir de tous ses moyens à la poursuite de la présente guerre, dans le but de rétablir l'équilibre entre les puissances et d'assurer un véritable état de paix en Europe, et particulièrement en Italie. Son contingent dans la ligue fut fixé à trente