DÉFECTION DE MURAT
mille hommes, l' Autriche s'engageaot à en tenir cent cinquante mille sous les armes, dont soixante mille en Italie (i). Que la défection de Murât soit allée jusqu'à tourner ses armes contre Fauteur de sa fortune, contre celui de qui lui venaient toutes ses grandeurs, voilà ce qu'on ne devait pas supposer. Encore moins devait-on croire qu'il y serait poussé par sa femme.
Chez tous les membres de cette étrange famille des Bonaparte, l'ambition a constamment dominé tous les sentiments, toutes les affections. Il aurait au moins fallu qu'elle ne les aveuglât pas aussi complètement sur leur propre situation. Il était insensé de croire qu'un établissement aussi fragile, à l'extrémité de l'Italie, serait en état de se maintenir en face de la Sicile appartenant encore à l'ancienne dynastie, quand la puissante main qui l'avait fondé ne serait plus là pour le maintenir.
Il est probable que l'exemple de Bernadotte, roi de Suède, a puissamment contribué à la détermination de Murât; mais il y avait entre eux cette grande différence, que le premier avait été appelé au trône par le choix libre des Suédois, et que le second avait été imposé aux Napolitains. Ënfln on doit supposer que ni Murât ni sa femme n'ont prévu la chute complète de leur frère. Ils savaient les propositions de Francfort, et ils ont pu croire que le parti qu'ils prenaient aurait seulement pour conséquence de le forcer à accepter ces propositions, à se contenter d'être Empereur des Français, avec le Rhin, les Alpes et les Pyrénées pour limites de son empire. Quoi qu'il en puisse être, l'histoire dira qu'ils ont, plus que personne, contribué, dans ce dernier moment, à la ruine entière de Napoléon.
(1) Ce traité fut modiflé depuis, dans plusieurs de ses conditions que les Anglais trouvèrent trop favorables à Murât, et ils ne consentirent à y accéder qu'au moyen de cette modification qui restreignait beaucoup les vues ambitieuses qu'il avait évidemment conçues pour Tagrandissement de son royaume, dans lequel il comptait faire entrer la plus grande partie des États du Pape.
Si Murat, en effet, eût amené ses forces au secours de celles que commandait le prince Eugène, dans la haute Italie, non seulement il n'était pas impossible qu'ainsi réunis, ils parvinssent à la défendre, mais ils pouvaient même arriver à menacer encore une fois les États héréditaires de l'Autriche ; le chemin en était bien connu dans cette direction. Au lieu de cela les troupes napolitaines, au nombre de trente mille hommes, qui marchaient depuis le commencement de décembre dans la direction de Florence et d'Ancône, se tournèrent tout d'un coup contre ceux que jusqu'alors elles avaient eu l'air de vouloir secourir. Un des principaux généraux qui les conduisaient s'empara d'Ancône, et força la garnison française à se renfermer dans la citadelle; un autre prit possession, au nom de son maître, d'une partie des États romains, et obligea le général français à se réfugier dans le château Saint-Ange ; un troisième s'empara de Florence, et les troupes françaises qui occupaient la Toscane n'eurent d'autre ressource que de se jeter dans Livoume. A la fin du mois de janvier, l'avant-garde napolitaine était arrivée sur les bords du Pô, d'où elle appelait hautement les peuples d'Italie à a abana donner leur oppresseur pour se joindre au roi de Naples « et à ses alliés ».
Il était évident que le prince Eugène, ayant devant lui soixante mille Autrichiens, et menacé d'une diversion aussi puissante sur ses derrières, n'avait plus moyen de tenir sur aucune des lignes militaires qui jusqu'alors avaient couvert le royaume d'Italie du côté de l'Allemagne. Il dut donc commencer son mouvement de retraite, dans lequel il eut encore l'honneur de livrer quelques beaux combats. Du moment où cette nouvelle coalition fut connue, il fut certain que l'Italie était perdue.
Napoléon, attaqué ainsi du côté où il avait dû le moins s'y attendre, et repoussé dans toutes ses tentatives pacifiques, ne devait plus attendre son salut que des combats