H. DE VIGEKGE A CARTE BLANCHE
« Monsieur le duc de Vicence, je me rends à Troyes, j'y d serai demain. J'ai donné Tordre à M. de La Besnardière « de vous rejoindre.
« Les troupes ennemies se comportent partout horrible- « ment. Tous les habitants se réfugient dans les bois. On « ne trouve plus de paysans dans les villages. L'ennemi a mange tout, prend tous les chevaux, tous les bestiaux, a tous les effets d'habillement, toutes les guenilles des a paysans. Ils battent tout le monde, hommes et femmes, « et commettent un grand nombre de viols. Ce tableau que a je viens de voir par mes yeux doit facilement vous faire a comprendre combien je désire promptement tirer mes « peuples de cet état de misère et de souffrance, qui est « véritablement horrible. Cela doit aussi donner fort àpen- « ser aux ennemis, car le Français n'est pas patient. Il est « naturellement brave, et je m'attends aies voir s'organiser « d'eux-mêmes en bandes. Vous devez faire un tableau « très énergique de ces excès. Des bourgs de deux mille « âmes, comme Brienne, n'ont plus personne.
a Sur ce, etc.
€ Piney, le 2 féyrier 1814. »
Cinq jours après cette lettre, Napoléon envoya à son plénipotentiaire des pouvoirs illimités, que M. de Bassano joignit à une lettre dans laquelle se trouvaient ces mots : « Sa Majesté me charge de vous faire connaître en propres « termes qu'EUe vous donne carte blanche pour conduire « les négociations à une heureuse fin, sauver la capitale, et « éviter une bataille; c'est le dernier espoir de la nation. » Napoléon se flattait toujours que les ouvertures de Francfort serviraient de base aux négociations; c'était une illusion à laquelle il lui fallut bientôt renoncer. Les alliés sentaient trop à quel point les avantages de leur position s'étaient accrus depuis trois mois, et leurs prétentions ne
iU MÉMOIRES BU CHANCELIER PÂ8QUIER.
pouvaient se renfermer dans des termes aussi modérés. Dans la première conférence, leurs plénipotentiaires eurent soin de déclarer qu'ils étaient chargés de stipuler non seulement pour les cours qui les avaient envoyés, mais aussi pour toutes les puissances de l'Europe, engagées avec elles dans la présente guerre. Ils mirent en avant une déclaration de la Grande-Bretagne, ayant pour but d'écarter toute discussion sur le code maritime, du moment où elle s'engagerait dans un sens contraire aux usages observés jusqu'alors. Us annoncèrent même qu'ils regarderaient toute insistance de la France sur ce sujet comme contraire à l'objet de la réunion, et comme tendant à empêcher le rétablissement de la paix.
Le duc de Vicence fit une réponse conçue en des termes qui permirent de la prendre pour une acceptation. Tout, dans cette première séance, semblait donc annoncer l'intention de marcher vite et d'arriver à une conclusion. Lorsque le plénipotentiaire russe, M. de Razoumovsky, fit connaître qu'il n'avait pas encore l'expédition signée de ses instructions, M. le duc de Vicence proposa de passer outre; mais les autres plénipotentiaires, ayant fait observer que les instructions de M. de Razoumovsky arriveraient probablement dans le jour, la conférence fut ajournée au lendemain. Il y avait déjà dans cet incident quelque chose de très significatif, et on pouvait le regarder comme un symptôme peu favorable des intentions de la Russie.
La seconde conférence eut lieu le 7. Dans celle-là, les plénipotentiaires alliés articulèrent la demande positive que a la France consentit à rentrer dans les limites qu'elle avait « avant la Révolution, sauf des arrangements d'une conve- « nance réciproque sur des portions de territoire au delà a des limites de part et d'autre, sauf des restitutions que a l'Angleterre était prête à faire, pour l'intérêt général de l'Europe, contre les rétrocessions demandées. La France « devait, en conséquence, abandonner toute influence