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MOUVEMENT ROYALISTE A BORDEAUX

Âpres l'échec du maréchal Soult aux environs d'Orthez, Tarmée française, battant en retraite, avait ouvert àFarmée anglaise l'entrée des départements situés depuis Toulouse jusqu'à Bayonne, entre la Garonne et les Pyrénées. Ce fut alors que le duc d'Angouléme obtint du duc de Wellington son assistance formelle pour un projet que lui avaient suggéré les amis qu'il avait dans la ville de Bordeaux.

Le retour de M. Laine et les détails qu'il avait apportés sur le renvoi du Corps législatif avaient puissamment contribué à susciter des sentiments hostiles contre le gouver* nement impérial. Le barreau, composé d'hommes de talent, vivait dans une assez grande intimité avec le haut commerce ; il en résulta bientôt une sorte de coalition active et puissante (1).

H faut ajouter que la ville de Bordeaux, attendu son voisinage de la Vendée, était en relations fréquentes avec les royalistes de cette contrée. A leur tète était M. de La Rochejaquelein, le frère aine du glorieux chef vendéen. Dès que le comité royaliste eut connaissance des premiers succès du duc de Wellington et de sa marche vers l'Adour, il ne douta pas que, si le duc d'Angoulême se présentait, soutenu par un corps assez Sonsidérable de troupes anglaises, la ville de Bordeaux ne fût très disposée à lui ouvrir ses portes. Il paraît que déjà leurs intelligences étaient assez bien établies avec le maire, M. Lynch. Il fut dès lors résolu entre eux de faire parvenir cette assurance au prince; M. de La Rochejaquelein se chargea de la mission. La difficulté n'était pas de persuader le prince.

(1) Outre M. Laine, il faut en effet compter parmi les avocats qui ont eu une grande influence sur le mouvement bordelais à cette époque, M. Bavey, M. Martignac, plusieurs encore. Parmi les négociants, M. Gauthier, bien que fort jeune, fut un de ceux qui prirent la part la plus active ; sa coopération fut d'autant plus honorable qu'elle n'avait pas l'ambition pour mobile. Il n'a, après le succès, reçu aucune faveur. Peu de gens à Paris se doutaient de ce qu'il avait fait en 1814, lorsqu'il arriva, en 18i3, à la Chambre des députés. .

idO MÉMOIRES DU CHANCELIER PASQUIËR,

mais d'inspirer confiance au quartier général anglais, sur lequel il fut immédiatement dirigé par lui. Le premier accueil n'y fut pas très favorable pour l'envoyé royaliste ; les moins bonnes nouvelles qui arrivèrent sur les conférences de Chàtillon changèrent les dispositions du général anglais ; le maréchal Beresford, l'un des lieutenants de Wellington, reçut Tordre de se porter de Mont-de-Marsan sur Bordeaux, avec une colonne de dix à douze mille hommes, à laquelle se joindrait le duc d'Angouléme.

La colonne se mit immédiatement en marche et ne rencontra aucun obstacle. Le prince avait fait prendre les devants à M. de La Rochejaquelein, qui rentra dans Bordeaux le 10 mars, annonçant sa prochaine arrivée et assurant que, bien qu'assisté par des troupes anglaises, il prendrait possession de la ville au nom de Louis XVIII et y relèverait le drapeau blanc. Au premier moment cette nouvelle jeta quelque incertitude dans les esprits, mais l'hésitation fut bientôt dissipée; des députés partirent te soir même, avec mission de porter au prince les vœux et les hommages des habitants de Bordeaux, de certifier en même temps au maréchal Beresford qu'il y pouvait entrer comme dans une ville alliée et amie.

Le drapeau blanc fut élevé sur le clocher de la cathédrale et le duc d'Angouléme fit son entrée le 12, au milieu des cris de « Vive le Roi ! vive le duc d'Angouléme ! » Toute la jeunesse était à cheval et avait accompagné le mcdre, qui se transporta jusqu'à une certaine distance pour offrir au prince et au général anglais les clefs de la ville, en adressant toutefois à celui-ci les paroles suivantes : « Si vous « venez comme vainqueur, vous pouvez, général, vous « emparer de ces clefs, sans qu'il soit besoin que je vous les « donne; mais si vous venez comme allié de notre auguste « souverain Louis XVIII, je vous les offre. Vous serez « bientôt témoin des preuves d'amour qui se manifesteront a de toutes parts en faveur de notre Roi. »

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