‹ Histoire de mon tempsChapitre 82 sur 223 · ALEXANDRE SE RAPPROCHE DES BOURBONS · texte numérisé non relu

ALEXANDRE SE RAPPROCHE DES BOURBONS

l'Empereur lui avait écrite de Reims, en date du 17, ainsi conçue : « Monsieur le duc de Vicence, j'ai reçu vos lettres (( du 13. Je charge le duc de Bassano d'y répondre avec a détail. Je vous donne directement l'autorisation de faire a les concessions qui seraient indispensables pour maina tenir l'activité des négociations et arriver enfin à con- « nattre l'ultimatum des alliés ; bien entendu que le traité (c aurait pour résultat l'évacuation de notre territoire et le a renvoi de part et d'autre de tous les prisonniers. Cette a lettre n'est à autre fin, etc. »

Ce peu de lignes, si différentes de celles que j'ai rapportées à la date du 19 février et du 2 mars, prouve la pénible impression qu'avait produite sur son esprit le peu de succès de son expédition au delà de l'Aisne. On y voit clsdrement que les illusions causées par ses précédents succès sont à peu de chose près dissipées; mais il était trop tard.

A l'époque de la dissolution du congrès de ChâtiUon, les pensées favorables à la maison de Bourbon prirent une nouvelle consistance dans l'esprit de l'empereur Alexandre. Lord Castleieagh les partagea; ce fut sur ses avis, qu'il fît passer à M. le comte d'Artois, qu'il quitta Vesoul et s'avança jusqu'à Nancy. J'ai vu une lettre de ce prince se plaignant de la situation qui lui était faite, et demandant au général de Pozzo d'intervenir avec énergie en sa faveur. Au moment où lui parvenaient les bonnes paroles de lord Castlereagh, M. de Vitrolles apportait le récit de la rupture du Congrès et l'assurance des résolutions favorables de l'empereur Alexandre. Je tiens de lui-même que Monsieur s'attendait si peu à ces heureuses nouvelles qu'il fut, au premier instant, très difficile de les lui faire accepter. Bientôt les événements qui se passèrent à Bordeaux augmentèrent les espérances des amis de la maison de Bourbon.

A mesure que les alliés avancent, que le cercle qui

entoure Napoléon se rétrécit, que les périls augmentent, on sent que la main puissante qui avait tout changé en Europe est paralysée; Foeuvre s'écroule. Napoléon le sent mieux que personne. Voyant toutes ses tentatives pour amener le Pape à une négociation constamment repoussées, craignant d'un autre côté qu'il ne vînt à être enlevé de Fontainebleau par quelque parti ennemi, il se détermina enfin à le faire pai'tir pour l'Italie. Des voitures arrivèrent donc à Fontainebleau au moment où on s'y attendait le moins. Pie VII y fut placé avec sa suite ; on le dirigea aussitôt sur Limours, d'où il s'achemina sur Savone, puis, contrairement aux ordres donnés par l'Empereur, il prit directement la route de ses États, que les troupes françaises avaient complètement évacués. Tel fut le dénouement de cette série d'actes, tous plus tristes, plus regrettables les uns que les autres, dans lesquels Napoléon s'était donné à la fois, envers le Souverain Pontife, les torts de l'injustice et ceux de l'ingratitude.

Il en fut de même pour les princes d'Espagne. Voyant que la mission du duc de San Carlos à Madrid avait été sans résultat, que le gouvernement d'Espagne se refusait obstinément à reconnaître le traité dont la signature avait été extorquée à Ferdinand, l'Empereur pensa qu'il y aurait encore quelque avantage à laisser partir ce prince ; que son retour au milieu de ses sujets, faisant dans leur esprit une heureuse diversion, les rendrait peut-être moins ardents à poursuivre la guerre et à seconder l'invasion des Anglais dans le midi delà France. Les captifs de Valençay reçurent leurs passeports le 7 mars; ils partirent le 13; mais, en passant à Perpignan, l'oncle et le frère du roi y furent de nouveau retenus; on pensait apparemment qu'ils pourraient encore servir d'otages en cas de besoin. Le roi arriva donc seul le 22 à Figuières, première place espagnole sur la frontière.

Des événements plus graves se passaient dans le Midi.

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