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Rapport du général Nid, commandant le génie

hommes de notre infanterie de marine; le deuxième point était situé sur le versant oriental de la montagne au sud de la baie de Tranvik^ et le troisième au sud-ouest de cette même montagne. Ces deux derniers points de débarquement devaient être occupés par des troupes françaises se composant du 1 2^ bataillon de chasseurs à pied^ du 2* régiment d'infanterie légère^, des 3^^ 48^ et 51 ^ de ligne.

Toutes les troupes une fois débarquées devaient, par des mouvements indiqués et réglés d'avance, se concentrer autour de Bomarsund et investir complètement la place. Ces dispositions furent exécutées le 8 août : à trois heures du matin les troupes furent débarquées. A neuf heures elles occupaient déjà toutes les positions indiquées par le général en chef, et étant parvenues, quoique avec beaucoup de peine, à déblayer les routes des nombreux abattis de sapins dont les Russes les avaient encombrées, afin d'ouvrir un chemin praticable à l'artillerie, elles purent dans la journée compléter l'investissement de la forteresse.

Dès lors commençait l'œuvre spéciale du génie placé, comme nous l'avons dit, sous les ordres du général Niel. On décida qu'on établirait sur un emplacement, reconnu d'avance par cet officier si distingué, à cent cinquante mètres de la place, une première batterie de quatre pièces de seize et de quatre mortiers dans le but de faciliter les appro-

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ches et aussi de tâter ce granit de Finlande sur lequel on n'avait encore^, quant à sa résistance au boulet, que des données très-incertaines. Une autre batterie de pièces de trente-deux appartenant à la marine anglaise fut placée à trois cents mètres environ de Tune des tours pour la battre en brèche et essayer de l'ouvrir, opération que devaient seconder quatre pièces de trente de la marine française.

Toutes les approches ne pouvaient s'effectuer qu'à l'aide de sacs à terre et de gabions. Ce fut ainsi que dans la nuit du 12 on ouvrit la tranchée. La tour du Sud couvrait les travailleurs de son feu terrible et incessant; mais bientôt de nouvelles batteries purent être armées et alors la supériorité des assaillants sur les assiégés devint manifeste. Après une vive résistance, la tour du Sud ralentit son feu, et le 13, à cinq heures du soir, hissa un pavillon blanc. Le commandant demandait ime suspension d'armes de deux heures, afni (h; pouvoir prendre les oi'dres du gouverneur de la forteresse, le général Bodisko. Une heure seulement lui fut ficcordée; le feu recommença; à deux heures du matin les chasseurs à pied secondés par les sapeure s'élançant au pas de course, escaladèrent le revêtement et firent prisonniers trois ofticiers au nombre desquels était k commandant, qui avait reçu deux blessures, et une trentaine de soldats,

reste de la garnison qui venait d'abandonner la tour.

La prise de cette position était d'autant plus importante qu'elle dominait toutes les autres. Mais nos soldats ne durent pas y rester sous la pluie de bombes qu'envoyait la forteresse : la tour était, en effet, remplie de gargousses et de cartouches. Ils reçurent dans la nuit l'ordre de se retirer. Peu d'heures après la tour sautait en l'air.

La journée du 14 août fut employée à disposer la batterie de brèche et à préparer les dernières attaques. Le 1 5, à sept heures du matin, le feu de cette batterie commença et en même temps le général anglais Harry Jones dirigeait le sien sur la tour du Nord et plusieurs vaisseaux des deux flottes embossées devant la place envoyaient leurs projectiles creux sur Bomarsund dont les murailles de granit éclataient sous les coups d'une pièce placée à bord du Léopard monté par l'amiral Chads et dont le boulet plein ne pesait pas moins de cent vingt livres, échantillon de cette monstrueuse artillerie que les anglais affectionnent, comme on sait, et qu'ils cherchent à perfectionner tous les jours. Pendant cette journée du 15 la canonnade fut épouvantable, car la place et la tour du Nord se défendaient bien, envoyant sur les assaillants une grêle de boulets et de mitraille. Vers quatre heures la tour du Nord hissa le pavillon blanc.

Restait une troisième et dernière sentinelle avancée de Bomarsund, la tour située dans l'île de Presto et qui portait son nom. Pendant la nuit du 15 au 16, les amiraux Parseval et Napier firent occuper l'île de Presto par environ douze cents hommes d'infanterie de marine et commencer l'attaque de la tour. C'était achever l'investissement étroit de la place et enlever à ses défenseurs leur dernière chance de retraite. D'un autre côté, une seconde batterie de brèche avait été entreprise dans la nuit à une distance de trois cent quatrevingts mètres de la place, de sorte que le 16, au point du jour, les assiégés comprirent que désormais il ne leur restait plus aucune ressource ; ils épuisèrent cependant tous leurs feux sur la nouvelle batterie, mais, à midi, le gouverneur jugeant que la position était désespérée fit arborer à son tour le pavillon parlementaire et se rendit sans conditions. La garnison se composait de deux mille quatre cents hommes. Au moment où les troupes alliées pénétraient dans l'enceinte de la place un grand désordre se produisit dans les rangs des Russes dont (jnel([ues-uns voulaient faire sauter la forteresse; on les maintint toutefois et la garnison après avoir, suivant les usages de la guerre, défilé, le général Bodisko en tète, devant le front des troupes alliées fut transportée le soir même à bord de la flotte.

La prise de Bomarsund était un brillant fait de guerre à ajouter à tant d'autres, mais n'avait point et ne pouvait avoir d'importance décisive. Le général Baraguey d'Hilliers revint presque immédiatement en France. Cette expédition rapide, bien conduite, devait lui valoir le bâton de maréchal, mais il n'en parlait, d'ailleurs, qu'avec une remarquable modestie*.

Que devenait pendant ce temps notre expédition d'Orient?

Le maréchal de Saint- Arnaud avait, aussitôt après la conférence de Varna, voulu pousser jusqu'à Schumla pour y visiter le camp retranché des Turcs et il avait été accompagné par lord Raglan dans cette excursion rapide ; puis, relativement satisfait de ce qu'il avait vu, il écrivait au ministre de la guerre : « Les troupes que j'ai examinées avec le plus grand soin sont mal armées, mal habillées, mal chaussées surtout, mais leur ensemble est miUtaire; elles manœuvrent bien, avec calme. Les chevaux de la cavalerie sont petits pour la plupart, sans apparence, mais ils sont bons et ont beaucoup de fond. L'artillerie est ce qu'il y

1. Nous eûmes l'occasion de revenir d'Allemagne, à cette époque, dans le même wagon du chemin de fer, et nous fûmes très-frappé de cette extrême modestie du maréchal, qui avait voulu rentrer en France en passant par Darmstadt, pour y voir son neveu, M. de Danrémont.

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a de mieux; les attelages sont solides^ les pièces bien tenues ; les artilleurs manœuvrent aussi bien que les nôtres. J'ai été surpris par des essais faits devant moi^ de la justesse du tir. En résumé, il y a à Schumla 45 000 hommes qui se battront bien partout^ mais qui^ se sentant encadrés entre des Français et des Anglais, se montreront de braves, d'excellents soldats. »

Au moment où M. de Saint- Arnaud se disposait à retourner à Constantinople un courrier apporta de Silistrie les nouvelles les plus inquiétantes. La place, attaquée par soixante -dix mille Russes, subissait un bombardement incessant de jour et de nuit. Une partie du parapet du côté du Danube était détruite et l'on pouvait craindre d'un moment à l'autre que l'investissement de Silistrie ne fût complet. Omer Pacha ainsi que le Seraskier se montraient très-inquiets de cette éventuahté probable. Les Russes allaient-ils donc s'emparer de Silistrie et marcher sur Constantinople? Alors il importait d'envoyer à Varna le plus de troupes anglaises et françaises que l'on pourrait en réunir. Lord Raglan partageait cet avis. En passant à Varna le maréchal de Saint- Arnaud s'aboucha avec l'amiral Hamelin' qui mit ses vaisseaux à sa disposition pour le transport de l'armée, personnel et matériel.

l.Néenl796, morteiil864.

Revenu à Constantinople, le maréchal y \it le sultan qui s'efTorçait, d'une façon cligne d'être mentionnée^ de rendre son gouvernement utile aux alliés, et cherchait personnellement, en insistant fortement auprès de ses ministres, à secouer cette apathie qui chez les Ottomans est devenue depuis deux siècles une tradition historique. M. de Saint- Arnaud se rendit le 25 mai à Gallipoli où, malgré une promptitude et une activité extrêmes, les troupes, Fartillerie, les chevaux, les approvisionnements de tout genre n'étaient point encore parvenus en nombre assez considérable pour suffire aux exigences d'une expédition sérieuse. Les vents du Nord avaient retardé la marche des navires et le maréchal dut expédier tous les bateaux à vapeur qu'il avait à sa disposition pour aller remorquer les transports en retard. L'armée anglaise était d'ailleurs moins avancée encore que la nôtre dans son organisation. Les plans du maréchal furent donc entièrement modifiés. Heureusement il était arrivé de meilleures nouvelles de Silistrie, les Russes avaient subi deux graves échecs devant la place, le 20 et le 21 mai, circonstance qui avait singuHèrement relevé le moral des assiégés et du corps d'armée commandé par Omer Pacha.

Il fallut pour le moment en revenir à l'idée première du maréchal, c'est-à-dire envover à Varna

afin de tenir les promesses faites aux Turcs, non plus une armée entière, mais un corps détaché et bien organisé. « Pendant que je donnerai tous mes soins à compléter la constitution de l'armée, écrivait le maréchal au ministre de la guerre, une division anglaise se rendra à Varna^ ainsi qu'il a été entendu avec lord Raglan, et s'établira sur les hauteurs en avant de la place. La l'"* brigade de la division Canrobert, commandée par cet officier général lui-même^ sur la prudence et le bon jugement duquel je compte entièrement, s'y établira également. L'ensemble de ces forces, suffisant pour donner à l'armée turque l'appui moral dont elle a besoin, sera considéré comme l'avant-garde de celles qui doivent opérer dans un avenir prochain en se basant sur la place de Varna. Dans l'intervalle, je gagnerai du temps, je constituerai solidement mes divisions, je recevrai celle du général Forey, dont j'ai tant à déplorer l'absence; je concentrerai ma cavalerie à Andrinople où elle s'organisera facilement et où des approvisionnements importants sont réunis. La 3* division qui s'acheminera dès demain vers Constantinople , sera ultérieurement dirigée sur Varna. J'arriverai ainsi à réunir en avant ou en arrière de cette place, en partie par la voie de mer, en partie par celle de terre, la totalité de l'armée dans des conditions de préparation qui seront très-satisfaisantes, sans

que d'ailleurs la liberté de ses mouvements soit engagée ^ »

La pensée tout entière du maréchal de Saint- Arnaud se trouve renfermée dans ces lignes de sa correspondance officielle ; il la complétait deux jours après en écrivant : « La France et l'Angleterre seront poussées par les événements eux-mêmes à la nécessité impérieuse d'augmenter successivement les deux armées d'Orient. » Du moment où Ton voudrait faire plus que de couvrir Constantinople^ c'était fatal en effet.

La l*"^ division de l'armée anglaise forte de 6000 hommes et placée sous les ordres du général G. Brown fut transportée à Varna le 30 mai. Le V juin, la brigade appartenant à la division du général Canrobert et commandée par lui-même était également embarquée avec tout son matériel. Pendant ce temps la cavalerie était dirigée sur Andrinople sous le commandement du général Morris.

Quant à la troisième division dont le maréchal avait parlé dans sa dépêche au ministre de la guerre, elle était placée sous les ordres du prince Jérôme Napoléon qui, au début de la guerre, avait écrit à Tempereur Napoléon III pour lui demander de faire partie de l'expédition d'Orient. Cette division fut appelée àConstantinople avant son embar-

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